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Post-carbone. N°404. Isabelle Stengers dans une tribune parue dans Libération sous le titre "Copenhague: il ne faut pas se fier au capitalisme vert" dit "Ils doivent espérer que les entreprises capitalistes sauront conjuguer la compétitivité (la guerre de chacun contre tous) avec le souci de l’avenir commun - ce qu’on appelle le «capitalisme vert»". A propos des protagonistes nouvellement convertis elle se prononce ainsi: "On ne peut se fier au capitalisme pour réparer les dégâts dont il est responsable." Pour y résister Isabelle Stengers fait appel à "une forme d’intelligence collective, nourrie par des savoirs hétérogènes minoritaires, capable de fabriquer des prises inattendues." Repeindre le capitalisme en vert serait la dernière des nouveautés en effet. Ne serait-ce pas le créneau porteur qui à l'avenir le sauvera (par l'imposition de normes environnementales)? Du moins le croit-il. A Copenhague c'est lui qui dresse la table! Sollicitons donc l'intelligence collective sans tarder. Observons alors ce qui s'y cogite. Tout au moins dans les intentions. Ainsi la Ville de Rennes vient sur deux jours, lundi et mardi, d'expérimenter une forme de mise à plat appelé le "Forum ouvert Rennes post-carbone" en réunissant autour de cette question des habitants, entreprises, associations, établissements publics. La Ville de Rennes s'est engagée formellement au niveau européen sur l'objectif de réduire de 20 % ses émissions de CO2 d'ici 2020. Mais déjà, l'objectif de réduction du CO2 est à peine lancé, qu’une question se pose : celle des limites. Je m’explique. Travaillant dans l'un des établissements rennais qui s'est engagé dans cette expérience, et qui compte en être labellisé, ça m'amène à témoigner. C'est ainsi qu'il a été recensé tous les déplacements domicile-travail de ses agents par une enquête interne personnalisée. Et confidentielle! Chaque agent devait décrire ses façons de se déplacer. L'objectif visé est appelé «plan de déplacements administrations » -des règles sont fixées par la Ville, la volonté claire est d’inciter le transport en commun. D’où à notre échelle de réduire au maximum l'utilisation de sa voiture personnelle en favorisant les moyens alternatifs: le co-voiturage, le transport collectif, l'utilisation du vélo ou la marche à pied. Pour l’instant ce qui est sollicité c’est la capacité de n’importe qui à participer au destin collectif. Bon, jusqu’ici on est bien d’accord. Notons cependant au passage que cette campagne d'incitation est concomitante avec la construction d'un quartier administratif qui ne comportera qu'un parking minimum sur lequel les véhicules du personnel ne pourront prendre place. Notons encore que le dimensionnement du projet de parking est antérieur à l'initiative municipale. Disons que l'objectif de réduire les émissions de CO2 tombe à pic pour justifier la taille réduite du parking. Bon prétexte pour masquer un budget rogné à l’avance. Bien sûr, évidemment, tout s’affiche avec la meilleure intention du monde. Oui! et comment donc! considérant le danger que fait peser à la terre le réchauffement climatique. Je vous invite en passant à lire aussi la tribune de Michel Serres et à voir Dominique Lecourt pour qui le consensus autour de la question du réchauffement climatique n’a rien de scientifique. Sans esprit de contradiction particulier il m'est quand même venu d'objecter à peu près en ces termes, disons en plus décousu: "Votre administration veut prendre en compte les déplacements domicile-travail de ses agents. En imposant à ceux-ci qu'ils utilisent un moyen de déplacement non-polluant. J'observe que votre objectif empiète sur du temps situé en dehors de celui consacré par les agents à leur travail. Je vous rappelle qu'une fois après avoir quitté l'enceinte de votre établissement ceux-ci ne sont pas sous votre emprise. Et qu’une fois libérés du temps consacré à leur travail, vos "agents" deviennent des citoyens autant que vous l'êtes vous-même. Ainsi à ce titre chacun pratique l'espace public comme bon lui semble. Et de ce temps dégagé de ses obligations professionnelles, de la même manière, il en fait usage sans en rendre compte à qui que ce soit. En tant que citoyen impliqué car sensible à cette question planétaire, ou pas. Ou en tant que salarié à petit revenu ayant été incité largement par prêt bancaire ou pas, à trouver à la campagne un terrain ou une maison à prix abordable comparativement au marché rennais, contraint d'utiliser en conséquence son véhicule personnel, ou pas. Ou en tant que jeune parent ayant à déposer ses jeunes enfants à l'école. Quel employeur peut-il alors obliger ses salariés à jouer le jeu? Comment peut-il le faire? Par un accès de fièvre? Par quel mécanisme? En cas de refus de ses salariés à jouer le jeu, le jeu aux objectifs pour lesquels vous vous êtes officiellement engagés, irez-vous jusqu'à utiliser des moyens de répression? Bref, comment ferez-vous?" Bien sûr en guise de réponse il m'a été donné la messe "écolo-moralisante" par des convertis de peu à "l'écologie" ayant mal lu leur bréviaire. Puis vint l'argument massue: "Comme le prix du carburant va augmenter, personne n'est ennemi de son porte-monnaie!". Leur ralliement tardif renvoie toute proportion gardée, à la marée excitée de convertis de la dernière heure. Passons! Le directeur de l'administration en question répond quant à lui que l’on est « dans une procédure incitative, notamment en ce qui concerne les abonnements annuels partiellement remboursés, incitation et pédagogie ». Nous voilà donc pour un temps soulagés! Cependant un doute subsiste. D’abord comme le dit ma collègue, il est à craindre que quelques questions portant sur les modalités de transport domicile-travail soient insidieusement insérées dans l'entretien d'évaluation annuelle. Puis, l'on voit ainsi à ma modeste expérience de délégué du personnel, que de manière claire et précise la légitimité du qui-oblige-qui-à-faire-quoi, est à définir. « Ah! bon! Tu t'arrêtes à ce genre de détails? » Eh bien oui ! des limites s’imposent. Afin que chez certains employeurs prompts à récupérer quelques subsides ou à afficher leur volontarisme à des fins avant tout personnelles, soit limitée leur propension à prendre abri sous l’impératif de la Norme environnementale pour se mêler autoritairement et abusivement de ce qui n'est pas de leur ressort. Car cette question du climat s'adresse de plein droit à la raison de chacun. D.D Chronique. Vous r’prendrez bien un p’tit vers ? « La tête pleine de capitalisme, sous le ciel bleu. Belles vaches nourries sur les fonds publics. J’étreins, j’étrille. » C’est de Paol Keineg. « Là, et pas là. » Françoise. 10/12/2009-14:11
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