Fait gris? oui mais gris clair.

Cette question me chagrine ce soir, et me cause tout haut : "A-t-il fait gris toute cette journée?" Réponse: "Aucune idée, j'ai pas fais gaffe!" Pourtant chaque jour c'est quelques poignées de secondes gagnées sur l'obscurité, et cela se voit si l'on s'y intéresse...

De ci de là, mal vue mal sue, dessous dessus, tout haut tout bas, pour insecte ou rat, aussi lassée qu'elle soit, elle passe; si peu observée la lumière si grande passe, si légère surtout légère passe. Alors si discrète est-elle et aussi belle quand elle passe, quelle est-elle? Quelle est-elle donc cette lumière?

Ayons nos fiches en main. Il est su qu'elle peut être considérée comme deux natures qui sembleraient contradictoires: soit comme une onde électromagnétique, comme pour les radios; soit comme une émission de particules spécialisées: les photons. Ce sont les deux en même temps qui composent la lumière. Et le fait de voir des couleurs est l'effet de la lumière sur un matériau, tout matériau étant un filtre. Une onde arrive avec sa longueur d'onde, sa fréquence, sur ce matériau qui absorbe certaines ondes spécifiques. Des longueurs d'onde en ressortent ou pas que le cerveau absorbe, puis qui te dis: "Tiens c'est noir!". Mais si tu éteins la lumière, quand tu dis que telle chose est de couleur noire ou marron alors qu'il fait nuit c'est que seulement tu te souviens de la couleur, car sans lumière il n'y a pas de couleurs. Mais si c'est su ce n'est pas venu d'un coup.

Récits des faits. D'abord les physiciens du XIX ont pu expliquer la lumière par des phénomènes ondulatoires, quelque chose de continu qui occupe tout l'espace et existe éternellement en principe. Mais tout n'avait pas été expliqué. Par exemple comment expliquer le phénomène de la bulle de savon dans laquelle apparaît un arc-en-ciel de couleurs? C'est donc dans un second temps, par l'existence de particules élémentaires, les photons, qu'Einstein le physicien relativiste, arrive et ose le dire. Et écrire que certaines des propriétés de la lumière s'expliquent mieux si on la considère comme formée de grains d'énergie se déplaçant librement dans le vide. La proposition est révolutionnaire d'autant que cette nature opposée ne se substitue pas à la première mais s'y ajoute. Deux natures contraires donc: corpusculaire et ondulatoire. Voilà pour la lumière: des grains d'énergie se déplaçant librement dans le vide, et des ondes.

Quant à la couleur. La couleur c'est la traduction que fait ton cerveau à partir d'une longueur d'onde qu'il reçoit, sachant que l'onde est une énergie.

Pour le son c'est kif-kif. Sauf que le cerveau humain est limité et ne perçoit pas tout. Les chiens sont autrement plus doués dans le domaine de l'audible, car il possède une gamme bien plus large. Il existe donc des ondes que l'on ne discerne pas. En acoustique, il existe même un bruit blanc dans lequel toutes les fréquences sont réunies. Du coup l'effet peut être constaté ce qu'un matériau, ou un corps quelconque, absorbe ou pas.

C'est toute la beauté de la physique. Quand même curieux, tout ça. Et mes yeux en tirebouchonnent quand je pousse un tantinet: si le vide est plein de corpusculaire et d'ondulatoire j'en conclue que le vide est constructif. Je me mouille! Question con: puisqu'on le sait, pourquoi l'appelle-t-on vide? Puisque par nature, seul le vide est pur. On est bien d'accord. Et renvoie cette autre question en béant de la bouche: le vrai vide est-ce alors quand il fait nuit noire-noire?. Qu'en penser? Ne me laissez pas seul, j'ai peur!

Occasion de dire qu'il faudra prendre vos jambes à votre cou, car là dans ce dit-vide ça va chauffer ! On ne pourra pas dire que les scientifiques ne nous avaient pas alertés : d'ici la fin du siècle, si aucune mesure n'est prise, le climat de la planète sera devenu invivable.

Mais avant que cela nous échauffent les pores, en cette mi-mars, que faire, à bon endroit, de cette lumière du jour? D'abord voir. Voir ces jours de lumière qui passent. Vous avez là l'un des critères infaillibles de détection de la plus nuisible et pernicieuse des engeances: la bêtise semi-éclairée des Bibendum occidentaux.

Question Bibendum en passant: Deleuze parlait de plis et de la non-limite entre le corps et l'air: les 700 000 000 d'alvéoles pulmonaires qui se détripent brusquement quand l'air froid de la salle d'accouchement s'engouffre dans les poumons du petit, cette surface d'échanges évaluée à 200 m2 entre notre milieu intérieur, le sang, et le monde extérieur, l'air, qui d'un seul coup ne l'est plus...

Si Octavio Paz parle ainsi: "Penser, c'est respirer. Penser, c'est respirer, parce que pensée et vie ne sont pas des univers séparés, mais des vases communicants", que dire de ce que produisent la lumière et les sons, que dire de ce que la science -"zone lumineuse que l'homme taille dans l'opacité du réel"-, ne nous montre pas puisqu'elle est une image d'une partie de l'univers matériel, qu'elle ne porte que sur une connaissance partielle et locale, et qu'en conséquence elle ne peut savoir ce qui se passe avec le reste.

Pour ma part, s'ajoute à cette mise en bouche de l'essentiel le grand bonheur de voir une colonie de petits animaux, l'arbre qui peint ses feuilles, un hérisson titubant de fraîcheur, le temps qu'il fait au milieu d'une belle journée, l'air le goût qu'il donne aux poumons, le silence façon Paz: "Savoir parler a toujours été savoir se taire, savoir qu’il ne faut pas toujours parler.", une chatte tigrée, errante et affamée sous temps de neige, qui depuis a déboulé heureuse à la maison, les plantes qui me saluent de la feuille. Bref: toute une populace dont on ne sait nullement ce qu'ils savent, pas ce qu'ils font mais ce qu'ils savent de leurs mondes vitaux dont on ne sait rien, voire même ce qu'ils savent de nous dont on ne se figure même pas qu'ils le savent.

Puis maintenant à cet ensemble disparate s'ajoute ce qui m'explique cette journée en gris clair: le côté zigoto génial des grains d'énergie qui se déplacent librement dans le vide -qui n'en est pas un-, et des ondes qui me font guili-guili..., et l'air qui me regonfle l'esprit. Sans compter le reste...

Voilà: passons passez dans l'air et la lumière, et le reste, on the ground.

DD

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