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Ex-plication. N°290 "Défaire le pli, déplier, c'est déployer ce qui est impliqué en lui, l'en extraire par ce qu'on nomme justement une ex-plication." Henri Maldiney, philosophe. Exemple. Ouvrez un journal au hasard -un gratuit daté du 9 octobre, qui traînait là sur la banquette du TER et que vous avez sous vos fesses: "Che Guevara mythe et réalité". Les racines et attaches constituent tout ce qui, dans la longue durée, a convergé pour nouer une sorte de noeud et créer finalement ce "pli" qu'est chaque être humain -voilà pour reprendre un peu ce que je comprends de Deleuze. Parmi ces attaches-là en ce qui me concerne il y a celle du Che. Ex-plication. J'étais au collège à cette époque et je l'avoue humblement mais fièrement aujourd'hui, je m'étais permis un soir de printemps, à la nuit, en ville, sur chaussée, mur et balustrade, d'écrire à la peinture des slogans "révolutionnaires": "US go home! Hors du Vietnam!", et "Vive le Che!". En trois endroits: face à l'entrée du collège, face à celle du cinéma, face à celle du stade municipal. Ce qui correspondait précisément en mai 67 à l'impact des images de violence de cette guerre au Vietnam (bombardement par les B 52 avec ces chapelets de bombes lâchées à haute hauteur, les bombardements au napalm, aux défoliants, etc...). Ces images se réfléchissaient en moi-même avec une telle intensité qu'il me fallait dire à la ville. Et face à l'impérialisme américain s'était dressé Ernesto Guévara -qui dénonçait déjà alors "l'homme marchandise"!-, celui qui incarnait un espoir de lutte et de révolte pour un monde plus juste. Et à ce titre j'approuve Evo Morales, le premier président d'origine indienne démocratiquement élu en Bolivie, qui déclarait hier lors d'un hommage nostalgique: "Quarante ans après, le Che est toujours le symbole de la libération, de la souveraineté, de la dignité et par-dessus tout de la justice et de l'égalité". J'ajoute. Quand bien même serait-il la vedette des posters, il demeure un mythe révolutionnaire planétaire détaché à l'égard du pouvoir, épris de valeurs internationalistes, à la poursuite d'aucun intérêt personnel, un rebelle errant et vaincu. Pour l'anecdote, partie prenante dans ce conflit à son insu la gendarmerie locale enquêta avec "perspicacité" et soupçonna ipso-facto un pion du collège que tous nous appelions Hô Chi Minh en raison de sa faible corpulence et de sa barbichette, et qui donc pour la marée-chaussée présentait les indices d'une menace d'activistes organisés. En ces temps-là, à treize ans près il restait à n'en pas douter quelques traces durables de Dien-Bien-Phu sous bon nombre de képis français. Et pour recouvrir les inscriptions sur la chaussée face au collège, deux gars des ponts-et-chaussées furent dépêchés pour la badigeonner d'un goudron visqueux. Toutes impertinences mises à part, il est permis de déclarer que ce trouble visuel n'est pas très grave. J'avais treize ans! Et j'avais écrit ça avec un gros pinceau -librement bien sûr- à la peinture rouge. Qui, comme elle était alors de bonne qualité, rendait lisible, en partie seulement il y a peu de temps encore sur quelques plaques de ciment gris ternies, ces cris de jeunesse, cris générationnels indispensables à la transmission entre adultes et jeunes. Et puis à l'automne quand elle ne fait que commencer dans la campagne, il y a quarante ans de ça, le 9 octobre, coup de tonnerre, stupeur, le Che traqué, est exécuté d'une rafale comme une sale bête. Et quand son annonce à la radio me revient à l'esprit, fraîche comme un matin, tous les rythmes sociaux se brisent une nouvelle fois. Parfois une vague de sensibilité collective, une émotion sincère contre un assassinat politique traverse la planète. Déjà en avril 67 j'avais suivi à la télé l'arrestation de Régis Debray, alors compagnon de la tragi-épopée guévariste. Mais de voir en caniche réjoui quand on l'honore, cet intellectuel français en chair et os trente six ans après (2003), dans ce collège en question devant un parterre de réactionnaires locaux, après avoir reçu le si dérisoire prix "Combourg du romantisme" dans les salons du château de la Comtesse, m'a mis littéralement sur le cul...et glacé le sang. Cela dit j'avoue que l'occasion ainsi offerte d'échanger trois mots courtois sans courbette avec l'un de mes héros d'antan, m'enchante encore... Comme elle est mince et fragile, la frontière qui sépare l'enfant de l'homme, si toutefois elle existe! Elle a suffi à mettre en marche la machine à souvenirs. Ainsi émerge en surface, retourne en profondeur, ces attaches qui, me semble-t-il, entre autres, en ce qui me concerne invinciblement, forment "pli"...sans avoir pris une ride. D.D |
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