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Musée. N°294 Un haïku d'Ozaki Hösaï: "Loin de moi La critique des autres J'écosse des petits pois" L'évocation même de ces petits pois m'aiguille d'office sur une image, puis deux, puis une charrette d'images subitement me reviennent à l'esprit. Permettez que j'en profite. Retour sur si peu. Cinquante ans. Si peu. Pourtant comme dit l'autre, les temps ont bien changé! J'ai connu l'usage des chevaux, des vélos, de la marche à pied, des brouettes, des lessiveuses, des tonneaux, des canards dont on coupe le coup sur un billot puis qui s'en vont seuls sans tête sur quelques mètres, des poules qu'on saigne une lame enfoncée dans la gorge, des lapins qu'on tabasse par un coup de baton fort et sec à l'arrière des oreilles, qui se raidissent et meurent, et qu'on dépouille en tranchant la peau au tour des chevilles puis en tirant de toutes ses forces pour le dépiauter, les pattes arrières attachées par une ficelle à un clou fixé au mur, des lessiveuses sur des trépieds posés sur le feu, des châtaignes grillées qui noircissent les doigts, des tartines pain-beurre-chocolat, des tonneaux qu'on nettoie en les roulant, avec pour produits de lavage de l'eau et des cristaux, de leurs bondes entourées d'un chiffon comme joint d'étanchéité, des sons de clic-clacs des cliquets en acier qui entourent la vis centrale des pressoirs quand on presse le marc en poussant un bras d'acier, et la paille que l'on étale d'une épaisseur égale sur la carrée, de moulin de pomme avec sa roue que l'on tourne, des mânes de pommes qu'il faut lever à l'épaule pour verser son contenu dans l'entonnoir du moulin à pommes, des gamelles prises à bicyclette quand elle glissait sur les gravillons dans un virage, des orgelets, des engelures, et des gerçures. Je me souviens du fourneau dans lequel s'enfourne le charbon livré en sac, des rondelles d'acier du fourneau de la plus petite à la plus grande dimension, des difficultés à refermer quand un morceau de bois trop gros émerge à la surface, du petit fagot et du papier journal posés au fond pour l'allumage, des allumettes qu'on craque tout au long de la journée, des cigarettes qui sont grillées, de l'odeur du paquet de gris, de celles du crottin de cheval et de la bouse de vaches, je me souviens de l'activité abondante dans les champs, de tant de vaches, de tant de labour, de tant de charretées de foin, de patates, de blé, etc...Je me souviens comment étaient-elles menées, avec les lanières, et tout l'harnachement, les fouets qui claquent l'air, les "Hooo! huue!", les "grrruu-wooau!" les "bon dieu d'bon dieu sacré bon dieu d'bon dieu"; je me souviens des pinces à vélos, des sonnettes et des sabots, des sornettes et des ragots, des tabliers et des fichus, des sacs à main et des panniers en osier, des mottes de beurre salé qui transpire par temps d'orage et que l'on emballe dans un grand torchon à carreau, puis qu'on place dans un garde-mangé; je me souviens des barattes et du lait baratté, des patates cuites à l'eau qui baignent dedans, pour les humains ou les cochons. Je me souviens du goût du caplan fumé et du lard grillé; je me souviens des ventouses collées à la poitrine pour guérir de l'angine ou de la grippe, ou de la fièvre, je me souviens des édredons, de me laver dans une bassine debout les deux pieds dedans, avec un gant de toilette rêche et le gros savon de Marseille, ou la savonnette qui sentait bon, je me souviens de l'eau de Cologne "le Mont Saint Michel", des gouttes d'Abbé Chaupître diluées dans un peu d'eau cette automédication qu'absorba ma grand-mère sa vie durant (décédée à 98 ans!), de la grosse brioche bien ronde, bien cuite, dans laquelle je glissais un carré de chocolat, je me souviens du cidre, du cidre doux du pressoir, du cidre amer, du cidre imbuvable, des noisettes cassées au marteau. De l'odeur du cuir dans l'atelier, celle de la poisse graissant les courroies, celle de la graisse des fils à coudre les souliers en tout genre, celle du cirage quelque soit sa couleur, celle du crêpe et du caoutchouc chaud des semelles fraîchement meulées, des bidons de colle néoprène, celle du feutre des semelles intérieures, celle des chaussons neufs, de la beauté des peaux tannées au grain plus ou moins gros, de pointes et des semences neuves, le son des marteaux et des tranchets. Je me souviens des brassées de choux, de pissenlits, des lapins en cage, des pigeons en volière, des canards pas aimables, je me souviens des verres de bistrot pour le p'tit rouge posés sur la table ronde recouvert d'un linonéum bleu-vert, je me souviens d'écosser les haricots et les fèves assis sur une chaise dans la cour, d'un tabouret à roulettes faites d'anciennes bobines de fil et d'une autre plus large en guise de volant, de l'odeur du café chaud, du lait chaud, du vin chaud, des bérêts bleus ou noirs, des diables pour transporter les sacs de blé ou d'engrais qui, pour les charger sur les camions, les charrettes ou les wagons, étaient portés sur le dos, puis à l'épaule, puis hisser sur les rangées supérieures, du sucre-goutte, cette goutte de goutte (gniole) versée sur une pierre de sucre, du sciage de bois avec la grosse scie de bois, du bois qu'on fend à la hache ou au coin, du tas de bois à constituer, du bêchage quand on crache dans les mains pour que ça colle mieux au manche, et du fumier qu'on retirait dans la cuve du dessous des cabinets de bois au fond du jardin, je me souviens des chapeaux de paille, des lourdes échelles de bois, de celles des couvreurs qui