Telle la vigne ... Alignement de pieds de citations cette semaine, un régal. De Pierre Sansot ces lignes glanées dans le dernier livre "La beauté m'insupporte": "Cherchez à plaire pour ajouter un supplément de beauté à un monde (et le monde n'est pas seulement le cours des saisons, mais aussi et surtout les manières dont les hommes s'assemblent) qui le mérite. Cessez de sourire quand l'univers cesse d'être civil. Courez au secours de ceux que l'on humilie, quitte à vous défigurer sous le coup de l'emportement." Identification à ce propos. Cette cueillette de pieds de citations est un régal qui vient en condiment à ce qui fut dit -de quoi parler sur notre radio, pour en donner une idée- en chronique de la semaine dernière. Toujours en glanant, en flânant, pour l'ivresse et la vision meilleure sur la vie cet autre régal en bouche signé Bachelard: "Quand le soleil d'août a travaillé les sèves premières, le feu lentement vient à la grappe. Le raisin s'éclaircit. La grappe devient un lustre qui brille sous l'abat-jour des larges feuilles. C'est à cacher la grappe qu'a dû servir d'abord la pudique feuille de vigne. Montée du feu, montée de la lumière, entre ces deux images, les poètes de rêveries cosmiques choisissent. Pour Rachilde, au temps de sa jeunesse, la vigne, prenant par le cep viril tous les feux de la terre, donne à la grappe "ce sucre satanique distillé à travers des violences de volcan". L'ivresse de l'homme continue les folies de la vigne." Un régal encore, j'imagine ainsi le son que l'on distille ici depuis notre arbre à sons. Identification à la vigne. Quitte à laisser septique plus d'un septique... Voici quelques semaines j'ai eu à visiter grâce à des amis bien vivants, vigoureux et qui savent rire, le Château Smith-Haut-Laffitte à Martillac, grand cru de Graves. Visite guidée du château haut de gamme, beau château construit en pierre calcaire avec un toit rouge foncé et jardin à colonnades, avec à la clé près des chais au frais la dégustation initiatique sans cracher d'un verre de blanc puis d'un rouge dans l'immense cave clean comme musée ou mausolé. Bref, un luxe eu égard à la renommée mondiale de l'établissement qui ressemble sur son sol argilo-calcaire et graveleux à un camp de romains sous canicule sous apparence gasconne quand l'architecture se veut spectacle. Un luxe, puisque ce genre de visite culturelle ne coûte pas un sous, seul l'effort du visiteur réside dans l'aimable sollicitation et l'intérêt qu'il porte à la connaissance de ces vins. L'ensemble apparaît d'une grande simplicité sans appareillage énorme, image trompeuse évidemment, avec ces lignes de fuite de vignes et de fûts de chêne clair cerclés de châtaignier, teints de rouge lie - détail délicieux, assemblés in situ dans la tonnellerie à l'odeur de copeaux que l'on visite aussi, accordée à une extrême exigence comme chacun sait vu la finesse des vins goûtés. Goûtés sans commentaire, nulle envie de copier toutes les fourberies et menteries avancées par les "experts" verbeux, ennuyeux et migraineux, un leurre, sur ces vins hors de mes moyens, mais formatés de plus en plus pour satisfaire la cupidité mondaine et frivole de leur clientèle chic japonaise et russe de nouveaux riches d'eldorados douteux. Nouveaux riches, affreusement autosatisfaits et puérils, sans goût , voire trop vulgaires pour se délecter de tels réconforts. Comme ils portent de la marque, peu assurés qu'ils sont de leur identité. Leurs factures se règlent-elles en "frais de bouche" comme pour le couple Chirac, sur le dos là-bas de leurs congénères condamnés à la soupe claire, pain sec et rêve de saucisson comme point de ralliement de la nouvelle identité nationale mise à mal ? Dans une gamme plus qu'inférieure, heureusement à ma portée avec sagesse, au gré des noms étiquetés qui m'amusent, une multitude d'autres producteurs-oeuvriers indépendants aux bouteilles pas toutes parfaites, plus ou moins confortablement assis, jonglent chacun sur son coteau et ses poteaux avec travail, talent, soleil, entêtement, sol, soin, temps, patience, exigence, alliances judicieuses de cépages, et orgueil. L'ensemble donne l'impression d'un souci général de recherche "...à plaire pour ajouter un supplément de beauté à un monde...qui le mérite." Même si dans les faits ce n'est pas prouvé, rêvons quand même le monde ouvert à de vastes champs d'expérience. Identification à ce qui est, d'êtres humains pleins de vie et de projet. Identification au vin des terres réfractaires. C'est dans cet esprit qu'ici, lieu où on vit à l'ombre de mamelles productrices de lait en plein champ, au faîte d'une colline boisée par notre arbre à sons, l'on s'échine et l'on régale en cette reprise. Goûtons cette rentrée: faire de notre radio, pour l'essentiel, demeurée libre, un bon cru sonore de qualité maintenue qui donne forme à nos rêves enfouis. Mais qui cessent "de sourire quand l'univers cesse d'être civil." Depuis longtemps retirés à l'orée de la forêt du monde comme il va, tantôt à l'endroit, tantôt à l'envers, bref, loin de ces flash d'actualité amnésique récurrents, ces bruits de messe qui résonnent à nos oreilles. Horizon cher à Jim Harrison, un régal, écrivain américain fin connaisseur des vins malicieux et des rires suggestifs, des repas de viande et des forêts d'ours, qui nous rapporte un propos que lui avait dit un vieil indien qui aimait le Martini "Vous autres blancs, vous ignorez que chaque arbre est totalement différent de tous les autres arbres." Jim Harrison de poursuivre: "les gens ne comprennent plus ce que peut être un arbre." DD |
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