"L'air du temps".                                                                        N°265

"Le Pen pourrait s'accorder avec Sarkozy. Le candidat du FN évoque des "points possibles d'accord et de convergence" avec celui de l'UMP, qu'il qualifie de "courtois"". Il est bien fini le gaullisme un peu teinté de l'esprit de la République, retour à la droite d'avant la guerre, ou suivant le schéma qui existe en Amérique où l'extrême droite gouverne avec Bush...Qui aurait pu imaginer il y a un an pareils propos de campagne présidentielle (génétique, etc...), l'infâme jus sarkosien s'écoulant toujours plus de la bête immonde qui distribue les rôles, et bientôt les pouvoirs.

Là où les rayons du soleil ne pénètrent pas, les sons parviennent pourtant. Mais l'inverse est vrai aussi puisque plusieurs auditeurs me signalent qu'ils n'arrivent pas en ce moment à nous capter tous les jours à Rennes ou à Saint Malo, la mauvaise réception étant due à la météo. Avec à chaque fois un mot chaleureux: "Sinon continuer c'est super coté programme que ce soit pour le jazz ou le classique. Les pages de pubs sont excellentes - blague à deux balles soit 30 centimes d'euros" (merci à Thierry de Rennes et à Mr Forest de Paramé).

J'en profite pour répondre à fdeshaies:"Bonjour. hier 7 avril à 21h ~~21h05,  j'ai entendu avec ravissement un morceau que je crois être de Dollar Brand, mais je me trompe peut-être? J'aimerais connaître le titre (et le musicien si je me trompe.) Merci pour ce que vous diffusez...On apprécie ! Mais souvent vous ne précisez pas les morceaux diffusés, c'est dommage..." C'est vrai, nous n'assurons que 8 heures par jour de morceaux présentés, mais c'est pas mal non plus. Un autre message encore: "Bonjour, je m'appelle Raphaël, j'ai 19 ans et j'habite Broualan. J'aimerais savoir s'il était possible de visiter votre radio car je suis curieux savoir comment ça fonctionne... merci." Bien sûr, on se contacte prochainement. Occasion m'est donnée pour s'auto-féliciter de la prise de direction de France Info, en date du 2 avril, par Patrick Roger dont les débuts radiophoniques se sont faits ici: "...après avoir dompté le trac du micro dans une radio associative de sa Bretagne natale, alors qu'il n'était que lycéen."( dans le supplément Le Monde TV&Radio-du 25-26 mars 2007).

Quant à cet autre message aussi chaleureux: "Bonjour. J'écoute vos programmes fixes de Jazz sur Internet : trés bien ! Peut-on vous capter sur radio ? peut-être par un relais ?  Merci. Jean  B...- 67300 - Schiltighem." Là, pour atteindre l'Alsace seul l'internet le permet. Merci, encore ça fait plaisir.

Ah! Transportez-moi encore, accents sonores et puissants, au plaisir de l'écoute d'Univers. Un gai et beau soleil brille; l'air est chaud, et hop! les perturbations sont multiples. Bon, en avril nous n'allons pas nous entortiller d'un fil...de micro, la position qui est la nôtre dans cette campagne des présidentielles est celle-ci: rappeler simplement que cette radio n'est pas issue de 1981 pour rien. Alors radiophoniquement parlant rappelons-nous notre jeunesse et n'aspirons qu'à y être fidèle: le droit à la parole a toujours été gagné sous la gauche!

La robuste vigueur poétique de la station se manifeste entre autres à ce trait: la revendication d'un droit humain au bonheur. Oh! bien sur ici depuis 25 ans on apporte son linge, c'est pour ça que ça tient. Plus fort, personne n'ose sourire, par respect pour la vénérable tradition.

Chercher l'écart . Alors que les questions de politique culturelle sont, au mieux, des ornements de la campagne électorale française, voyez, nous conservons un regard engagé sur le présent, bien qu'à l'antenne nul discours ne s'entonne...

Vivre dans le ressouvenir rassasie, mais pour le reste c'est une autre paire de manches. De quelle façon ici se pratique le droit à la parole? Depuis des lustres sans calcul ni discours par une programmation d'esthète: musique classique et jazz. A quoi cela s'apparente dans les faits? Je vous fais part de ce que je viens de découvrir à la lecture de Jacques Rancière (Le philosophe et ses pauvres) et qui me plaît bien:

"La lutte pour le droit à la parole est d'abord lutte pour l'euphémisation. C'est par l'entrée dans le jeu des passions bourgeoises, et des plus "légitimes", que se dessinent à la frontière des classes des champs de rapports symboliques rendant possibles l'énonciation et les énoncés d'une parole ouvrière détachée des répétions de l'amor fati. Les premiers militants ouvriers ont commencé par se prendre pour des poètes ou des chevaliers, des prêtes ou des dandies. Allodoxie qui est la seule voie de l'hétérodoxie. Passions d'emprunt usant des seuls mots qui rendent possible la réappropriation: des mots d'emprunt. Au prix de quelques malpropismes et contresens: le contresens sur les mots qui disent l'ordre nécessaire des choses est le premier mot du discours hérétique. (...). Ainsi a joué le "communisme culturel": comme l'illusion jouable l'effort pour donner une voix aux dominés. Comme l'opérateur des jeux de distinction par quoi les esthètes et les dandies de la classe ouvrière ont donné une voix au groupe: celle qui retentit dans le Chant des ouvriers entonné en choeur au printemps 1848, et dont le poète et dandy Baudelaire fera une étrange lecture, autre commentaire fictif d'une critique du jugement inconnue: "Quoi de plus trivial que le regard de la pauvreté sur la richesse voisine? Mais ici le sentiment se complique d'orgueil poétique, de volupté entrevue et dont on se sent digne(...) Nous aussi, nous comprenons la beauté des palais et des parcs. Nous aussi nous savons l'art d'être heureux." En ceci réside l'étrangeté de la lecture de Baudelaire: ces palais, présents chez Kant, ne figurent pas dans le Chant des ouvriers. Baudelaire a pu les entendre parce qu'ils étaient dans "l'air du temps": l'air du "communisme culturel". Ce que le poète dandy appelle plus joliment: le goût infini de la République".

D.D

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