- Dernière mise à jour 28 fevrier 2009 -
 


 

   

Apocalypse! N°390.

Je regarde la remarquable série de films "L'apocalypse" qui passe sur France 2. Et nous ne pouvons pas ne pas être saisi une fois de plus par l'immensité du désastre humain. D'autant que comme nous ne savons toujours pas par quoi, pour qui c'est venu, on ne sait pas de quoi demain sera fait. Par quelles haines, fureurs, et foudres les têtes étaient-elles ainsi habitées quand l’ordre du Reich exigeait de se débarrasser du plancher au plafond de toutes les substances racialement ou politiquement impures?

Le feu et la mort à la planète entière avec ses 50 millions de morts. Mon père n'a jamais pu s'extraire vraiment de la seconde guerre mondiale. Il n'a en effet jamais cessé de s'informer sur cette période. Et peut-être de tenter de faire le tour de la question. Discrètement, en solitaire et il s'exprimait peu. Et alors que ce fut très important pour lui, ce n'est que trop tardivement qu’il me vient à l'esprit que je n'ai quasi-jamais parlé vraiment de ça avec lui, du moins autrement que sommairement. Pas assez curieux d’en avoir les échos, même espacés, de ces sombres temps où tremblait la terre. Rappelons : les guerres européennes, elle seules, ont été des guerres mondiales.

Bref, je n'ai pas su partagé ce qui continuait à le pré-occuper, sans fin, se prolongeant tout au long de sa vie. Au risque de se retrouver prisonnier de son passé. Sans doute n'a-t-il pas voulu lui-même me faire subir cette période de l’histoire en donnant plus de poids et d'effets qu'il ne le voulait, croyait. D’ailleurs, continuer à se brancher sur cette époque vécue était-ce pour lui alors pour mieux la cultiver ou pour mieux la "digérer" ? Mais peut-être a-t-il aussi été déçu que je ne m'y intéresse pas plus, que je ne partage pas plus ce qu'il aurait pu me dire. Témoin que d'où il fut (citoyen du monde, ordinaire) a-t-il eu peut être un sentiment de léger abandon ? Sans héritier ?

Peut-être qu’il ne le jugeait pas nécessaire, étant assuré vaille que vaille d’une transmission de connaissance qui peut s’accumuler à la lecture de « l’Histoire » et des ses "témoignages médiatiques". A défaut d’un dialogue avec l’expérience humaine. Cependant je le regrette aujourd'hui.

Sur le ton de la confidence je pense que toute la génération dite du "baby-boom" l'a vécu ainsi. Car j'imagine les questions des parents de celle-ci: faut-il transmettre cette mémoire, comment la transmettre? etc... Alors qu’ensemble nous avions glissé dans quelque chose d’autre, nous naviguions dans "l'esprit du temps", cet inconscient collectif d’un continent d’aventures à nul autre pareil : une « prospérité » en trompe-l’œil moderne, productiviste, croyante dans ses projets, ses promesses, son tempo : les sciences et le progrès, la surabondance et le savoir, etc…L’accès aux valeurs universellement approuvées: la Paix ! les bases de l'Union européenne !

Cela ne signifie-t-il pas que l'impossibilité de la transmission, filiation, continuation signe une forme d'échec car de ces événements qu’avons-nous partagé ? Pour qui, pour quoi, la guerre? Au delà du caractère infiniment énigmatique de ces questions, je me souviens de moments singuliers de l’après-guerre –« la guerre froide »- comme par exemple l’envoi dans l’espace de Youri Gagarine. La conquête de l’espace comme un point d'ancrage, ou un phare, pour tous ceux qui aspiraient à un autre monde.

Nous étions allés ensemble chez Jean H. un de ses grands copains de jeunesse qui possédait alors la télé. Voilà un moment « historique » de partage « préservé » unique et singulier incarné par…Gagarine !

Jamais la mémorable formule qu’il m’avait adressé ce jour-là n’est chez moi tombé dans l’oubli, et face à une telle perspicacité moins encore lorsque je fis mon service militaire : « Quand tu seras d’âge d’aller prendre le fusil il n’y aura plus d’armée ! » On ne peut sérieusement espérer retrouver ce qui a été perdu d’optimisme.

Merci à lui de toute cette pensée vivante dont nous, les proches, avons pu nous nourrir. La vie est mouvement et nous attire vers l'avenir. Trinquons à notre avenir collectif ! Car comme nous ne savons toujours pas par quoi, pour qui c'est venu, nous ne savons pas mieux ce qui nous attend!

D.D

Chronique:

Tu le dis toi-même, nous ne comprenons toujours pas pourquoi, comment…bien sûr, nous n’avons pas été assez attentifs  à ce qui se passait dans la tête de nos pères jamais  guéris de cette guerre…mais au fait, nos mères aussi ont vécu ce moment …aurons-nous le même regret de ne pas les avoir interrogées et pourquoi ? Les femmes aussi étaient en guerre. Mais revenons aux pères. Ils avaient vécu l’apocalypse chacun à leur manière, ils n’avaient pas les mots… «  Mots de pendus qui étranglent la corde. » dit Armand Gatti...

Robert Antelme, Primo Lévi , les ont eu, les mots, on n’y voit pas plus clair ! Alors, « A quoi bon ? comment dire l’indicible ? » devaient se dire les pères…et ils sortaient l’accordéon ou les pinceaux…

Françoise

16/09/2009-22:08

Re-Chronique:

... lors des changements historiques, par l'invention d'une société autre par la société même. A ces quelques instruments près, nous ici nous entreprenons la même chose. Mais dans un temps autre quant à notre avenir collectif possible, sinon probable, comme l'indique ce qui suit: Les deux phénomènes majeurs au coeur de la phase de dislocation géopolitique mondiale.

D.D

Re-Chronique:

Salut! Dans la même veine: un article hallucinant de l'ancien directeur du FMI montrant à quel point Wall Street a un pouvoir tel qu'une régulation des marchés financiers semble impossible: La crise par Simon Johnson (à télécharger ici ); et un article d'Attali qui, lui, pense que la situation n'est pas réformable. s'il y a changement, ça passera par une révolution. à retrouver sur http://www.slate.fr/story/8747/banques-le-triomphe-des-coupables-par-jacques-attali (ou à télécharger ici


M.D.

19/09/2009-17:18