" 10 000 infractions au Code du travail ne sont pas poursuivies » déclarait José Bové lors d'un débat sur le refus de la criminalisation de l'action syndicale et du militantisme, lors de la Fête de L'Huma qui s'est tenue le week-end dernier. « Il y a une justice à deux vitesses, estime José Bové. Chaque année, 10 000 infractions au code du travail sont classées sans suite. De l'autre côté, on trouve des tribunaux de plus en plus durs, qui prononcent des condamnations pour faire peur aux syndicats et aux citoyens ». »Non, on n'exagère pas s'est exclamé Alain Hébert qui, lui même pour avoir manifesté contre la fermeture d'un hôpital à Cherbourg, s'est retrouvé accusé d'avoir frappé un gendarme puis condamné. On parle de haine de classe. Moi je l'ai rencontrée physiquement. La haine de classe c'est le substitut du procureur de Cherbourg qui se fichait des faits, mais voulait se payer un syndicaliste ». Alors qu'il n'existe aucune preuve contre lui, seule la parole du gendarme a été considérée sacrée. "On tape sur ceux qui relèvent la tête" affirme ainsi Alain Hébert qui, avec Ahmed MeguIni et José Bové, se retrouve traité en terroriste. Si aujourd'hui 40 millions d'Américains n'ont pas de couverture maladie, ils sont de plus en plus nombreux dans ce cas ; si leur économie déchire le tissu social, irrémédiablement ; si des gens bossent à 5 dollards de l'heure en passant d'un boulot à l'autre, jusqu'à avoir 3 employeurs dans la journée, voire plus ; si des gens qui ont tout fait ce qu'il faut faire pour être normaux, restent très pauvres et dépendent des aides alimentaires, c'est que dans les années 80, les employeurs ont déclaré la guerre aux syndicats. Et que d'autre part, simultanément, des lois ont été votés minimisant à l'extrème les infractions au Code du travail par les employeurs, tout en multipliant parallèlement les micros sociétés pour mieux diviser la main d'oeuvre, car plein de petites entreprises empêchent l'existence de syndicats. C'est ce que présentait fort opportunément le reportage intitulé AmériKa, Amérika diffusé sur Arte vendredi 13 au soir. Les témoignages y étaient terriblement poignants. En Amérique, vous travaillez et vous mourez. Cercle vicieux pour les pauvres : pas de retraite au bout. Le principe de l'économie y est d'être très efficace : il s'agit de dégager des bénéfices sur le court terme. Chaque entreprise fait ainsi tout ce qu'elle peut pour afficher des bénéfices toujours croissants. D'où l'externalisation, faire où c'est le moins cher, réduire la charge en salaire et couverture sociale. Les riches y sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres. Pour l'expliquer, Robert Reich, ancien ministre du travail de l'administration Clinton, pour qui les racines de la précarité croissante remontent à des décennies. « Dans les années 1950, les syndicats affiliaient 40% des travailleurs du pays. Aujourd'hui, dans le secteur privé, ils ne sont plus que 10%de syndiqués . Cette chute a coïncidé avec la hausse des inégalités . » . Pour lui, les liens sociaux qui unissent vont se rompre. Et il posait cette question centrale « Pour qui est faite l'économie ? » . Il continuait : « Les gens de bureaux ne se posent pas la question de qui nettoient leur bureau, quelles sont leur condition ? » Travailler et n'espérer, pour autant, aucune couverture sociale ni une quelconque retraite. Enchaîner quatre ou cinq emplois dans la journée, trimer jusqu'à quatre-vingts heures pendant sept jours de la semaine : tel est le sort de millions d'Américains qui font partie des « working poors » (pauvres ayant un emploi) qui, à la fin des années 90, période pourtant économiquement florissante, constituaient la face cachée de la « croissance américaine ». Depuis les années 80, leurs employeurs préféraient recruter à temps partiel plutôt qu'à plein temps, pour ne pas verser de cotisations