Pas facile d'imaginer la suite, la suite à la chronique précédente, d'autant que cela ne dialogue guère, qu'on prenne le problème tant à l'endroit qu'à l'envers, de la racine à la cime, de la cave au grenier...

Mais c'est aussi bientôt l'automne. Mettre le nez dehors en automne serait peut être bien taxé un jour par Raffarin-l'air-de-rien. Mettre le nez dehors et se voir contrôler par les radars automatiques, c'est tout de suite, après les caméras de surveillance qui remplacent un peu partout les toiles d'araignée. Une toile en remplace une autre...Le Grand Gardien Impersonnel se dissimule dans l'objet, le Grand Inquisiteur Virtuel qui n'a pas de sentiment, pas d'affect, pas de joie, pas de gouttes de sueur qui perlent, pas d'envie de faire pipi, qui ne sent pas le tabac, ni l'alcool, ni la sueur des pieds du planton ancien modèle susceptible ou bienveillant.

A cette figure nouvelle d'un Etat sans ébats, faut pas qu'on lui dise qu'on a tort, faut pas qu'on lui dise qu'on a raison, car il ne bronchera pas. Seule revanche, pissez-lui au pied. Avec l'ancien modèle, pile sur le pli c'était pas facile du tout. Cela rappelle l'histoire de l'humoriste Marc Jolivet et de la société verrouillée derrière ses digicodes.

C'est l'automne bientôt, et la rentrée s'est faite. Une enquête menée auprès des enfants en grande section de maternelle, révèle que chez les jeunes bretons, le surpoids guette. Z'ont de bonnes dents, mais deux à trois caries. Et une mauvaise vue, bien plus mauvaise qu'ailleurs, donc z'ont des lunettes très tôt. C'est une info qui pourrait faire tilt à Bercy et Matignon. Vraiment, les pistes ne manquent pas. Pourquoi ne pas taxer le surpoids, et les carries ? Puisque considérant l'impact budgétaire et ceci-et-cela sur les finances de la Sécu, et ceci-et-cela, cet argent provenant de cette pénalisation pourrait être profitable à l'équilibre des finances de la Nation.

Bon, cela dit, c'est l'automne bientôt, déjà . Mais comme pour les grandes fêtes qui sont déjà fêtées commercialement bien avant leur date, la rentrée ressemble bien à la Toussaint. "Ce n'est pas la mort qui est redoutable, c'est l'emprise mortifère de ce qui quotidiennement nous tue, c'est la dénaturation et le dépérissement de nos forces vives." ainsi s'exprime Raoul Vaneigem dans une conversation au Monde.

Voyez comme c'est mortifère. La société, le monde, en cette rentrée, tout y est mortifère. Les films, donc l'art et la création, qui sortent en cette rentrée tournent tous autour de la mort. Peut être justement en essayant de donner une forme au chaos des images de cette mort qui se banalisent, puis se recyclent en utilité publique jusque dans des campagnes de prévention pour la sécurité routière, dans la lutte contre le tabac -bientôt sur les paquets de cigarettes !, contre l'alcool, etc...Et s'additionnent aux images d'infos du JT qui nous inoculent un sentiment mortifère quotidiennement. Proche-Orient, la canicule, Irak, Vilnius etc...Comme la mort théâtralisée des entreprises en liquidation, Alstom, etc... La mort comme vision du monde sous toutes ses formes à sa table, chaque soir, partagée en famille, avec les enfants. C'est comme si nous en étions arrivé à une fermeture. A une fermeture de la pensée.

On jette son aspirateur, une mise à mort, au profit d'un autre, qui avale mieux la poussière; on jette sa voiture, une mise à mort, au profit d'une autre, qui avale mieux les kilomètres. Etc...Voir le monde sur le modèle du seul rapport marchand qui se met en place entre l'objet et la personne, c'est une fermeture. Tout questionne notre rapport au temps qui passe. Stop! la coupe est pleine .

Autre coup derrière les oreilles qui peut en abattre plus d'un, que les médias ne mentionneront pas, ou si peu: le 1er janvier 2004, entre 610 000 et 850 000 chômeurs vont perdre plusieurs mois d'allocation. Les ASSEDIC les informent depuis juillet de cette conséquence d'agissement de ceux qui allègent les impôts des riches pour mieux investir en actions dans les délocalisations.

Pas facile d'imaginer une suite, la suite à la chronique précédente. Alors je suis allé visiter La Criée, qui est un centre d'art contemporain à Rennes. D'abord il n'est en effet pas vain de rappeler que le statut des artistes plasticiens est une galère au regard de celui des intermittents. Alors que les attaques en bloc contre l'art contemporain produisent des jugements abusifs, il est temps d'agir. Heureusement, la ville de Rennes l'a fait depuis deux ans, en ouvrant ce lieu en plein centre de Rennes. Aller voir et entendre ce que les gens qui créent malgré tout, pensent et ressentent, puisque du 12 septembre au 17 octobre, se tient l'expo "Art envie". "Art envie", selon le dépliant, est né du désir d'éprouver le potentiel de la création vivante au lien social. Les artistes invités ont réalisé des oeuvres dans l'espace du centre d'art, d'autres dans des quartiers de la ville de Rennes avec la collaboration des habitants". Et je ne me suis pas ennuyé du tout.

Cette escapade m'a permis de passer Rue Montaigne. Alors je saisi l'instant offert pour me remettre à l'esprit que Montaigne, enseigne, par exemple, à ne pas déléguer son pouvoir de juger, à faire usage, de son propre jugement; il montre le chemin de la liberté intérieure. Voilà, c'est dit en passant. En passant par la Rue Montaigne où l'automne bientôt, sera beau au coin du petit square, sous les feuillages, en croquant une pomme assis sur un banc.

 

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