On voit de moins en moins de pull tricoté main. De gros pull d'hiver à grosse laine aux motifs torsadés et géométriques. C'est la raison pour laquelle mon voisin de cantine m'a interpellé pour savoir ce qui me dérangeait chez lui. Rassuré sur mon intention, il m'en a précisé la provenance: sa belle-mère de 78 ans qui perd la carte mais tricote à n'en plus finir des pulls bien faits à dessins géométriques variés et compliqués. Du coup cela me ramène à mes années d'écolier.

Question écolier, au programme de ce jour le débat-déballage national sur l'avenir de l'école. Un grand débat-déballage des émotions et peurs distillé sous la forme d'une série de questions. Enseignants, parents, élus, membres d'association y sont conviés. Les questions du programme d'invitation commencent soit par " Comment...", soit par "Quel(les). Ainsi cela ressemble à un interrogatoire très technique dans l'objectif de recevoir en retour le mode d'emploi pour gérer le ministère.

Un débat c'est pas ça. Un débat est une conversation au contour incertain. Avec des points de départ incertains. Toute conversation doit commencer par les points de vue incertains; l'objectif de la conversation du quidam étant d'éclairer, d'affiner au fil de l'eau pour s'estimer plus proche de la vérité. Car le plus souvent dans une conversation il s'agit de l'énoncé méthodique de préjugés en barquette de 500 grammes, un minimum, cela peut aussi le faire par 35 tonnes. Optimiste ou pessimiste, c'est selon. Et au nom de la défense des valeurs, vaut mieux ne pas être trop serré dans son caleçon, croyez-moi.

Mais de ce débat-déballage possible, comme carrément tout le monde s'en fout, et que le public concerné l'ignore, il s'exécute en interne et ronronne en auto-reverse jusqu'à l'épuisement de la bande son.

Soyons sérieux et revenons sur les trucs fondateurs pour hommes libres: prendre le langage, comme le dit Armand Gatti pour les exclus; prendre le goût de la lecture très jeune et que cela dure; prendre le goût d'écouter les histoires racontées, la tradition orale et de s'en souvenir; prendre la parole pour dire, pour dire son monde; prendre le goût de regarder. Veiller à maintenir constant ces principes fondateurs durant toute scolarité, comme une colonne vertébrale, ou une charpente à partir de laquelle viendra prendre appui le reste des savoirs et connaissances: regarder, écouter, lire, dire, agir. Pour se déployer librement en brassant les champs de l'activité de l'être vivant...

Puisque chacun est invité à débattre sur ce qu'il connaît de l'école, j'en cause. Et j'en ai connu des colles. Débattre le nez collé à l'actualité ne mène à rien. Tout bouge, tout est changeant toujours. Etre dans le réel, agir sur le réel, là où on peut agir. Faut savoir que le temps comme la vie est un flux, des flux plutôt, des mouvements, des processus, des événements...Que rien n'est "c'était mieux avant", mais que le soleil est neuf chaque jour. Pour citer Héraclite "La nuit n'est tombée que pour ceux qui se sont laissés tomber la nuit. Pour ceux qui sont vivants: hélios neos ephéhéméréi estin le soleil est neuf à chaque jour".

Le langage par imprégnation. "On ne prend les mots qu'avec des gants: à "menstruel" on préfère "périodique", et l'on va répétant qu'il est des termes médicaux qui ne doivent pas sortir des laboratoires ou du codex." pour citer Léo Ferré, poète. Aujourd'hui ce qui est apparaît. La vérité de la réalité apparaît, en milieu scolaire aussi.

Pour le reste, l'être "se dit en plusieurs sens" dit Aristote. Quelle est la signification de l'être, et du fait d'être? Mystère et boule de gomme. Ce que nous a appris Levi-Strauss, ethnologue, c'est qu'il existe une infinité d'acceptations de signification de l'être sur terre, car les manières d'être homme, depuis les origines, sont innombrables. Et la plupart des hommes sont des êtres collectifs, que leur éducation a fait. Et qui découle d'un "imaginaire collectif instituant" comme le nomme Cornélius Castoriadis, philosophe.

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