Nano. Prenons de la hauteur vu la fournaise. Il fut un temps où Leucippe (vers 460-470 av J.C), philosophe grec, inventait la théorie atomiste, développée successivement par Démocrite, Epicure et Lucrèce, ses disciples. Selon Leucide, la matière résulterait d'une composition de particules minuscules, identiques et indivisibles: les atomes. Pourtant à cette époque, il ne possédait ni microscope, ni pied à coulisse, ni mètre pliant. Etonnant n'est-ce pas? déconcertant même. Cette notion fut inventée donc par Leucippe de Milet, bourgade d'Asie Mineure, l'actuelle Turquie, en 420 avant J.C. Démocrite (vers 460-370 av J.C), philosophe grec et géomètre, développa la théorie atomiste en admettant deux principes de formation de l'Univers. Le plein, atomos, et le vide dans lequel se déplacent les particules de matière pure, minuscules, invisibles, indestructibles et infinies en nombre. Selon cet exceptionnel mathématicien, les atomes, soit donc l'infiniment petit, se déplacent au hasard dans le vide, se heurtent mutuellement, se percutent, puis se rassemblent, se rabibochent, s'entrelacent spontanément en formant des figures. L'homme en est une, comme le grillon, le brin d'herbe, les fleurs, les forêts, les bêtes sauvages, etc...Selon lui, ces figures peuvent elles-mêmes entrer dans la composition d'objets plus complexes. Le plus grand des composés -la plus grande des structures est le monde. Le monde est donc le produit du hasard. Et donc une infinité de mondes dans l'univers infini. Voilà ce qu'en pense Démocrite. Pour lui, dit Aristote "notre ciel et tous les mondes ont pour cause le hasard: car c'est du hasard que provient la formation du tourbillon". Bref tout se fait à l'aveuglette, êtres vivants compris. La théorie atomiste préfigure dit-on la pensée moderne, non parce qu'elle utilise le terme "atome", mais parce qu'elle s'efforce de construire la complexité du réel à partir de principes réels. Il est dit dans les livres que Démocrite et Leucippe ont jeté les fondements de la recherche objective et de l'esprit scientifique. Aujourd'hui, l'infiniment petit connaît un développement vertigineux par les nanotechnologies. C'est quoi? Ce dont il s'agit, c'est la manipulation de la matière à l'échelle du nanomètre (un millionième de millimètre). Pas facile à s'en faire une idée à l'aide d'un mètre en bois à 3 branches. Telle qu'elle se développe en physique et biologie atomiques, elle repose sur "une découverte qui a bouleversé les sciences de la nature". Cette découverte nous apprend que les propriétés d'un même élément chimique ne sont pas identiques à l'échelle "nano" et à l'échelle "macro". Nano ou macro? Déduire les propriétés nano d'un élément étudié à l'échelle macro, n'est pas possible, apprend-on. Pour moi, bien sûr c'est très compliqué. Mais continuons. Cette spécificité du nano, "liée à une organisation de la nature qui semble procéder de bas en haut (bottom-up) sans véritables séquences de fabrication, accentue la possibilité de modeler les propriétés des matériaux en fonction de chaque usage particulier". En fait, ce qui se pense sans se dire, c'est la perspective d'exploiter à l'infini ces caractéristiques sur le marché. Et d'en tirer un max de fric! Divers programmes, notamment européens, mobilisent ainsi des milliards d'euros dans la recherche appliquée, sous l'argument de ne pas rater cette mine d'or. Une nouvelle "science triomphale" qui pourrait assurer la "domestication" complète des molécules dans un processus de "dématérialisation" finale du réel. L'infiniment petit m'apparaît si loin d'un coup. Mais continuons. Ainsi les chercheurs de ces programmes considèrent comme "acquise la réduction de l'atome ou de l'électron à un dispositif "informatif", voire la réalisation imminente dans cette perspective, de machines autonomes capables de se "répliquer" toutes seules à l'infini, sur le mode atomique". Pas de pile, pas de branchement, aucune dépendance, connexion au hasard des rencontres... Les nanotechnologies, "en réduisant de façon décisive le volume de matière nécessaire pour contenir un nombre donné d'informations, tendent d'ores et déjà à brouiller la frontière du vivant -non-vivant", sans que l'on puisse aujourd'hui identifier clairement l'impact environnemental de ce bouleversement. Pas d'idée sur les conséquences, ni vraiment sur leur "utilisation" utilitaire...Mais bon, c'est ça la science. Seule certitude, si autant d'argent est engagé c'est pour en voir les retombées. Exemple d'application en vue: la miniaturisation jusqu'à l'invisible des systèmes de surveillance. Ah! bon...et dans un tourbillon, mille informations... Alors dis-nous Démocrite, toi le Grec ancien métaphysicien-chercheur de vérité vivant il y deux mille cinq cents ans, qui, avec seulement tes petits doigts et les facultés de ta jugeote, tâtonnait déjà l'infiniment petit vaillamment, transporte-toi en 2004 et donne-nous ton explication . Puisque pour toi c'est à partir de ces atomes qui se déplacent au hasard, prenant leur origine tout droit de l'univers du Big Bang, que se produit ainsi le monde et ce qu'il contient, ou plutôt des mondes infinis en nombre. DD |
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