Brin d'herbe. N°218 Ce 10 mai me renvoie immédiatement à cet autre 10 mai, le 10 mai 81. Au soir des résultats, le vraisemblable, l'estimation rationnelle, une intention m'est venue à l'esprit: proposer une radio libre et indépendante. Et qui plus est, à la campagne, c'est un comble! Un culot! un scandale! 25 ans plus tard, doucement, tranquillement, mollo mollo, en filigrane se dessine une allégorie de liberté. Rien de moins. Allégorie...locale! Durant ce temps, deux politiques pour la République. Si le 10 mai 1981 c'est l'arrivée au pouvoir du Miterrandisme, le 10 mai 2006 c'est le début de la coulée à pic du chiraquisme embarqué par le Clearstream qui, en anglais, veut dire à peu près "ruisseau limpide"...Bref, aujourd'hui le pouvoir a pris l'eau. Que dire d'entre ces deux dates? Pfffttt. Quand je dis pfffft, ceux qui me lisent sur le bout des lèvres -vous saviez que les lèvres avaient un bout vous?- pensent que l'ennui chez moi ne manque pas d'air. Marque d'impolitesse? Faux, je fais pfffft pour signifier ceci: se retenir de parler, de multiplier des paroles convenues dont on ne se débarrasse pas et qui nous tiennent lieu de pensées. Quant aux paroles plus exigeantes, plus rares, elles n'adviennent pas nécessairement au cours d'une chronique comme celle-ci, ni d'une émission de radio. Qu'écouter alors? Ecouter signifie suivre une injonction, s'y soumettre. Nous n'y sommes toujours pas prêts. Comment commenter ces années? Par ceci, seulement: vivre dans le sentiment de la non-urgence. C'est ce qui me vient à l'esprit de plus précis pour dire que jamais il n'y a eu ici sur cette antenne collaboration avec les pouvoirs de l'affairement, de l'empressement, des infatigables de la course à plus va et du labeur excessif. De cette valeur qualifiée de supérieure de l'hyperactivisme. De cette fébrilité qui s'exalte de corps ruisselant sous la chaleur. D'une manière ou d'une autre par notre petite entreprise nous n'avons contraint personne à se presser le citron. A presser son train. A presser son temps, à le découper en rondelles. Pas d'infos qui martèlent, pas de spots qui scandent les ordres d'achats, pas d'enclumes sonores à fabriquer du temps chronométré d'auditeurs pressés. Vivre dans le sentiment de la non-urgence. Laisser brailler les pressés, écouter passer le temps, cheminer... "Tu ne vas pas quand même passer ta vie dans l'adoration d'un brin d'herbe, me disait celui qui passait sa vie dans l'adoration d'un monde où rien ne pousse, pas même un brin d'herbe."(Christian Bobin). 25 ans après, de quel projet médiatique moderne sommes-nous aujourd'hui animés? il conviendrait de multiplier les bancs publics, pour une reconquête de l'espace public. Pour inciter à tenir tête au vacarme. D.D |
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