se coulissent, de la bière "La Meuse" bue par les clients. Je me souviens de mes chats, une série: de Poussy 1 à Poussy 4, tous escoffiés sous les voitures; je me souviens du boeuf mironton, des fricassées de lançons, de la purée dans laquelle était creusée un puits pour retenir la sauce, du civet de lapin ou de la mère poule bouillie, du maquereau à l'oseille, de la soupe que je n'aimais pas. Je me souviens des marcheurs avec un outil sur l'épaule, une fourche, une faux, une pioche, ou une grosse pouche d'herbe, de choux, de betteraves, ou autres...Et de ceux ivres qui faisaient rires. Je me souviens de mes genoux passés au mercurochrome, du sirop sucré ou amer, de cataplasme à base de moutarde appliqué sur la poitrine, de la graisse de chaîne à vélo qui laisse une marque de pédalier sur le mollet droit du cycliste, du bas des pantalons de celui-ci glissé dans les chaussettes, des freins qui marchaient une fois sur deux compte tenu des jantes voilées, de pédales qui couinent, des averses et giboulées, des pieds trempés, des pantalons un peu trop court ou un peu trop long question d'âge, de chandails de laine tricotés maison, des pelotes de laine et leurs aiguilles qui les traversent de part en part; je me souviens des volées de hanetons, et de bêtes à bon dieu, des pinces-oreilles, des huppes ces oiseaux qui picorent le dos des vaches, du parfum de lisette fleurie, de la neige qui restait trois à quatre jours agrippée à la route et aux champs, et des glissades dans la côte et qu'il n'y avait pas école; je me souviens de la première limonade et du premier pshitt, je me souviens de l'ail découpé fin étalé sur du pain beurré; je me souviens de manger sur le pouce en y découpant à la fois le morceau de viande et la tartine de pain posée sur sa surface, et combien faisait-il chaud autour du fourneau et froid ailleurs, d'avoir été récalcitrant aux shampoings comme à toute coupe de cheveux, et qu'on m'avait enlevé les amidales et les végétations dans la clinique même où je suis né et d'où je viens de passer ce soir, visite qui m'amène à me rappeler tout ceci en remarquant non sans attention particulière qu'à l'étage de la maternité d'autrefois, aujourd'hui disparue, est affectée de nos jours la gériatrie!... Je me souviens de la musique des premiers pois écossés qui font dong-dong en tombant dans une bassine serrée entre les cuisses, mais qu'ils n'y restaient pas trois secondes car happés par une main gourmande...Allez, assez, j'arrête là d'écosser des petits pois, il y en a assez pour cette semaine. Voici pèle-mêle mon musée. Je l'imagine "Musée virtuel" qui, par hyperliens sur chaque souvenir, laisserait apparaître un lien direct inter-actif social et donc culturel avec ce qui existe encore de cette façon de vivre en autre coin de la planète dite "sous-développée". Musée virtuel qui exprimerait alors un temps autre, beaucoup moins rapide. Evolutif, en mouvement bien sûr, pas en musée figé des arts et de traditions locales. Par la nouvelle ère informationnelle j'imagine la possibilité de rattraper le temps, ce temps. Pas de le remonter, non, de le retrouver, c'est-à-dire de le re-éprouver. Par des connexions directes; bref, par une immersion émotionnelle avec les habitants qui vivent de nos jours ce temps-là, temps présent pour eux, temps dépassé pour nous. Temps d'exister pour tous. D.D Message reçu le 07.11.2007 à 21h35 Et des planches de carottes à
éclaircir Et le cerfeuil à porter
à Et le linge à rincer au
canal Hiver comme été. Et L’Alcyon ou le Neptune…teufff
teufff teufff, vite vite remonter du lavoir sur la berge pour ne
pas avoir les pieds trempés par l’onde du sillage de la péniche. La boîte à laver
qu’on retourne dans la brouette à linge Les doigts gourds Et les anguilles qui s’enroulent
autour du poignet Les rats qui sarabandent dans
le grenier, juste au dessus du lit La tête de veau vinaigrette Le casse-croûte à
10 heures avec des sardines Le cochon couché sur le
billot. Je tiens la patte avant gauche. Le sang du boudin qui gicle dans
la marmite Les boyaux du même cochon
dans lesquels il faut souffler avant d’empoucher la saucisse Le manteau taillé dans
la pèlerine du grand-père flic Les boutons dorés de l’armée
de l’air Les bras tendus pour débrouiller
les écheveaux de laine La bouillotte mise en cachette
du père Les édredons de plumes Les draps humides Les pieds nickelés et bibi
fricotin Le père Denoual la tête
en cabosse piqué par des frelons Le chat Marius Barnum le chien Bruyères corréziennes
chantées debout à côté du père
à l’accordéon Joseph et Félix les scieurs
de long Henri le bouilleur de cru Merde, sont tous morts Message reçu le 07.11.2007 à 22h39 Et le vermicelle « cheveux
d’Ange » Et la drôle de couleur du
vin dans l’assiette à soupe quand on fait « chabrol » Et le bruit du seau qui descend
dans le puits La margelle toujours glissante Un gros crapaud toujours là Les brodequins passés au
suif Les souris dans la lessiveuse
de grain pour les poules Les tapettes à souris Les rouleaux pour attraper les
mouches Le gros œil vert du poste L’horloge qui sonne tous les quarts
d’heure Le soufflet « mais
nom de dieu, ne mets pas le bout dans la braise » Le tison Le martinet Le fil à repriser, les
dés à coudre et les ciseaux en forme de cigogne La boite à boutons et la
mission cent fois reconduite d’enfiler en chapelet tous ceux qui
se ressemblent Par couleur Par taille Les 2 trous Les 4 trous Les en métal Les en nacre Et Didine et Roudoudou L’ours Martin |
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