Conversing with melody.

Un soir de tristesse avec cette idée intérieure d'être libre d'accord mais d'être triste aussi. Accompagné des deux CD: Emmanuel Bex -conversing with melody- et de Jean-Michel Pilc -follow me. Pour arroser ça un soir de tristesse pour un premier soir de congé. Confidence intime: c'est comme ça qu'il me touche le jazz, sinon je m'en fous assez. Pas de mots plein la bouche dans le repli sur soi, seule une rasade de jazz va pour ma mélancolie. De cette rasade, j'en attends d'elle qu'elle m'impose de suspendre toutes les opinions reçues et par conséquent, m'isole.

Loin de voir quelque chose d'hostile, cet état me rassure sans qu'il soit question de masochisme. Serait-ce le type de vague à l'âme du 14 juillet ? j'en doute. Sinon le 14 juillet, l'un de ces jours où tu fais pause, dégagerait-il des odeurs primitives qui incitent l'animal à s'arrêter ? Ces cérémonies, c'est vrai je les ai vécu un temps en ma qualité d'élu, m'apparaissent représentées par le chien qui, au cours de la promenade, s'arrête pendant des minutes à un endroit quelconque, se met à le renifler, s'obstine d'un air appliqué et renfrogné et satisfait finalement à ses besoins, gratte le sol et poursuit son chemin comme si rien ne s'était passé. En des temps moins civilisés la vie et la mort pouvaient bien dépendre de tels comportements; après des millénaires de domestication il n'en subsiste plus qu'un rituel absurde.

Absurde ce rituel, en apparence seulement. Puisque, codés de signes et de discours, il s'agit là d'une projection des participants eux-mêmes afin de se donner une forme à leur être, au même titre qu'à toute activité humaine en sorte, ni plus ni moins. C'est ainsi que nous vivons, avec ce que nous projetons en valeur, en sens, et qui au final constitue la forme que l'on se donne.

Quant à la question de confondre ce qui est avec ce que l'on veut faire être, si vous souhaitez y jouer durant l'été, allez-y...mais je ne vous surveille plus.

Comme projection de soi, cette chronique-château de sable. En ce qui me concerne évidemment. Voilà un truc, une méthode autre pour chasser les images noires et un paquet de branches sèches: pour réveiller le prisonnier en soi il convient de changer d'idées. "Plus on sort de soi-même et plus on est soi-même; mieux aussi on se sent vivre. Ne laisse pas pourrir ton bois dans ta cave." disait Alain. Certains, tremblants et noués, s'en vont voir le défilé pour moins que ça.

Heureusement, au rythme de notre histoire collective, avec les croyances collectives qu'elle implique, ce qui reste d'actualité selon mon regard presbyte -la presbytie étant cette caractéristique du regard qui permet de voir loin, parfois très loin; donc une aptitude, mais non sans revers: on peut avoir du coup quelque mal à voir plus près, là où on met les pieds-, c'est le 14 juillet populaire avec le bal et le feu d'artifice ! Et le Tour de France. Et ça j'adore!

Le 14 juillet? Pour les médias, c'est le jour pour dresser un tour d'horizon de l'état de notre armée. Je ne déroge pas à la règle et en saisissant l'occasion vous fais part d'un bref souvenir. Celui qui vous cause avait animé dans sa caserne d'Epernay en 1975 ce qui fut appelé l'un des "comités de soldats", pseudo-syndicat au sein de l'armée. L'acte de révolte s'étant limité à une revendication d'existence par un jet d'une poignée de tracts à l'entrée de la gare, dans la foulée de notre départ en perm. Ce mouvement d'appelés qui aura gagné petit à petit un beau nombre de régiments de bidasses entre 74 et 76, s'était manifesté entre les deux tours de la présidentielle de 74, sous la forme de "l'appel des cent soldats", dans lequel les comités revendiquent des hausses de solde, l'accès libre à l'information dans les casernes (Le Canard Enchaîné, comme Libération, Le Monde, L'Humanité ou Charlie Hebdo étaient interdits, et peut être certains le sont-ils restés d'ailleurs), ou encore la suppression des brimades. Cette contestation a été largement réprimée et les membres des "comités de soldats" ont souvent connu l'emprisonnement soit de 6 mois d'isolement en forteresse, la prison militaire comme pour les traîtres à la patrie ou les déserteurs en temps de guerre après jugement d'exception de la cour de sûreté de l'Etat, soit tout bonnement mis au trou. Par chance, il ne m'est rien arrivé de vraiment dur au retour de perm. 30 ans après, cela n'a pas beaucoup bougé question syndicalisme aux armées, sinon que les soldats sont tous des travailleurs salariés sans droits d'expression. Et je viens d'apprendre assez récemment que la vieille caserne d'Epernay a été rasée laissant place depuis déjà longtemps, à un quartier d'immeubles. Seule trace chez moi durable de ces 12 mois sous l'uniforme, quand j'achète du Champagne j'en choisis toujours un d'Epernay.

S'ajoutant à la grisaille de ce 14 juillet-ci, le manque de vent que j'ai pu constater sur Brest. Quasi-pas de vent pour les grands voiliers anciens évanouis dans la brume durcie, sur des eaux calmes allant et venant de la rade de Brest à l'Ile longue, et même pas de vent du tout pour les cinq grandes éoliennes de couleur ciel que vient de me faire visiter à Plougastel-Daoulas le grand Jean-Pierre, magicien de la Haute-Fréquence et fier planteur-producteur de nouveaux moulins à vent du grand large à la pointe de Bretagne, après avoir tenter en vain de m'initier avec l'esprit d'enfance au rudiment de la baguette de coudrier pour dénicher en sous-sol quelque source ou rivière souterraine.

DD

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