Droit sur...image.                                                                         N°219

Labeur de méditatif ou de poète qui, de façon nocturne, solitaire et presque à l'insu des autres, comme une sentinelle vigilante, s'excite à coucher ses humeurs, voilà ce que peut être une chronique. Probablement ça l'est ailleurs.

Pas ici. Comme vous l'avez compris, elle se mène au rythme et selon mon activité générale. Elle en est partie prenante, la nuance n'est pas neutre.

L'activité solitaire se propage en ces temps-ci. Pour preuve, les blogs. Une mode, la "blogosphère"? Soixante millions de blogs dans le monde et un qui se crée à chaque seconde. Le problème des blogs c'est justement dans leur contenu. L'effort personnel s'avère indispensable. Qu'il réside dans l'écriture ou dans la production d'images, cela exige un travail personnel, singulier: énonciation en première personne, investissement d'affects, vivacité des échanges et (parfois) des arguments.

Dans le blog réside la parole? Si c'est oui, elle n'aura de sens que parmi d'autres, avec d'autres, elle a la fragilité  de l'action et de la parole, c'est-à-dire qu'elle dépend aussi des autres, de leur réception, de leurs façons de la faire résonner avec la leur. Et une parole qui fait sentir jusqu'aux discordances contribue à l'intelligence commune. Ceci-dit cette description enthousiaste est-elle dessinée par un imaginaire collectif ébloui par un nouveau phénomène optique?

Voici un fait qui vient de me choquer. Il m'est apparu particulièrement étonnant d'observer à la visite d'un blog d'une honorable commerçante locale le pillage en règle d'images produites par Françoise pour Lieux-dits, site animé par une passion autant gargantuesque que désintéressée. Comme une éponge, cette dame en question qui tient pignon sur rue s'en est allée absorber, dans le but d'en tirer les dividendes, de nombreuses photos, y compris intégralement un reportage "d'auteur" sans en citer la référence.

L'art de la menteuse. Sans prévenir. Sans sollicitation d'autorisation. Sans création de lien. Car échanger librement et de partager les connaissances, de créer des réseaux de proximité, ça ne vient pas subitement à l'esprit avide d'appropriation facile. Le comble: cela s'est fait entre gens qui se connaissent localement. L'exemple même de l'imposture: par téléchargement « sauvage ».

Qu'il y ait un retour, tôt ou tard, dans ce nouvel espace de libre-expression du net de la face sombre de la réalité humaine chaotique, nul besoin d'être devin pour le prévoir. Cela-dit, sans avertissement ça gâche tout. Et ça dégoûte. Et quand je dis "tout" je pense à l'enthousiasme, à la vaillance, à la générosité, au don de soi, voir même à ce petit peu de naïveté qui procure de bons paquets de joie en partage.

Puisque les faits en disent longs, et témoignage à l'appui nous étions loin d'imaginer pareil "commerce de proximité", voici donc un exemple qui permet de creuser la question du droit à l'image sur internet, la question sensible du droit d'auteur.

Face pas nette: nourrir un blog peut pourrir un peu. Il est à craindre que le retour mercantile nous convie une nouvelle fois à méditer sur l'éternel retour à la tristesse. Tristesse de présenter des oppositions, des concurrences et des effets de substitution quand ce sont plutôt les interdépendances, les entrelacements et les complémentarités qu'il faudrait mettre en avant, d'autant que l'imaginaire d'internet contribue à revivifier et réactiver ces idéaux de libre expression et d'information parallèle.

Face de l'éclaircie: nourrir un blog peut participer à l'élargissement du cercle des preneurs de parole, une ouverture nouvelle à l'expression publique d'acteurs non-professionnels qui se réalisent néanmoins à travers les sites d'auto-publication, les médias alternatifs et le développement d'une "blogosphère" journalistique et politique.

Quel avenir pour la "blogosphère"? Elle sera jaugée au pied du mur, comme le maçon. Face lumière ou face sombre? A voir. C'est en effet un nouveau modèle éditorial qui se fait jour, dans lequel le contrôle a posteriori des documents et informations est principalement une conséquence du travail du lecteur/auditeur/spectateur/visiteur.

A ce titre, que cette chronique-ci se fasse l'écho de ce pénible fait rasibus qui plombe l'ambiance va de soi. Le mettre dans sa poche avec son mouchoir par-dessus n'aurait pas suffit à l'oublier, à peine s'autorisera-t-on à sourire.

D.D  

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