Je me permets de vous faire partager la joie de Jules, notre âne fétiche. Jules vient d'être papa de deux petits ânons mignons, un garçon et une fille. Des faux-jumeaux bien vaillants, fait rarissime chez les ânes, depuis quelques heures au pis, tout pelucheux, reniflés et léchés par leur mère en pleine forme qui déjà les voit gambader et jouer autour de ses pattes. Pour une bonne nouvelle, c'est une bonne nouvelle. Têtu comme un âne, c'est aussi toute la considération que semble nous vouer le premier ministre de la patrie. J'en suis fier à plus d'un titre. Par une lettre-coup de baton, Raffarin s'adresse aux citoyens comme à des garnements qui n'auraient pas compris où est leur bien et à qui une nouvelle explication s'impose. C'est ainsi que 26 millions d'exemplaires ont été envoyés sous forme de pli publicitaire, ressemblant beaucoup aux encarts publicitaires publiés dans la presse ces dernières semaines. Ce budget publicitaire donne le vertige: 3 millions d'euros...soit près de 20 millions de Francs. Ajoutez le bouquin de Ferry, c'est dingue. Mais peut-être feront-ils glisser ce budget dans celui de l'éducation des ...ânes d'en bas ! Et les premiers ânes visés sont surtout les enseignants. Qui sont si têtus qu'ils ne cessent de braire depuis 6 semaines. Voire, beaucoup plus pour les pions. Et cela s'entend de loin ! Parce qu'ils sont bruyants, les ânes. L'âne se plait en groupes amicaux, aussi. Son tempérament rustique, sa résistance physique ne se démontrent plus. De telles qualités ont parfois couvert des traitements qui n'avaient rien de bon. Parce que l'âne ployait sous le fardeau sans se plaindre, on feignait d'ignorer ses maux. L'âne était commun et peu de gens se souciaient de son sort. Et ouais, comme l'enseignant. Braire et trotter. Ce jeudi encore dans la rue. Pour dire au monde que le peuple de France, ce peuple au moins emmené par les enseignants, venait de capter des choses qu'il perçoit comme obscures. Agir collectivement, c'est toujours une élucidation. C'est faire vivre des sensations informulées, en allant marcher ensemble dans la rue, respirer, avant de retourner chez soi. Il y existe une connaissance intuitive exprimée par le corps enseignant . Rien n'est à jamais immobilisé, pas à pas, à petits pas, les choses s'élucident. "Ce qu'on ne veut pas, c'est qu'on casse l'école" disent les enseignants. "C'est qu'on casse la société"disent leurs amis des services publics puisque dans les défilés, se brassent massivement enseignants et ouvriers du public et du privé. Tous sentent la casse. Et ressentent un état de légitime révolte . En fait, tous sentent la remise en cause de tous ces petits bouts de conquête progressiste gagnée au fil du temps, au fil de l'histoire sociale, qui tend à faire vivre ces idéaux de liberté, d'égalité et de justice que porte historiquement ce pays. Nous sommes rentrés dans une conjoncture inédite où les puissances financières et leurs valets politiques, qui attaquent frontalement et sans égard, pour faire aussi de la France un pays d'Amérique, essuient en retour l'amorce d'une contre-offensive générale contre la mondialisation libérale. Comme il suffit de renvoyer ce courrier de raffarinade à l'envoyeur en inscrivant sur l'enveloppe "refusé, retour à l'envoyeur" et de déposer cette enveloppe dans une boîte postale (c'est gratuit !), renvoyons un par un, tous les chantres du libéralisme se faire rhabiller chez Plumeau, en combattant cette croyance "économique"destructrice, à coups de symboles, d'images et de courage. "Nous avons gagné parce que nous étions les plus faibles" avaient affiché les paysans du Larzac. Si ce slogan s'appliquait alors à leur lutte de 12 ans contre l'extension du camp militaire, il peut être repris aujourd'hui. C'est d'ailleurs l'objet du rassemblement de Millau de cet été. A noter dès maintenant ce rendez-vous:8,9,10 août 2003, dans le LARZAC. Rien n'est à jamais immobilisé, pas à pas, à petits pas, les choses s'élucident.
|
![]()