- Chronique N°372 -
 


 

   

Crochet. N°372

Du “citoyen” par ci et du “responsable” par là, en route vers le sauvetage de la planète. Accrochez-vous ! Voici voilà Mesdames et Messieurs l’arrivée des conduites citoyennes et responsables ! Vous êtes priés d’adhérer. De rejoindre l’armée des bons éco-compatibles. Tous dressés au tri des ordures dès le plus jeune âge. Avec jeux vidéo mais à piles rechargeables par panneaux solaires.

Moins de rêves, moins de contes, place à la rationalisation de nos usages dès la maternelle ! Et zou ! Et vlan ! A la décharge les vieilles normes ! Accueillons avec bonheur le nouveau processus d’uniformisation des consciences et propageons sans délai le nouveau catéchisme vert ! Adoptez les bons réflexes pour sécuriser votre environnement durable !

« Ben pourquoi parles-tu comme ça ? C’est quand même bien cette évolution qui correspond à ce qu’on disait ensemble il y a 25 ou 30 ans ! c’est mieux !» m’a rétorqué un vieil ami de la lutte écolo. Alors j’appuie : « Ecoutes ! je crains les règles bio-normatives d’un pouvoir qui prendra forcément la forme d’une bureau-biocratie. D’autant que le capitalisme a compris le marché formidable à en tirer ! Quant aux rares effets « bénéfiques » de la pensée écolo, comme le recyclage par exemple, ils ne font qu’augmenter la rationalisation, l’efficacité et donc l’expansion de ce même système technico-industriel. De l’écho des voix c’est de partout aujourd’hui que l’on se réclame du “développement durable” alors que nous-mêmes passions encore il y a peu de temps pour des attardés mentaux avec nos maisons de bois ou de terre crue qu’on se construisait il y a 20 ans, ou pour d'autres avec la pompe à chaleur ou le maraîchage bio, tu ne trouves pas ça drôle ? Dans le travail d'achat public que j'exerce, les mêmes auprès desquels je m’efforçais, il y a quelques mois, de convaincre d’acheter dans le respect de l’environnement, depuis le Grenelle me donnent la leçon! Et se sont bâtis des discours (voiture "green") ! »

Pour répandre la bonne parole de toute l’infrastructure technico-industrielle moderne ... au service du développement durable », c’est parti sans tarder. Et pour dire combien ça se confirme, la bonne conscience durable ne mégotant pas sur la circulation aérienne, je viens d’apprendre qu’une délégation du conseil général d’ici chargée du développement durable, dont l’élue responsable tombée bien sur le tard dans une vertueuse soupe écolo, part en mission d’étude à la Silicon Valley (USA) ! Pour ainsi dire, dans une forme de boule de verre, avec des paillettes argentées qui tombent du ciel quand on la retourne.

Sans compter combien une chargée de mission « Développement durable » ça dépense en "voyage d'étude", combien de pseudo-experts en « Développement durable » vont fleurir aux quatre coins des budgets d’étude « Ben ! parce que le « Développement durable » ça impacte tout des domaines! c'est transversal! ». Pour brasser du vent, de l’eau et du leurre pour leur moulin rentable, etc…Allez ! A force d’être roulé dans la farine ça m’énerve et m’enflamme et s’il me faut poursuivre ce sujet mieux vaut pour tout le monde que je retourne à mon jardin ! Car les alternatives on les connaît !

En un mot je n’y crois pas ! Parce que je n’adore pas m’apercevoir que l’on me prend pour un con. Je ne m’étendrais pas plus sur ce que j’ai ressenti il y a deux jours quand j’ai découvert que les collègues que je défendais bec et ongle face à leur (ma) direction ce sont finalement alignés-aliénés à celle-ci en se retournant finalement contre moi. Je pense que ce type qui refusait de discuter avec moi avait déjà, à l’avance, manigancé son coup… Chercherait pas à prendre ma place par hasard ? fourberie donc, même dit en chinois: déloyauté, dissimulation, fausseté, hypocrisie, jésuitisme, matoiserie, perfidie, sournoiserie, duperie. Bref, minable ! Non je n’en parlerai pas plus. Pas la peine.

Ceci-dit, toujours dans le genre gogo, je viens d’apprendre dans le Libé d’hier comment placer un crochet en fer suspendu sur une caténaire afin d’arracher la ligne et le pantographe du train. De quoi créer un maximum de dégâts sans pour autant risquer de tuer quelqu’un : le train ne peut pas dérailler. Initialement, je pensais moi que le saboteur, lui, pouvait être électrocuté sur le champ en posant le crochet. Et que cela nécessitait une haute-technologie pour déjouer un système hautement sécurisé compte tenu des hauts risques pour des voyageurs trimballés dans ce confinement à près de 300 kms à l’heure.

Pour de vrai, j’imaginais qu’il fallait disposé d’un équipement conséquent et sophistiqué permettant à la fois d’atteindre les câbles et de couper l’alimentation en très haute-tension électrique de la ligne TGV (25 000 volts). De déjouer les dispositifs de sécurité hautement étudiés par nombres d’organismes compétents. Qui sont évalués au regard de leur efficacité, le tout étant formalisé selon des procédures complexes qui nécessitent un niveau d’information extrêmement restreint. De la pertinence de l’importance de leur activité. Et de leur grande rigueur. Avec mises en phase par domaines ! Bon je m’arrête là, car on connaît tous le jargon techno qui enveloppe les affaires. Alors qu’au vu des images du crochet, le décalage était tel en mon esprit entre cette sécurisation pas parfaite bien sûr mais quand même véritablement fiable considérant l’enjeu, et la façon très bricolée et dérisoire, voire ridicule avec des bouts de ficelle et fer à béton que présentait d’aspect le sabotage supposé efficace. A l’heure de la dispersion marchande de l’EPR, des vols d’avions monumentaux à des vitesses fabuleuses par des hauteurs qui dépassent l’entendement, et tout le toutim, j’y ai cru ! Pour de vrai. Par conséquent pas dupe, en citoyen lucide je m’interrogeais sur les «actes de sabotage commis contre des caténaires».

Comment donc placer un crochet en fer sur une caténaire ? Rien de plus simple:«C’est un moyen très simple d’attaquer le réseau, raconte Nicklas, le militant de Hanovre. Des modes d’emploi techniques ont circulé. Un simple matériel de soudure permet d’en fabriquer. Le fer à béton se trouve sur tous les chantiers. La pose se fait sur les lignes électriques au moyen de perches en plastique. Des tuyaux qui s’emboîtent. Il n’y a aucun danger, sauf en cas de pluie.» (Libé)

D’où la probabilité qui s’annonce : qu’à l’avenir tout bricoleur serait un « saboteur » en puissance car sachant potentiellement manier le fer à souder, emboîter des tuyaux, et agir sur les bons leviers, et qu’en veillant à transformer plutôt qu’à recycler il ne devienne un éco-incompatible à surveiller.

D.D