Dent.                                                                                  N°270

C'est fou comment un mal de dent fait mal. Bon y a pas à en faire un plat, chacun sait ce que c'est. Mais minimiser ce mal ou s'en battre les flancs, c'est facile à dire ici quand nous disposons d'une pharmacopée et des soins dentaires de qualité. Encore que j'ai atténué la douleur plutôt en mâchant quelques poignées de clous de girofles que je stockais dans une enveloppe pliée en poche, comme se mâche la coca dans les Andes, que par l'aspirine ou autres contenants de paracétamol. Il y avait urgence mais bon, j'ai raté le premier rendez-vous et attendu timidement le second, trop fidèle à ma petite dentiste attitrée, qui a su m'apprivoiser alors que j'étais resté longtemps rétif à toute intervention dentaire. Marqué très jeune par une erreur d'arrachage de dents...de sagesse! Mes premières. Victimes furent-elles d'un "chirurgien-dentiste" prompt à l'abattage qui n'en était pas un mais, pour toute compétence, il pouvait se prévaloir d'être accessoirement l'époux de la dentiste. Des stigmates me restent, faut dire que l'hémorragie avec hospitalisation qui a suivi cette extraction de deux pré-molaires (la bonne et la mauvaise) tout nouvellement sorties de mes gencives enfantines, provoque toujours chez moi une certaine appréhension.

N'ayant plus en mémoire le mal de dent, mais l'ayant donc éprouvé il y a peu, je l'atteste, ce mal rend dingue. A Madagascar, pays démuni de tout, l'on nous disait que c'était le mal qui fait le plus mal, un mal insupportable, une douleur scélérate. De quoi donner crédit à Zaza, notre ami d'Antanarivo, qui organise avec l'appui d'une ONG américaine, quand les aides financières rendent l'action possible , des campagnes d'arrachages de dents en brousse. Ainsi lui-même nous a-t-il dit: le mal de dent rend fou! C'est ce qui fait le plus mal! ça casse la personne qui alors dort peu et s'agite tôt. Et c'est vrai que ce mal est si insupportable qu'il conduit à des arrachages de dent sans anesthésie à l'aide de tenailles comme m'en témoignaient mes grands-parents quand j'étais gamin. Ou jusqu'à aller brûler à sa racine le nerf à vif avec de l'acide à batterie de voiture comme cela se pratique aux quatre coins du monde en des contrées miséreuses ou quartiers à l'abandon, c'est dire.

Sans vouloir plomber l'ambiance en étant si peu poète, il n'y a pas de petit combat face au libéralisme toujours plus violent à venir, ainsi la vigilance quant aux modalités de remboursement des soins par la Sécu doit être de tous les instants, c'est un combat pour la dignité humaine. On ne peut pas décider qu'on ne souffre pas.

Et bien ce mal pénétrant m'a tétanisé, blafard pour si peu durant ces deux tours de présidentielle et la semaine suivante pendant lesquels la douleur prenait chaque jour un tour plus aigu,contraint à une alimentation molle dans les remous et les roulis électoraux. Depuis deux jours j'en suis sauf, la mine enjouée, joie et bonne humeur, mes crocs de raton-laveur reprennent leurs aises et tournent à plein régime. Ouf! Faut il avoir peur de la rage de dents? Y a plus grave, évidemment. Quand même, en face d'un objet aussi personnel qu'est la dent, pas de tricherie. Ceci-dit, tout cela, direz-vous, cela peut paraître très niant-niant, puéril, piteux, incongru de faire ainsi grand cas de son intimité buccale, mais cette observation basique de l'extrême valait le coup d'être dite. L'anecdote dentaire méritait d'être contée, c'est fait. L'histoire continue, l'ici, le maintenant, "à travers quoi, tout futur plonge dans le passé"...

  D.D

Commentaire reçu le 17.05.07:

Coup de barre : Le raton laveur étant un phytophage, il n’a pas de canines, qu’en l’occurrence vous baptisez « crocs » monsieur le chroniqueur, il a des incisives puissantes, certes, taillées en biseau comme le ciseau à bois du menuisier, mais pas de canines, un grand espace vide à la place des crocs, espace appelé barre ! Coup de barre à droite, coup de barre à l’extrême droite, c’est comme ça que fonctionne le raton-laveur, donc, vous n’en n’êtes pas, que je sache !

 

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