Banc apaisant. C'est en remuant des vieilleries qu'on trouve des trésors, dit-on. Des trésors d'aventure humaine. A partir de telle trouvaille qui sort de l'ombre une aventure culturelle. Il se passe de bien belles choses autour de ces objets. Cet été tout mon entourage s'est employé à débusquer ici et là ces signes dissimulés. Car ces objets, qui sont des projections de l'âme humaine, forment des signes. Des signes qui exercent l'imaginaire, ou bercent de douces histoires grâce à cette merveilleuse traîtresse qu'est la mémoire. Alors surgit un banc. Qui fait événement. Un événement de quelle portée? celle de nos fesses bien sûr! En bois avec quelques couches de peintures variées qui craquellent au soleil. Les amis me le proposent, me l'offrent, je l'accepte un peu gêné. Déménagé en compagnie de sa pierre blanche (autre signe qui marque !), un enlèvement à domicile, placé dans la vastitude de mon univers, il l'illumine illico en révélant par un nouvel angle de vue qu'il aura créé dans un coin d'herbe placé à l'ombre protectrice des châtaigniers par crainte de la chaleur, un nouveau regard apaisant sur un pan de territoire. Encore merci et gratitude pour le banc qui recueille un vrai succès ! Qui apaise. Cela ne paraît pas mais un banc c'est formidable quand en plus, comme c'est le cas, d'être bien galbé pour épouser la forme arrondie du dos, sa souplesse satisfait les côtes de ses hôtes. Aujourd'hui ses écailles de peintures sont grattées à la brosse de fer, bientôt viendra le moment de lui peindre les lattes de bois et pattes d'acier en vert. D'un avis unanime en vert clair pour mieux se marier au décor, pas de s'y confondre mais de s'y poser sans créer de blessure au végétal. En s'employant seulement à modifier notre perception des paysages. En paix. Apaisement. Sitôt sa présence, il se ressent un apaisement. Pas une marque de nonchalance mais de sérénité. Encore merci pour ce beau doux banc apaisant qui nous accueillera majestueusement comme des hôtes de marque dans ce décor de la vie quotidienne... A la gloire des jardins, Nietzsche se demandait si leur but n'est-il pas de "bâtir un havre pour la noblesse de l'âme"? Pensait-il on s'en doute au banc: pas de jardin sans banc ! Un banc pour accoster. Par son entremise nous est restituée une désappropriation positive de nous-mêmes. Quand les arbres s'assoupissent, oubliant même de faire de l'ombre, l'hôte du banc qui devra les rappeler à l'ordre, s'abandonne à cette même insouciance, mine de petits riens. Car de spectaculaire, d'étincelles, de très stylé, il ne se passe rien dans ces signes de banc anonyme de simplicité terrienne, que d'aucuns jugeront mineurs. Ne sauront pas ceux-ci qui portent short et jogging, une pléthore, qu'en s'y adossant s'acquitter là à de nouvelles dévotions quotidiennes devient plus facile: regarder les plantes qui voyagent ! Et leur clameur. En imaginant aussi les bonheurs digestifs et convivialités d'autrefois contre le mur sud de la petite maison près du canal. C'est au pied du mur qu'on voit le maçon, disait-on. En cette plaque tournante élégante de latte de bois nous observons la vie, la vie tout court. "Le but de nos jardins et de nos palais est de mettre hors de notre vue le désordre et la vulgarité et de bâtir un havre pour la noblesse de l'âme" (Nietzsche). Mais pas de jardin sans banc ! Un banc dans la quiétude. Pour accoster. En lâchant la bride habilement au bout du banc. Du coup cet avis de recherche: la radio cherche un banc pour son site de Rochefort. DD |
![]()