Cornélius Castoriadis

« L'imagination par excellence est celle du compositeur musical. » Cette phrase me plaît, c'est la pensée de Cornelius Castoriadis.

Pour Cornélius Castoriadis, philosophe et analyste, décédé le 26 décembre 1997, à l'âge de 75 ans, qualifié par Edgar Morin au lendemain de sa mort de "titan de l'esprit", l'imagination radicale est l'activité par laquelle tout être vivant se fabrique son monde propre, à chaque fois singulier. Chez l'homme, cette imagination radicale crée en outre les « significations imaginaires sociales », socle de la vie collective, des religions, des institutions, du droit etc. Cette imagination confectionne les structures de l'existence humaine : vitales, psychiques et socio-politiques. Ainsi pour Castoriadis, loin d'être des productions de la raison, les constructions politiques, juridiques et morales sont des créations de l'imagination (la raison étant elle-même une dérivée de l'imagination).

D'après Castoriadis, « ces institutions tiennent ensemble parce qu'elles incarnent chaque fois un magma de significations imaginaires sociales. Il n'y a jamais eu et il n'y aura jamais de société purement fonctionnelle. »

Il pointait alors le « conformisme généralisé » ; celui de l'impérialisme économique qui ferme l'imaginaire des contemporains. Pour lui, « le prix à payer pour la liberté, c'est la destruction de l'économique comme valeur centrale, et en fait, unique. »

"Le capitalisme semble être enfin arrivé à fabriquer le type d'individu qui lui correspond : perpétuellement distrait, sans mémoire, sans projet, prêt à répondre à toutes les sollicitations d'une machine économique qui détruit la biosphère pour produire des illusions appelées marchandises. Nous sommes complices de cette évolution de notre monde. Le resterons-nous toujours ? Une chose est certaine : ce n'est pas en courant après ce qui se porte et ce qui se dit, ce n'est pas en émasculant ce que nous pensons et ce que nous voulons que nous augmenterons les chances de la liberté". Tiré de Fait et à faire, de Cornélius Castoriadis.

Cornelius Castoriadis voyait une " parenté profonde " entre l'art, la philosophie et la science qui " essayent de donner une forme au chaos [...] cette indétermination profonde de l'être dans ses profondeurs, corollaire de sa puissance de création dont les feuillets infinis du cosmos incarnent les déterminations successives ". La grande originalité du penseur réside dans la décision de ne pas séparer les formes créées en art, en philosophie, en sciences, et de considérer la société comme une création de l'imagination humaine.

Bref, pour lui, nous n'aurons jamais épuisé le pensable, le faisable, le formable. On voit le chantier, les essais, les étais et les échafaudages, on imagine les bricolages, des tentatives, qui se révéleront infructueuses souvent, mais qui seront riches d'enseignement. Pour vivre debout on n'est pas tenu de gagner, mais il faut jouer,avec le travail sur soi pratiqué sans relâche, en tentant de recueillir ce qui veut bien s'annoncer, et s'énoncer.

L'objectif déclaré de Cornélius Castoriadis était « Deviens autonome ». Objectif nécessaire dès le départ. Comment et où agir ? " Ce n'est pas ce qui est mais ce qui pourrait et devrait être qui a besoin de nous."

 D.D

 Chroniques

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