sociales (vacances, maladie, chômage, invalidité). En fin de reportage, cette scène édifiante où l'on voir une mère de famille pauvre avec ses quatre gosses participer, heureuse, à une fête de Noël pour pauvres, organisée par la Mafia. Regardons de près cette répression qui s'abat sur les militants syndicaux, ou autres arracheurs d'OGM, tout ces petits faits qui visent à affaiblir l'action citoyenne. Excusez du terme, il n'est pas neutre . Rendons visible ce qui ne l'est pas ! Le glissement à l'américaine, ça peut nous arriver bientôt . Accusé d'avoir fauché un champ de plantes transgéniques, José Bové risque un an de prison ou peut-être plus, puisqu'il se trouve " en état de récidive légale ". C'est-à-dire que le tribunal peut lui imposer un doublement systématique des peines. Alors qu'avec huit autres prévenus, il comparaissait mardi devant le tribunal de Foix pour la destruction d'une parcelle expérimentale de colza génétiquement modifié le 2 juin 1999, à Bruxelles, la pression exercée par les grands groupes agroalimentaires se fait de plus en plus précise. Dernière péripétie en date : le projet de la Commission européenne d'autoriser à la vente, sans obligation d'étiquetage, des semences contaminées par des OGM. Alors que l'agriculture productiviste américaine a entraîné une réduction drastique de la biodiversité des plantes cultivées, notamment pour le blé, la politique favorisant la culture de plantes génétiquement modifiées interdit aujourd'hui dans ce pays toute autre forme de culture : les fermiers américains ne sont ainsi plus capables de produire de colza bio. Ahmed MEGUINI , 25 ans, membre du collectif antimondialisation No Border, cofondateur du Mouvement spontané des citoyens dans la rue, au soir du 1er tour de l’élection présidentielles, condamné à huit mois de prison pour avoir fracturé le poignet d’un capitaine de police, a connu à son encontre un véritable acharnement judiciaire : placement à l’isolement durant un mois et demi, interdiction de parloir, appel du parquet strasbourgeois d’une condamnation jugée trop clémente. Pour des violences dont le militant a toujours nié être l’auteur. Rendons visible ce qui ne l'est pas . Partout s’organisent des marches de soutien pour que la lutte sociale ne soit pas criminalisée , car à petits pas… Le 18 septembre 1886 apparaissait le Manifeste du symbolisme ! Et ce 18 septembre est manifestement symbolique. Et ouais....Pour preuve, si lundi soir, une marche de soutien à Meguini a eu lieu à Paris avec ce slogan: "Justice nulle part, police partout", l'ancien secrétaire général de la préfecture de Gironde, quant à lui, vient de quitter ce mercredi peu après 13h35 la prison parisienne de la Santé. Condamné en 1998 à dix ans de réclusion pour "complicité de crimes contre l'humanité" pour son rôle dans la déportation de 1.600 Juifs vers les camps nazis entre juin 1942 et août 1944, et qui était incarcéré depuis octobre 1999, Maurice Papon est sorti de la prison à pied, en boitant légèrement. Faut dire que la cour d'appel de Paris a ordonné la remise en liberté pour raison de santé. Puis il est monté dans une voiture avec ses deux avocats, qui ont d'ores et déjà annoncé qu'ils allaient demander l'annulation de sa condamnation, sous les huées de riverains de la Santé qui criaient "Papon en prison !" et "Assassin !"... "Allez, circulez y'a
rien à voir ! " dirait la Cour. Et bien voilà,
c'est pas plus compliqué que ça. C'est comme ça
que ça s'passe. C'est l'éternel serpent de mer, cette
justice. Une justice de classe? Mais vous n'y pensez pas. Une justice
à la sauce Américaine ? Mais vous n'y pensez pas .
Au dessus de tout soupçon ? Mais vous n'y pensez pas ...Qui
lave plus blanc que blanc ? Qui lave sans bouillir ? Et si on se
posait cette question, comme pour l'Amérique : "Pour
qui est faite la justice ?." Pour les HLM de la Ville de Paris
? |
![]()