Voix mise en boîte. "Tu vois...on fait des photos, on ne fait pas d'enregistrement des voix que l'on aime, c'est très bête, car la voix reste vivante..." Bribe saisie d'une main, au vol. La vive-voix à faire revivre, la voix intelligente à entendre, la voix décapsulée qu'on boit d'une traite, ou à petite dose. La conversation c'est comme un jeu de ping-pong, c'est un flux de vie, le gazouillis de notre espèce, qui se passe de l'un à l'autre, et pourtant qui pense enregistrer ces moments ?. A l'inverse, pas de gazouillis dans ce qui s'écrit, ici par exemple, qui n'est pas la vie, car celle-ci ne se laisse pas mettre en récit, jamais. Comme tout ce qui respire est vie, cette chronique n'en est pas. Evident. Seulement dictée par la vie , la mienne présentement. Ce qui s'écrit n'en est pas. C'est vrai que l'on se focalise sur l'image, l'image de bête humaine, comme autrefois sur le portrait, la photo en tant que forme populaire et démocratique du portrait peut être. Le document filmé n'est qu'une déclinaison des deux formes. Penser la vive-voix en valeur existentielle, et savoir la sauvegarder. Parce que la vive-voix témoigne, hors discours, de la façon à laquelle se développe la raison hors discours -que disent les gazouillis de notre espèce? " il y a encore dans l'homme, et dans l'homme seul parmi tous les hôtes de l'univers, une autre faculté de connaître et comme une nouvelle conscience, que le langage appelle, avec une infaillible justesse, réflexion. Elle n'est, en effet, qu'une sorte de reflet ou d'écho de la connaissance intuitive." dit Shopenhauer- ou l'imaginaire de la personne -du même Shopenhauer "Toute pensée, à l'origine, est une image; c'est pourquoi l'imagination est un outil si nécessaire de la pensée; les têtes qui en sont dépourvues ne fontjamais rien de grand, sinon en mathématiques." Ou de sa tranquillité d'âme, ou l'inverse, de l'effort pour se mettre dans certaines dispositions intérieures ou l'inverse. Ou d'un discours intérieur pour agir sur soi-même, ou d'un tempérament spontané ou irréfléchi, sans le moindre calcul ou l'inverse, sans la moindre complaisance en soi-même, ou l'inverse. Ou témoigne de son ironie, de sa dérision. Ou de sa bonté, la pureté d'intention ou pas. Ou des soucis de la vie, de sa timidité, de ses angoisses ou pas. Ou gromelle tel corps à vif ayant besoin de se raconter une histoire pour se sentir apaisé et en accords avec lui-même. Rendre vie à la forme orale, pas pour faire passer la personne pour beau parleur, mais voire peut être pour laisser trace de l'être attentif à ce qui intéresse tout homme, du chercheur de sagesse cherchant une vie plus consciente, plus ouverte sur les autres, sur l'immensité du monde-toupie. Ou pas. Trace de sa concentration sur l'instant présent, de son émerveillement devant la présence du monde, de son regard d'en haut porté sur les choses...Ou non. Et même, et qu'importe, si tout ce qui est prononcé est dénué d'importance, l'essentiel est présent, là: la musicalité, la respiration, donc la vie qui respire. A la lecture de certains auteurs connus, j'ai l'impression qu'ils me causent. A moi, rendez-vous compte! Michel Serres par exemple, et quelques autres aussi. Quand je le lis, il me cause. Enfin, j'ai le sentiment de l'entendre de vive-voix, avec la respiration, et tout, et tout. Pourquoi ça marche? Parce qu'en mots l'énergie y malaxe et triture la syntaxe, avec énergie, musicalité, présence, beau souffle, pêche, intensité et liberté. Mais si je l'entends si distinctement c'est qu'en sons il est en ma mémoire, il y réside avec cette vive-voix entendue et retenue. Mais quand le contenu est vide, rempli d'un message muet, à l'audition cela s'entend! Ou quand un propos se répète à l'infini et sans variation significatif, cela s'entend bigrement. Non pas comme son identité personnelle mais cela se sent comme son identité sociale avec ses propos qui se répètent comme les formules insipides et répétitives de son identité d'emprunt. Pas d'identité personnelle, cela s'entend fort! Par la photo, cela s'ignore en silence! Mais encore heureux, qu'importe vraiment le contenu quand s'enregistre la nature. Ainsi se saisit là la sonore voix de gorge, l'expression de bouche, avec l'oeil dans la tête et son système d'éclairage, c'est ce qui compte, les parties parlantes étant liées au reste pour composer une seule voix, un seul être, un seul mouvement, une seule vibration du spectre audio, le mystère né de la respiration et de la musicalité du corps. Ainsi à l'intonation s'entend l'homme instance de poésie, ce que tu nommes la vie, par pénibles anecdotes qui en racontent tant et tant quand elles sautent toutes par la fenêtre buccale, avec ses expressions du coin, souvent plaintives, souvent lassantes. Ou, ou, dans la gaieté et les rires à réveiller les momies. De la réalité, il existe deux façons de la voir: sous ses deux faces. L'une, celle des optimistes et l'autre, celle du camp adverse, les pessimistes. Seulement moi j'aime biser les deux joues, et plus encore... A l'écoute, comme dans la vraie vie, il n'y a jamais deux personnes cousues pareillement, de la même manière qu'il est autant étonnant de s'apprécier s'entendre causer ou pas, que de s'apprécier se voir en image ou pas. Saisir le grand soupir salutaire qui détend, dans le langage d'amour, de politesse ou d'ennui, parfois magique parfois tragique au gré du flux et du reflux comme la mer à l'oreille quand les mémoires conjuguées s'en vont bras dessus bras dessous. Par haute fidélité s'écoutent ces humeurs, ces élans, ces mystères; ces mystères surtout, tout l'horizon grognon ou jovial sous les paupières-pas peaux de pierres, sans trop penser à ce qu'elles cachent. Et ce qui part. Les hirondelles sont reparties...ça s'est passé le week end dernier, sans tambour ni grosse caisse...Regardez bien dans vos trompettes, vous n'en verrez plus vous frôler les moustaches z'et les fesses pour chopper les moustiques sous vos châtaigniers...Elles vont survoler l'Espagne, el Niger, le Tchad, le Congo, l'Angola, la Namibie pour arriver à Prétoria, épuisées...que voient-elles de ce continent africain à l'agonie, sentent-elles dans leur minuscule bréchet les forces fantastiques générées par notre vertigineux tourbillon dans l'espace... Le son de vie t'en apprend ! Plutôt que de voir, écoute. Puisque nous respirons toujours quand on parle, le rythme des pulsations s'entend fût-ce faiblement. DD |
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