On connaît l'histoire de cette pseudo-libération des ondes par la musique qui se conclura par l'étouffement systématique ou presque, de centaines de radios associatives, de quartier ou de communautés, non plus tant par le monopole d'Etat que par ceux des médias commerciaux. Devenus les agents culturels associés des publicitaires et firmes de la world-compagny, martelant de la propagande libérale et consumériste , du lavage de cerveaux et de la compression mondiale des consciences et de l'espoir de la jeunesse, que représentent à leurs yeux de médias arrogants de la standardisation culturelle et des moeurs de la société de consommation industrielle, et de la synchronisation de l'opinion publique en Live, vrais engins de destruction mésestimés, que représentent donc les chants délicats kurdes, les rythmes sensibles des malgaches ou des mongols . L'image, le goût, l'écoute sont littéralement kidnappés par un système de conditionnement "où l'optiquement correct succéderait au politiquement correct" comme le dit Paul Virilio. Un maquis existe : Les Nuits atypiques de Langon . En faisant un pas de côté, ce festival gascon (50km de Bordeaux) essaie de voir et de dire autrement le vaste monde, le coin de la rue, autrement vu, autrement dit . Depuis septembre 1989, c'est un regard critique, poétique, politique parce que le silence des pantoufles est plus inquiétant que le bruit des bottes. Parce qu'aujourd'hui l'Humanisme est en péril : lire le texte du président de la Ligue des Droits de l'Homme . De la Palestine au Sahara occidental, de Goran Bregovic musicien ex-yougoslave, à Leïla Shahid ambassadrice de la Palestine en France, cette année encore les nuits atypiques ont feuilleté les carnets de route d'un monde en guerre. Entre esthétique et politique Langon brouille les cartes de l'air du temps et de la mondialisation capitaliste. Ici pas de mode latino pré-mâchée, pas de World Music sculptée par la World Company... Mais un esprit unique de solidarité et de découverte. Paradoxalement, malgré la venue d'artistes exceptionnels (Youssou N'Dour , Noir désir qui était prévu mais qui n'est pas venu à cause d'une immobilisation dûe à une fracture au genou de son chanteur, etc.), les nuits sont bien plus qu'un festival de programmation...C'est un prétexte à la fête, un prétexte au voyage vers d'autres cultures, vers un autre monde toujours réinventé... toujours à réinventer. C'est multi-âge et multi-culturel . Depuis 1992, les organisateurs articulent politique et artistique dans une seule et même démarche, comme l'explique le directeur du festival Patrick Lavaud : " Avec les Nuits nous essayons d'ouvrir un accès vers d'autres cultures, avec toutes leurs implications politiques ou sociales, en rendant compte également de leurs problématiques spécifiques. Autour de la question du Sahara occidental par exemple, nous avons décidé d'organiser une rencontre avec, entre autres, une députée sahraouie Khadija Hamdi, qui est également l'épouse du président de la RASD et du secrétaire général du Front Polisario, Mohammed Abdelazziz. Parallèlement, au débat il s'est produit le groupe Sahra qui est composé de chanteuses qui vivent dans les camps de réfugiés. Le festival, ce sont également des artistes comme Samir et Wisram Joubran, deux musiciens palestiniens, qui possèdent un passeport israélien même si Israël les considère comme des citoyens de seconde zone... Ce sont des gens qui vivent avec une conscience aiguë de leur situation d'artiste et de Palestinien, des gens dont la vision est forcément modelée par un conflit qui les englobe. L'idée c'est de construire de la vie, de construire de l'humanité. Pour nous, ce qui compte c'est l'esprit de ces Nuits, le fait de ne pas se laisser faire, le fait d'être vraiment l'acteur de son devenir. Ce qui m'intéresse dans les musiques du monde, c'est qu'il y a d'abord le mot musiques, au pluriel, parce qu'il n'y a pas une musique mais des musiques, mais aussi le mot monde... Les Nuits nous permettent surtout de créer une dynamique, de créer de l'humanité..." Un groupe de chanteur et musicien kurdes, de jeunes italiens des Pouilles, région située tout au sud de la botte italienne, face à l'Albanie, ont enflammé le public par des chants et des rythmes d'hommes dignes et debout . Au creux de notre oreille, pour nous faire partager les destins héroïques de tant de petites vies anonymes. Le son de ce souffle de ces chants, ces rythmes et ces mots qui s'emballent et qui se mettent à briller au plus profond de notre ignorance et nous racontent l'Autre, qu'il soit kurde, palestinien, indien, burcinabé, mexicain ou roumain , simplement l'autre. Que toutes nos petites voix se mêlent entre elles . Une humanité simple et généreuse, fière de ses différences, forcément griffée par tous les aspects de l'impérialisme. Une humanité qui cinq jours durant aura construit, à sa façon, une réponse pertinente à l'uniformisation culturelle et aux lois du marché. Si le monde n'est pas une marchandise...c'est avant tout une musique de résistance sous toutes les latitudes. Ce festival est terminé, mais le rendez-vous est à nouveau fixé . Pour résister à ce dressage de masse qui vise à scruter, à réagir, à dénoncer et à éliminer , "virtuellement" par le Loft car ne nous y trompons pas, le loft n'étant qu'une simulation de masse d'une pratique de l'élimination du pauvre qui est en cours comme l'indique le texte cité ci-dessus; éliminer "cet autre monde qu'est l'homme" comme le dit François Rabelais . A part cela quoi d'neuf ?
Les chiffres de VU, Vivendi Universal, du géant de la flotte
qu'on boit-ressource naturelle et de la communication de masse-ressource
culturelle ? L'effondrement...Et par ailleurs ? 1 enfant sur 4 est
victIme de malnutrition à Gaza, territoire isolé entre
mer et Israel, et qui s'enfonce à cause du blocus. Des enfants
palestiniens qu'on élimine, c'est ailleurs. Des enfants-néants
qu'on criminalise, c'est ici . |
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