Strange.                                                                         N°324  

E.ST. est un groupe de jazz suédois que l'on programme souvent sur notre station des villes et des champs, mais pas assez encore, parce que c'est l'un de nos préférés. Sans imaginer qu'un jour nos registres de programmation puissent être intégrés aux nouvelles archives rurales du pays, tout d'abord parce qu'on ne les conserve pas, cependant si le cas se présentait il pourrait être établi alors que depuis leur premier album (2002) "Strange Place for Snow", il nous était visible très fortement qu'il y a dans la musique d'E.ST quelque chose de fondateur. Mais pour le dire il aura fallu attendre aujourd'hui, c'est navrant, après qu'il nous soit annoncé que son pianiste Esbjorn Svensson s'est tué en plongée. Il est dit que c'était un chic type, accessible et drôle. Simple et libre. Sachant rester discret malgré le succès grandissant du trio.

Ambiance scandinave. Leur musique libre et très ouverte glane du côté du rock, de l'électro ou de l'ultra-classique, et même du folk par moment. Plus proche de paysagistes sonores, et plus près du rock que des standards du jazz. Sur leur site ils se définissent de façon claire comme "un trio de jazz qui se considère lui-même comme un groupe de pop, qui joue au jazz."

Une musique franchissant allègrement et dans tous les sens, cloisons, catégories, et formats imaginairement institués par l'orthodoxie officielle qui, avec nombre d'articles ou commentaires "d'érudits" du coin de la bouche, ne souffre pas ceux qui se veulent à cheval sur divers rythmes et genres, ou de comité de rédaction de prestigieuses revues musicales promptes à accorder ou pas, un visa d'entrée dans un ghetto quelconque, à l'instar de ces digicodes dont il faut connaître les numéros. Ah! anecdote: souvenirs de propos pas jojo saisis en vol entre deux tablées à frites un soir de concert à Langourla où Aldo Romano fut formidable, qui déclenchèrent chez nous-autres les autochtones, quelques uppercuts verbaux, soit une façon autre de jouer avec la langue!

Dans un interview, à la question: "Vous avez appris l'improvisation tout seul. Est-ce la solution pour être vraiment libre, pour créer sans codes ni frontières ?" Svensson répond: "Pour être honnête, on n'avait rien au début, même pas d'instruments… Je suis très content d'avoir connu cette expérience. C'est effectivement probablement l'une des raisons pour lesquelles E.S.T. a un son particulier. On n'a jamais fait comme tout le monde, on a fait notre propre chemin. Des débuts jusqu'à aujourd'hui. On n'a appris à faire sans professeurs. On a écouté beaucoup de musiques différentes, on a essayé de les reproduire, c'est comme ça qu'on a fait notre apprentissage."

Il devait se produire au Festival des arts des villes et des champs de Malguenac le 21 août prochain. Où en août dernier se produisait Archi Shepp, autre briseur de frontières musicales...et raciales.

Au fil de cet hommage, il me vient à l'esprit qu'il n'y a peut être pas de meilleur poste d'observation pour les arts des villes et des champs qu'en dessous d'un de mes tilleuls qui en ce moment exhalent à plusieurs mètres à la ronde, un parfum délicieux à la perfection.

  D.D

 

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