Plus personne n’en cause mais tous les candidats de ces présidentielles sont sur la même ligne, celle de la décentralisation, de la remise des pouvoirs au local... Cela balance entre ces deux pôles : la nouvelle droite : « Retour au lieu, au paysage, à l’écosystème, à l’équilibre. » ; les Verts « Une convivialité du lieu, d’un social associé au naturel. » D’un extrème à l’autre de l’échiquier politique, ils nous vendent ce « local » . La municipalisation du politique est en cours . Le monde politique travaille à promouvoir, mettre en œuvre, et d’ailleurs  ici en Bretagne nous sommes en pointe dans ce processus avec bientôt une charte des pays qui sera signée entre la Région et l’Etat et qui vise celui-ci à se démanteler avec plus de rapidité .
Donc en dehors de ces élections la techno-structure travaille à promouvoir et mette en œuvre de nouvelles identités territoriales, c’est à dire de nouveaux découpages ou assemblages d’espace : les « pays » . A travers ces nouvelles formes territoriales et identitaires susceptibles de rassembler les contemporains se dresse le nouvel horizon constitutif de la société et de la politique , soit du droit des citoyens, de l’égalité etc…

Notre radio est d’abord et avant tout locale, donc nous pensons être en mesure d’émettre une opinion à ce sujet , sans avoir la prétention de tenter de dissoudre ces « illusions ». Du localisme sort d’abord  le clientèlisme . Puis une discrimination entre les humains sur la base du lieu où ils habitent .
Ses ingrédients , c’est un mélange d’incompétence jamais sanctionnée, de compromissions pour la re-élection à venir, de compromissions à tout va , de satisfaction d’intérêts privés.

Tout y incite à ne pas se soucier de ce qui se passe dans le village d’à côté . Mais comme les politiques ont souvent pour faculté de faire le vide autour d’eux et non de tisser des relations vraies, on peut se poser la question : où est le problème ? Autre ingrédient pas anodin du tout, voire même majeur et fortement revendiqué d’un nombre croissant de petites communautés cherchant à voler de leurs propres ailes, c’est l’identité . C’est à dire par quoi nous sommes semblables ; ce qui fait qu’il y a nous et les autres . Au nom de l’authenticité, d’un patrimoine familier, c’est du fonctionnement entre tribus dont il s’agit, à partir d’une pratique, de groupes de reconnaissance mutuelle attachés à leur terroir .

Chauvinisme paresseux. Tout exprime une pesanteur . Valeur souterraine et superficielle à la fois . Ce qui frappe c’est sa persistance  (bien plus qu’une simple survivance) , et son ré-emploi actuel . Le retour des générations disparues, avec les vieilles histoires de voisinage à la clé . Complètement désaccouplé des grandes mutations du mode de vie , coexistant avec la multiplication et l’élargissement des trajets, avec l’irrigation de la vie quotidienne par les médias . Glissement de l’esprit de clocher à l’esprit de terroir . Glissement mais persistance dans le villageois, le familial, le procédurier .

Par divers biais, il s’agit d’une affirmation conservatrice dominante . Il faut savoir de quoi on cause. Car aussi le local te broie . Pas seulement dans les actions mais dans la personne elle-même. Le local peut être du fascisme, de droite comme de gauche . Tout le monde à l’œil sur l’autre. A tout connaître de l’autre . Tout et son contraire y sont colportés déformés à la vitesse de la lumière . Rumeur et calomnie. Ou mutisme…
 Le local, c’est aussi tout ce qui se dit comme saloperie sur l’autre . Pour démonter les personnes . Donc tu te demandes toujours ce qui se passe, ce qui se trame à ton propos dans ton dos . Comme il existe une propension chez les gens à devenir fascisant, rien n’y est dit avec franchise , tout y est sournois . Dans la proximité c’est difficile de se battre vraiment avec conviction pour le bien commun car par moment cela passe par froisser quelques mentalités du pays. Et en général, on ne s’en remet que trop rarement . Seulement voilà : penser sans restrictions est la seule manière d’aborder les problèmes et les tâches . Et, puisque nous savons que cette attitude n’est aucunement universelle, mais tout à fait exceptionnelle, nous devons nous demander comment, dans quelles conditions, par quelles voies les locuteurs natifs de quelque part s’éveilleront ? En des danses macabres du désir et de la peur ?
Quand tu ne fais pas partie d’une communauté qui peut être très réac, tu en es exclu la plupart du temps. Partout dans le monde , c’est çà . Le local, c’est souvent suivre la tradition : la lapidation sous la charia, la mise à l’écart sous d’autres systèmes . Faut-il insister sur les micro-fascismes locaux qui baignent toutes les petites cellules de nos contrées, comme des multitudes de micro- trous noirs, comme des virus…En marge de la grande peur parano fabriquée en partie pour les présidentielles, il y a toutes ces petites monomanies, les rumeurs les bourdonnements qui donne à n’importe qui (le n’importe qui, de préférence un élu bien sûr…) la mission d’un juge, d’un justicier, d’un policier pour son compte… Tout régime totalitaire passe inévitablement par la petite délation locale et quotidienne …
 
Si tu rejettes le local, ou si rendre des comptes n’est pas ton fort, l’inconvénient c’est que tu es seul .Tu te retrouves seul . Les gens avec qui tu as des idées communes sont dispersées dans l’espace .

Bref, où est l’innovation ? Sinon dans cette vision audacieuse du Moyen Age .  Heureusement l’histoire est création largement indéterminée . L’institution de la société ne découle pas de lois -« naturelles », « rationnelles » ou comme on voudra. Elle est l’œuvre de la société qui s’institue chaque fois elle-même. Soyons d’abord clairs sur ce point : des femmes risquent leur peau, tous les jours en Algérie, en sortant de chez elles sans le foulard .

 

 

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