Comme ça, en attente... Question de temps. Comme ça, en attente de la voix. Cette chronique n'est qu'un long prolongement de la radio. Une voix...écrite en sorte. Probablement que le ton est le même et va en toute liberté de l'oral à l'écrit. Tout cela pour dire que la radio est muette. Momentanément. Depuis trop de temps déjà, mais elle a été victime d'une trop forte pression. La foudre lui est tombée sur le dos, et les appareils de Haute Fréquence ont morflé à plein tube. Alors nous nous sommes dits qu'il nous fallait tout remettre à la terre. Du coup des tranchées ont été creusées afin de descendre à 5 ohms. En ce qui concerne l'émetteur et les antennes, pour l'heure tout est à renouveler à neuf. Problème: ça coûte très cher. Très cher pour une des dernières radios libres qui, depuis plus de vingt deux ans, navigue au gré des vents, et parfois même à la godille. Dans l'indifférence générale. Tant mieux ça forge un caractère d'acier trempé. Pour l'instant nous venons de reprendre prise à la terre. Belle image. Question de temps, question de liberté. Notre voix autonome, dissidente et solitaire ressurgira d'ici peu. Contre vents et marées, à la voile de vieux sacs plastiques cousus mains qui chaque jour repart à l'assaut des vagues, Radio Univers fm c'est comme une pirogue, à la fois du silence et des sons, quelques voix, le claquement de la lame sur le flanc bombée de l'embarcation, et l'écho de la caisse de bois flottant au son si proche de celui du tamtam et de la calebasse. Une pirogue qui date d'un temps où fleurissaient nombre d'initiatives démocratiques de belle autonomie. Question de temps. Comme ça, en attente de. A propos de pirogue bigarrée, cette semaine est tombée l'annonce de l'annulation de la dette pour une dizaine de pays les plus pauvres. Parmi ceux-ci Madagascar -bonne occasion pour moi d'y revenir!. Mais de quelle dette s'agit-il au juste? Est-ce Madagascar qui aurait déclenché les monstruosités du XXème siècle avec leurs flots de bataillons poilus perdus sous ciel de feux, de bombardements d'acier et de victimes gazées? Est-ce Mada qui s'est enrichie grâce à l'exploitation de plusieurs générations d'esclaves proscrits que l'Afrique n'aura jamais revu? Combien étaient-ils de Malgaches négriers ayant pignon sur rue à Nantes, Bordeaux, ou dans des malouinières malouines? Est-ce Mada l'île élégante qui a exporté ses bactéries morbides à la terre entière entraînant nombre de génocides d'origine virale? Est-ce les colons malgaches qui se sont empoignés manu-militari les richesses du sous-sol européen, exploitant jusqu'à la corne le pauvre peuple blanc de Bretagne ou d'ailleurs? Mais de quelle dette parlent-ils? Quelques exemples de dettes. Aux Etats-Unis, la culture du coton exigeait alors une main d'oeuvre importante, certains se livraient à l'élevage humain (Etats du Maryland, Virginie, Caroline du Nord, Kentuky, Tenessee et Missouri, les Breeding States). Les Portugais, comme les Italiens considéraient les esclaves comme des étalons. Ils les traitaient comme des chevaux de race: "Ce que l'on cherchait, c'est qu'ils aient le plus d'enfants possibles pour les vendre 30 ou 40 écus". Les femmes esclaves étaient tenues à avoir un enfant chaque année. Annulation de la dette, annulation de l'addition, avant le point de rupture. Au bord du vide, qui des deux, de l'hémisphère nord ou de celui du sud, a honte de son énorme appétit de matière?. Malaise des pays dits riches qui plaquent cette connaissance de dette à des pays qui ont moralement eux le droit de leur exiger de rendre des comptes. D'où vient l'argent du bras invisible qui corrompt? Dans quelles banques de quelles capitales se ré-injecte ce fric? Qui refourgue ses armes à quelques dictateurs posés là sur un trône pour favoriser l'équilibre de la balance commerciale? Qui soutire les gisements des sous-sols? Qui décide de la pluie ou du beau temps sur les cours de matières premières, des fruits et légumes, etc...Bourse, Marché, Monnaie, qui en tire les ficelles? Remarquons que l'initiative est anglaise, et son soutien est américain. Je suggère naïvement une piste pour mieux saisir la problématique: annuler la dite dette qui date pour mieux régler des comptes avec la conscience de l'occident? Pour l'alléger tout du moins avant que ces pays ne crèvent définitivement sacrifiés à l'hotel de l'accumulation du capital, l'annulation de la dette ne serait-elle pas une machine à remonter le temps? On retrouve toujours l'occidentalisation du monde avec la colonisation de l'imaginaire par le progrès, la science et la technique. Aussi par la dette. Et une question philosophique vient à l'esprit quand on circule à Mada: qu'est-ce que la pauvreté? On est pauvre parce qu'on se voit pauvre. Car si on mange du manioc tous les jours à défaut de rien, on pourrait très bien se sentir très bien dans sa peau. Cela surprend, mais "se sentir très bien" est le signe qu'on n'a pas encore perdu sa fierté d'homme. Et, qui plus est, compte tenu de l'extrême fragilité des êtres face au mal. Mais il semble, comble de la colonisation des imaginaires, qu'une nouvelle religion a été créée dans les pays du sud :"la pauvreté". Question d'ôter la fierté qui leur reste. Pour les pays "indépendants" d'Afrique par exemple, pendant la colonisation, le blanc incarnait Dieu (omnipotent) et maintenant, il incarne la richesse et les gens du sud, la pauvreté. C'est ce rapport vertical qui s'entretient et qui est cru comme un rapport naturel des choses. Riches de matières, oui nous le sommes; mais plus pauvres en vitalité, en fierté, en estime de soi, en vie de communauté, et en libertés substantielles celles qu'une personne est véritablement capable de réaliser! Question de temps. Comme ça, en attente de...temps. Mais cette notion nous colonise l'imaginaire aussi. Car le temps existe-t-il?. Pour Yves Klein, physicien et philosophe:"Les seules choses que l'on perçoit, ce sont les effets du temps, jamais le temps lui-même. La définition du temps? Je n'en ai pas. Je considère que lorsque nous essayons de définir le temps, nous avons tendance à le confondre avec ce qui a eu lieu dans le temps, c'est-à-dire les phénomènes temporels. On va dire que le temps, c'est la vitesse, la durée, le devenir. Pour parler bien du temps, il faut procéder à une critique du langage. A priori, le temps c'est ce qui reste quand on a débarrassé les phénomènes temporels des propriétés qui leur sont propres. Pour ma part, j'essaie de montrer qu'il n'y a qu'un seul temps, le temps physique, dans lequel se produisent des phénomènes qui ont des temporalités différentes."(...)"Si l'on prend le temps en terme de durée, je pense que c'est un progrès de savoir que les voyages dans le temps sont impossibles. Quand on y croit, on est maintenu dans une certaine forme d'irresponsabilité, d'infantilisation pas forcément propices à l'épanouissement de la personnalité. Par ailleurs, qu'appelle-t-on un voyage dans le temps? Certains disent que c'est la possibilité de se retrouver dans des périodes du passé; d'assister à la bataille d'Alésia. Bon! Mais la question est de savoir si vous pouvez agir dans la bataille, changer le cours de l'histoire...Il y a une nuance: acteur ou spectateur! Il y a, en fait, impossibilité de modifier le passé." Question de temps. Question d'idées. DD |
...![]()