Côtière.                                                         N°303                           

Chronique côtière où la bande-son est saturée des flux et reflux. De la pointe de la Chèvre à celle de Dinan. Plein vent. Océan agité. Nuages soudés au vent. Les vagues inventives chevauchent les rochers dans une mousse blanche. Les mouettes se sont repliées sur les docks.

Le sait-elle l'Europe continentale qui a d'autres caps à fouetter, qu'en sa pointe Ouest la mer écume comme du champagne de réveillon? Le sait-elle que le vent d'iode et de sel qui y souffle te gonfle pour l'année entière si tu y passes en tout début de janvier, en te décrassant ce qui se tient entre tes deux oreilles? D'instinct. Comme si tu aspirais tous les vents du monde. Assommée par le poids de la norme sociale et l'obsession des chiffres, pas sûr que l'Europe ait les crins au vent!....

Et le sait-elle vraiment combien là les équipages sont valeureux entre embellies et giboulées, embruns, creux et récifs quand la mer gronde? Rien ne résiste à la mer. Personne ne peut prétendre la dominer. "Rien, personne...Dans nos cimetières marins, combien de tombes vides sous les galets et les croix? Roulez les péris, par les abysses! Seuls les vents gravent des épitaphes. Regardez les yeux des marins bretons: ils sont bridés, ce sont des yeux de méfiance accoutumés à guetter le grain, le grand frais, la tempête." (Xavier Grall, texte tiré de Naufrages "Les vents m'ont dit")

Ainsi se tissent ensemble le sens de la vie et de la mort de l'individu, le sens de l'existence et des manières de faire de la société considérée. Qui à leur tour tissent ou retissent les lieux et les gens.

 

 

Des lieux où la vie et la mort

Battent les cartes du grand jeu

Et qui grandissent avec nous,

Nous envahissent

A tel point que si l'on me demandait

Comment est fait l'intérieur de mon corps

Je déplierai absurdement

La carte de la Bretagne.

                                  (Tiré de Poèmes bleus de Georges Perros)

 

 

Le hasard est ainsi fait qu'après être passé sur ces côtes à conseiller à toutes les oreilles, en fin de semaine dernière j'apprends que lundi au large du Finistère "La P'tite Julie" a été engloutie par une houle et creux de 5-7 mètres, un coup de mer entraînant par le fond les sept pêcheurs de ce chalutier d'Erquy. Je suis d'autant touché par ce naufrage qu'il y a un an jour pour jour ce chalutier aujourd'hui sombré était accosté dans le port de Saint Malo où j'ai pu le photographier puisqu'intéressé par le nom "La P'tite Julie" inscrite sur ses flancs. Car il est aussi porté par l'une de mes proches, d'où ma grande sensibilité.

On hausse les épaules: "Quel rapport?" Simple. Me bornerai-je à noter qu'il est compréhensible que ce soit précisément ce dernier aspect, l'inattendu affectif, qui tisse chez moi par un lien fort un ensemble d'affects particuliers incluant virée en pointe bretonne, images accolées à ces lieux...dans la fureur de la houle -leur forte charge imaginaire-, sentiments personnels, triste fait d'actualité, et interactions multiples entre ces éléments et la réception que j'en fais.

La mer!...Avec Xavier Grall, rappelons-nous: "Au fait, la mer ne s'achète pas."

 D.D

 

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