Caméra.                                                                                                                                                                               N°363 

Un vendredi en fin d’après-midi dans mon TER du retour, à ma descente en gare de Combourg j'aperçois près de la porte coulissante un petit monsieur assis prêt à sortir, portant une tenue de pêcheur, casquette et vareuse délavées, les cheveux longs blancs roulant sur les épaules fines, c'était le cinéaste René Vautier en personne, une légende du cinéma citoyen.

Eminemment engagé, et de vie combative il ne s’arrête pas. Il devait revenir je suppose d’un festival quelque part qu'il lui fut consacré. Qu’il soit comme moi dans ce TER n'a rien d'anormal évidemment d’autant qu'il habite Cancale. Mais chez cet homme, qui filme la révolte et la colère des hommes depuis ses actions dans la Résistance à quinze ans, alors lycéen à Quimper pendant l’Occupation, c'est sa simplicité même qui m'a impressionnée, court-circuité étais-je par le surgissement d’images que j'ai mises en mémoire en 72 à la sortie d’"Avoir vingt ans dans les Aurès", film fort et emblêmatique contre la guerre d'Algérie.

Pour le cinéaste breton "Pas de vie sociale sans caméra ou c'est la fin du cinéma". Bien voir que c’est un franc-tireur qui utilise la caméra comme une arme, attelé à mettre en lumière les injustices qui oppriment les peuples. Niger, Algérie, Afrique du sud, et aussi sa Bretagne natale, autant de lieux où il a posé sa caméra pour faire un cinéma militant.

Le film Afrique 50, violent pamphlet et premier film anti-colonialiste, a été interdit et réquisitionné par les autorités françaises. Censuré en France pendant 40 ans (de 1950 à 1990), il est considéré comme le premier film français ouvertement anti-colonialiste. Rappel utile: pour empêcher toute représentation critique de la guerre d'Algérie, ou du colonialisme dans son ensemble, se sont alors opérées auto-censure et censure officielle.

Et comme René Vautier dénonça sans concession, pleuvaient les intimidations. Aux bobines confisquées s'ajouta la prison. Treize fois condamné et plusieurs fois en prison, il s’évadera parfois dans un cercueil. Les Africains qui l’ont connu l’appellent “L’homme qui est mort deux fois”.

Condamné à un an de prison pour avoir tourné un film sans autorisation et “agression d’un policier” (il avait fait passer par la fenêtre un inspecteur de police venu fouiller dans ses bagages!), il reste la seule personne à avoir filmé la guerre d'Algérie du côté des fellaghas. Le critique Michel Boujut écrit d'ailleurs à son propos : "C'est le réalisateur qui a eu le plus de problèmes avec la censure… et qui lui a posé le plus de problèmes." Bref, un précurseur du cinéma militant.

De nos jours, ses archives, bobines et documents, sont à l’abri à Brest. Prudemment de côté, ça peut servir encore. Des paquets d'années passent, comme Afrique 50 tout est encore d'actualité. La preuve? Voir Total et d'autres...Ou doit-on croire notre président? Tout ce qu'il dénonça, comme l'exploitation des Africains et de leurs ressources par des grandes compagnies, existe toujours. C'est toujours un bruit de succion qui s'entend...

La bataille contre la censure est loin d'être finie. Au contraire, l'avenir s'assombrit. Ainsi "Au royaume du secret défense" comme nous en informe Médiapart, une "affaire immensément grave" est en train de se monter: Lire la suite.

Pour mieux connaître René Vautier: le film "Le Petit Blanc à la caméra rouge", premiers plans africains de René Vautier, qui circule dans les cinémas indépendants est un portrait de lui signé Richard Hamon .  Ou lire cette interview. Ou le voir ici. Ou l'écouter . Ou bien encore en bande dessinée avec l'album Un homme est mort paru en octobre aux Editions Futuropolis, Kris et Etienne Davodeau proposent un regard inédit et émouvant sur le cinéma d’intervention sociale des années 50. Où l’on croise dans le décor formidable d’une ville de Brest en reconstruction, un jeune réalisateur nommé Vautier…

                                                                                                                                                                                                                            D.D

 

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