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Mur. N°400. Sous le bleu du ciel, après Figuères (voir chroniques précédentes 1&2) nous nous sommes arrêtés à Portbou. C'est en Espagne. Petit port côtier. Village du nord de la Catalogne. En cette saison c'est désert sur les remblas. Sur ceux-ci comme en bord de plage quelques panneaux métalliques d'un ton rouille rappellent la présence ici du grand philosophe Walter Benjamin. Du moins, la présence d’un absent puisque les panneaux portent sur la mort de Walter Benjamin. C'était en 1939. Juif il est contraint à l'exil. Mais Portbou sera pour lui le terminus. Banyuls-sur-Mer. Huit kilomètres de chemin pierreux. La montagne au-dessus de Cerbère et Portbou. Géographiquement, il s'agit là du massif des Albères, ce massif est la pointe orientale des Pyrénées qui plonge dans la Méditerranée. Il est dit que ses ports et sa route côtière furent une zone de passage pour les migrations nord-sud. C'est sur cette rocaille que Walter Benjamin passa clandestinement de Banyuls à Portbou. Quand le 26 septembre 1940, il comprend qu'il ne lui est plus possible de se réfugier en Espagne pour fuir l'avancée des Allemands, Benjamin, épuisé, met fin à ses jours. Il a 48 ans et sur sa tombe à Portbou, on peut lire cette phrase à méditer : « Il n'est aucun document de culture qui ne soit aussi document de barbarie ». J'ai lu sur le net que Benjamin "ne désirait pas être reconnu et voulait rester dans la foule des anonymes. C’est ce qui s’est passé avec son corps qui a été placé dans la fosse commune, en 1945. C’est ce qui s’est passé avec ce manuscrit et cette serviette noire, perdus, semble-t-il à jamais. C’est son nom même qui s’est perdu, en 1940, avec sa mort, à cause d’une erreur des services administratifs de Port-Bou : sa véritable identité ne sera retrouvée qu’après la guerre et son œuvre diffusée après le franquisme ; mais 70 ans après la disparition du philosophe allemand, ses œuvres complètes ne sont pas encore éditées dans son propre pays…" Le langage chez Walter Benjamin est ce par quoi l'homme participe à "la plus haute essence spirituelle". La théorie du langage remplace chez lui celle des Idées. « Aucun évènement, écrivait en 1931 Walter Benjamin, n’arrive plus jusqu’à nous sans être accompagné d’explications. Autrement dit, à peu près rien de ce qui advient ne profite à la narration, presque tout sert à l’information. » Grande clairvoyance! Pour Walter Benjamin, c'est le narrateur qui est celui qui transmet. Pas le mur des flux d'infos, mais l'art de raconter. Je ne connaissais ni Portbou, ni les Albères, ni Walter Benjamin, sinon de nom. Allez! à sa mesure, que cette 400ème Chronique du Jeudi leur soit dédiée, tant au philosophe allemand anti-nazi qu'à cette zone de passage pour les migrations nord-sud! D.D Chronique Et pendant que vous vagabondiez vers Portbou, je lisais Walter benjamin , Sens Unique, et son Enfance Berlinoise, sans savoir non plus qu’on allait tant nous bassiner avec…le mur… Le Mur ? c’est aussi le livre de Jean-Paul Sartre, écrit en 1939( ! ), récit d’un prisonnier républicain espagnol condamné à être fusillé par les armées franquistes : … « - Comment s'appellent-ils ces trois là ? Et puis ceci de Walter Benjamin, lu cette nuit dans cette Correspondance avec Adorno de 1928 à 1940… : « Ainsi se trouve fixé le prix de la beauté et de l’expérience moderne : la destruction de l’aura par la sensation du choc. » Françoise.. 12/11/2009-09:34 Re-Chronique Hier soir, je suis arrivée à la dernière page du livre : Theodor W Adorno, Walter Benjamin, Correspondance. L’avant-dernière lettre de Benjamin est postée de Lourdes, le 2.8.1940 et elle commence par « Mon cher Teddie »… La dernière : « Port Bou, 25.9.1940 Dans une situation sans issue, je n’ai d’autre choix que d’en finir. C’est dans un petit village dans les Pyrénées où personne ne me connaît que ma vie va s’achever. » Voilà, on se sent triste soudain, quand le livre se referme . Françoise.. 15/11/2009-09:07
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