Un lundi de Pentecôte qui n'est plus férié.

Ce référendum aura eu au moins le mérite de pousser à débattre. A tel point que le jour de la Pentecôte je l'ai consacré à la joute du oui ou non à la constitution. Ce qui est dommage c'est que personne ne s'écoute en pareil cas. Pourtant peu de chose me distinguait de mes interlocuteurs, seulement le oui et le non. Voilà tout. On s'est quand même engueulé pour un oui ou pour un non. C'est bête, mais c'est le sport. Je connais des couples complètement divisé à ce sujet. Irréconciliables sur le choix. Certains, j'en connais, sont d'un avis tellement changeant qu'ils ne se souviennent plus de quoi il en retourne. Si mes interlocuteurs de la Pentecôte optent pour le non pour "foutre la merde", optant donc à mon sens pour une gauloiserie contre-productive, je suis personnellement plutôt nettement en faveur du noui. C'est très certainement ce que je voterai. Ce qui signifie: non à l'aigle américain planant sur la mappe-monde, oui à l'Europe qui s'est réconciliée après trois guerres mondiales! Pour réguler le capitalisme, il nous faut casser l'hégémonie américaine, financière et guerrière. Pour ce faire, voter oui est une arme de combat.

En réponse à mes arguments, ils m'ont rétorqué que l'Europe suit l'Amérique, que c'est blanc bonnet et bonnet blanc. Erreur stratégique! Au contraire, un non risquerait de créer cet appel d'air allégeant dangereusement l'Europe de toute puissance politique, leur dis-je en vain. Même que, rappelons-nous l'Irak, c'est la loi américaine d'Est à l'Ouest, du Nord au Sud, qui rectifie les lignes. Faut savoir choisir entre l'imaginaire européen fondé sur l'inclusion, la diversité culturelle, la qualité de la vie, le développement durable, les droits sociaux, les droits de l'homme universels, ou bien l'Américan dream basé sur l'individualisme et l'accumulation de la richesse. Reconnaissons-nous, oui ou non, que l’Europe soit dorénavant l’espace politique prioritaire où nous devons mener le combat contre la globalisation?. A quoi l'on me recadra:"Mais on est français, si les autres disent oui, nous on dit non!" Bref, à tant de science et d'éloquence, et tout l'art de la persuasion que nous disposions, sachant utiliser les passions de celui qui parle, et celles de ceux qui l'écoutent, de façon à entraîner une adhésion utile à l'orateur, constatant cependant que nous étions irrémédiablement d'avis contraires, sans espoir de retour, poussés dans nos derniers retranchements, nous nous sommes rejoints unanimement sur le fait qu'il faisait beau, que cela pouvait valoir le coup de nous lever de table pour nous rendre d'un même pas à la plage des Rosaires, avec l'assurance d'aérer nos consciences tiraillées par une vie politique trouble, ses préjugés et ses passions.

Ainsi donc le plaisir de marcher sur la plage, au soleil un lundi de Pentecôte qui n'est plus férié, est un plaisir comme une paisible ondulation qui se voit sur la surface des eaux lorsque souffle la brise, alors que la conversation à table avait été comparable à la tempête que déchaînent les vents brutaux. Jouissance du moment présent, plaisir à table dans le feu nourri des mots pour convaincre, marchant en repos, paisiblement sur le sable frais dans la lumière du printemps; bref, de ce lundi de Pentecôte...d'Armor nous en avons profité à plein poumons. Le plaisir se produit et s'accroît quand on sent l'échappée belle, ce plaisir de se soustraire aux contraintes sociales, de désobéir à Raffarin, d'autant que l'accès à ce plaisir est facile.

"Comprendre sa propre vie, c'est plus que la vivre, c'est la propulser." dit Bachelard. Si la sensation-contact de la plante de pied nu sur le sable près de la mer pas chaude est vive, s'applique également à l'odorat et à l'ouïe, et à la vue, une sensation-contact irréfutable. Toute sensation naît donc d'un choc, elle naît d'une rencontre et c'est pourquoi toutes nos connaissances commencent avec elle. La sensation est irrationnelle. C'est sans doute pourquoi l'Europe, qui jusqu'alors nous apparaissait si éloignée, enflamme les discussions -moyen d'approche de la réalité- qui tentent de distinguer le vrai du faux, le certain de l'incertain. Mais toute sensation ne part pas de rien mais elle implique toujours la réalité à laquelle elle nous renvoie.

Or que dire de la sensation d'Europe? Peu de français voyagent à l'extérieur de chez eux, c'est ici que les vacanciers prennent leurs congés, c'est le pays premier au monde en volume touristique; bref, c'est la France sans latitude qui se regarde le nombril en s'ennuyant. Comme sa réflexion reste exagérément hexagonale et ne s'affronte pas à celle des autres sociétés, preuve du racornissement de sa pensée, "Cocorico" dit le coq perché sur son tas de fumier dans ce pays qui porte Le Pen en seconde position derrière Chirac!

Mais que dire de la sensation de la discussion? Partout la discussion a jailli. Passionnée, parce que l'enjeu est passionnant. A suivre à une heure de grande écoute: "Et nous rêvons à une heure qui donnerait tout. Non pas l'heure pleine, mais l'heure complète. L'heure où tous les instants réalisés dans la matière seraient utilisés par la vie, l'heure où tous les instants vivants seraient sentis, aimés, pensés. L'heure par conséquent où la relativité de la conscience serait effacée puisque la conscience serait à l'exacte mesure du temps complet." (Gaston Bachelard).

Là-bas à Mada, il a plu cette nuit. Les feuilles des Canneliers, et de Girofliers déploient leur parfum car le soleil est déjà haut. La vieille femme dans la rizière allume son feu afin d'éloigner les oiseaux, pillards de grains de riz...Une autre journée commence. Le Président self-made-man se privatise l'exploitation pétrolifère du pays avec l'aide d'une firme américaine. Mais comme le prix du baril est encore trop bas pour que l'entreprise devienne rentable, pour l'instant ils attendent.

DD

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