Petite musique du jour. Comme à chaque année, pour règler ma quittance, la secrétaire de l'agent d'assurance de la radio m'appelle et nous nous fixons un rendez-vous le samedi qui suit, à onze heures. Vieille habitude, c'est commeça. "L'habitude est le génie de l'homme." (Héraclite) Samedi dernier comme à l'habitude nous discutons de petites choses, de petits touts et de petits riens. Mais cette fois-ci -mais peut-être bien comme à l'habitude- du temps qui passe si vite "Déjà un an!" lui dis-je...chaque année. "Le temps passe de plus en plus vite" me répond-elle. C'est une illusion bien sûr, le mouvement des planètes comme des horloges trotte de la même manière, le nombre d'heures dans un jour comme le nombre de jours dans l'an c'est kif-kif, ç a s'écoule inchangé. "Ils nous filent entre les doigts" dit-elle des jours. "Comme aujourd'hui le prix de l'essence à la pompe" lui dis-je, terre à terre. Faut dire qu'en physique, chaque variation possède sa propre base de temps, bien différente de celle des saisons. "Chacun de nous a son temps et son espace propre, difficulté d'avoir un espace social commun plus difficile encore d'avoir un temps commun" (Cornélius Castoriadis). Alors nous nous sommes remémorés nos années de jeunesse: "Tu ne fiches pas grand chose, fais tes devoirs! me disait ma mère, alors je lui répondais: non, j'ai bien le temps!" me dit-elle. "Le temps nous apparaissait plus long quand nous étions jeunes à maintenant à notre âge où il devient court." me dit-elle. "Enfant, je me souviens, j'attendais la fin de l'école, j'attendais d'être plus grand, j'attendais les copains, j'attendais mes notes, j'attendais les matchs de foot, en fait j'attendais de faire ma vie! Maintenant qu'en partie elle s'est faite bien ou mal ça me fait tellement de trucs en tête que je n'attends plus vraiment grand chose." lui dis-je. "Oui mais on court toujours!" dit-elle. "Le temps de notre vie est un enfant qui joue et qui pousse les pions, c'est la royauté d'un enfant." (Héraclite). Frag.59 Puis revenant à nos affaires, elle me propose un formulaire pour un débit automatique. "Plus commode, pas à se déplacer, un gain de temps." me dit-elle. "Oui mais alors, je ne vous verrai plus!" lui dis-je. Sa réplique? "Bon, vous avez raison, pas la peine, c'est mieux comme ça. Surtout qu'avec vous je vous passe un coup de fil, ça prend peu de temps, et vous êtes là le samedi qui suit comme convenu. C'est pas comme beaucoup d'autres qui disent qu'ils viendront mais que j'attends toujours!" Y'a pas foule à être à l'heure j'en conclue. L'entendre, ça rassure, ça repose. Cela rassure au présent. Et le présent est actuel. Avec ce qui s'y passe, y compris cette conversation sur le temps, celui qui est derrière nous, l'autre qui est devant nous. Ainsi ça se passe un instant. Un instant? C'est quoi? C'est un présent. Et ce présent demeure toujours. Mais quel est-il? C'est dans ce présent partagé qu'il se discute du temps et de sa longueur. Alors que le présent n'a pas de longueur, n'est pas mesurable. C'est chez mon assureur que j'ai parlé de ça. Comme partout dans le monde, je suppose que les gens se disent les mêmes choses, et que même de tout temps l'ont-ils dit du temps. "Que chacun examine ses pensées. Il les trouvera toutes occupées au passé et à l'avenir. Nous ne pensons presque point au présent." (Pascal) Bon, comme s'assurer c'est en prévision de..., je ne m'éternise pas. Car il est grand temps que se finisse de rédiger cette chronique puisque de l'une à l'autre, c'est si vite arrivé. "Il n'y a aucune constante existence, ni de notre être, ni de celui des objets. Et nous, et notre jugement, et toutes choses mortelles vont coulant et roulant sans cesse." (Montaigne, Essais. II). DD |
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