Je viens de regarder sur Arte le documentaire qui raconte le 20 juillet 2001 de Carlo Giuliani et, en parallèle, le 20 juillet du cortège des "désobéissants" dans lequel Carlo trouva la mort. Fils d'un syndicaliste connu, ce jeune manifestant anti-mondialisation de vingt-trois ans était étudiant en histoire et militant d'Amnesty International. L'histoire de sa journée était racontée à travers ses aspects les plus anodins : les amis qu'il rencontre, la boulangerie où il mange... Les autres manifestants, eux, étaient filmés au cours d'épisodes plus spectaculaires : la nuit sous la pluie, la gigantesque préparation du cortège, l'avancée derrière les boucliers, l'attaque des carabiniers, l'organisation de la défense... Mais progressivement, l'histoire de l'individu devient le modèle humain et politique d'un collectif. Ces deux entités se retrouvent autour du visage, de la voix et des mots de Haidi Gaggio Giuliani, la mère de Carlo, qui nous accompagnait avec sobriété et dignité dans ce double récit. Il s'agissait donc d'un film sur les manifestations contre le sommet du G8 qui se sont déroulées à Gênes en juillet 2001, et leur dénouement tragique avec la mort du manifestant Carlo Giuliani, tué par un CRS aussi jeune que lui . De nombreux points d'ombre apparaissent quant au rôle de ce land-rover des carabiniers, qui s'est laissé entouré par les jeunes manifestants. Mais le révolver du carabinier apparaissait pointé pour tuer. Puis en 4 secondes et demi, le véhicule est passé deux fois sur le corps du jeune qui portait pour tout projectile un extincteur qu'il aurait eu vraiment du mal à faire décoler vu sa petite taille: 1.64m et ses si faibles bras d'étudiant en histoire. Curieux ! La répression semblait voulue, froidement calculée. Un mort pour montrer qui est le plus fort . Je crains qu'on en soit pas loin en France . Voici Sarkosy hier qui criminalise la pauvreté: "réprimer la mendicité agressive, les regroupements en bandes dans les halls d'immeuble, l'installation des gens du voyage contre le souhait des propriétaires publics ou privés"; voilà Perben aujourd'hui avec l'annonce de son projet de loi qui pourrait transformer une bataille de flash-balls en un duel d'artillerie. Le principe de la création d'une justice «de proximité» composée de 3 300 juges vacataires, non professionnels est en cours de mise en place . En début d'année dans cette même chronique, nous sentions déjà cela venir . En cédant à la facilité de l'enfermement systématique comme garantie de la sécurité publique, le gouvernement s'engage dans une spirale dangereuse. Car c'est que cette politique forcenée du «tout-répressif» ne peut qu'aggraver la situation à laquelle elle est censée répondre. Placer un enfant de 13 ans dans une filière carcérale, c'est le plus sûr moyen qu'il ne s'en échappe jamais. Les 13 à 18 ans auront, pour les petits délits, affaire au juge de proximité . Peu de choses sur le contenu éducatif ou pédagogique. Avec mesure de détention provisoire qui pourra toucher des enfants de 13 à 16 ans suspects de délits. Jusqu'alors, la détention provisoire était réservée aux accusés de crime, dans cette tranche d'âge. Les enfants pourront faire l'objet de sanctions pénales et non plus seulement de mesures éducatives dès l'âge de 10 ans. Dès lors qu'il risque une peine de cinq ans, l'enfant de 10 ans pourra être placé en garde à vue. Des juges de proximité sans spécialisation sur la question de l'enfance et qui n'auront pas le pouvoir d'ordonner des enquêtes sur la situation (familiale, scolaire) des enfants qu'ils verront défiler. Le pouvoir de juger sans la pleine connaissance du milieu dans lequel évolue le mineur, sera donc accordé à des personnes lambda vacataires, ce qui satisfera quelques refoulés notoires. La tôle à dix ans. Une société qui en est rendue à mettre en garde à vue ses mômes de 10 ans, qu'est-elle devenue? 10 ans, c'est l'âge des gosses de CM 1 ! Ce qui est interdit aussi, c'est aussi de discuter en bas d'immeuble, au pas de la porte . «Avec vous, Edith Piaf, qui chantait dans les cours d'immeuble, aurait été réprimée.» s'est exprimé ainsi Noël Mamère cette après-midi à l'assemblée, qui a essuyé en guise de réponse un tir d'artillerie déchaîné des 500 députés fous furieux de l'UMP . Le climat n'est pas bon , pas bon du tout . Un mort, symbolique et spectaculaire, pour montrer qui est le plus fort, je sens çà venir !
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