Pau.                                                                                                                         N°249

Dire la splendeur du monde. Qui laisse pressentir tout l'univers. Dépouillement des habitudes et des préjugés. Et une manière de saisir les choses que l'on pourrait dire "naturelle", en se tenant vraiment à la réalité nue. Communion avec la Nature. Autant de manière d'agir qui peut nourrir une chronique de la vie quotidienne mais dont il n'est pas aussi facile d'appréhender quand on est un brin fatigué, un petit peu cuit sur les bords. Pourtant ce n'est pas l'envie qui me manque d'en parler. Mais bon, une fatigue de fin d'année altère ma vitalité contemplative. Fatigue vampirisante et baisse de tonus, tellement cuit de fatigue que mes doigts se croisent sur le clavier, je risque l'accident à tout moment.

Le chroniqueur ici regarde l'homme d'action en mouvement. Après s'être dissimulé derrière sa grosse feuille de vigne composée des deux lettres "D.D" qui compose sa signature, le chroniqueur-maison -qui vous parle- se dévoile ainsi plein cadre. A un point tel qu'il se met au nu intégral! Imaginez-le fatigué, le rouge au front.

Pourtant mon plan anti-fatigue reste cet exercice. Précisons tout d'abord quel sens a cette chronique: "De regarder naïvement en soi et autour de soi" (Bergson). En fait comme un peintre. Ou du moins comme un peintre je suppose.

Circonstances et raisons, tour d'horizon. Je n'ai pas seul l'apanage des aléas de la fatigue en ce moment. D'une "défaillance de la motorisation" comme le bramait il y a quelques minutes encore le contrôleur à tirades trompettantes. Entendez panne de moteur du vieil omnibus frappé de nos jours de l'Hermine autocollée du TER Bretagne. Bref, nous sommes tombés en report de livraison sur un quai de gare, dans l'attente d'une margelle pour se raccrocher. Comme voyage d'aventure il y a mieux à raconter j'en conviens que ce train-train qui me concerne, ce quotidien routinier qui mène tout de même à Saint Malo (entité très vague et très en vogue dans le XVIème), lieu de destination Balnéaire des TGV de nos jours!

Dans ce wagon, qui a trop roulé sur les galets, j'étais entouré d'un bataillon de dames causantes, et passablement excitées, non des pisse-froids qui se destinent au captage des flots, toutes à des grades divers secrétaires sociales en provenance de Bordeaux Saint-Jean. Sur rail depuis tôt le matin, dès 5h30 pour l'une partie de Pau. Leur destination, sous quelle latitude? Saint Jacut de la mer! Avec aller-retour en trois jours. Trois jours c'est mieux que deux, comme initialement prévu au départ, mais la direction avec une efficacité stoïque, tout calcul fait compte tenu des découchés et de la fatigue des voyageuses durant les réunions, et de l'organisation des hôtels à Saint Jacut de la mer, a changé en cours de route la programmation de ce "Séminaire" que les filles appellent sagement "la réunion". "Il paraît que Saint Malo c'est beau, mais on ne verra rien, on arrive de nuit et on repart de nuit". A entendre les portables même leurs conjoints du Sud-Ouest exprimaient des doutes sur cette escapade ferroviaire de la mi-décembre en Bretagne-Côte nord. D'autant qu'elle n'avaient pas toutes leurs jambes de vingt ans.

Sans sas de décompression c'était leur deuxième embûche du trajet, puisqu'elles connurent en amont pareil blocage. A ce stade, seul le rire communicatif les soutenait face à cette organisation matérielle et technique hautement improbable.

Bon, curieuse migration! Je ne sais pas si la SNCF est de nos jours menacée de faillite et de saisie, on annonce à tout va des bénéfices inégalés. Mais par moment cela fait un peu penser à du transport de bestiaux à prétention noble. Suis-je à cheval sur les principes, comme les syndicats du rail positifs et mobilisés? Oui car le principe fait norme.

Bon, en ce qui me concerne je pose ma besace pour 2006. Et prends des congés.

 D.D

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