Papier Japon. Je reviens d'une réunion publique consacrée à l'assainissement non collectif. J'éviterai de vous en faire le compte rendu. Si ce n'est par cette citation relevée de la bouche même de son auteur, le directeur du cabinet d'étude retenu par les élus locaux n'ayant nullement perçu qu'il convenait d'abord de chasser la peur: "C'est sûr chez ceux qui n'ont pas d'assainissement on trouvera des choses pas très catholiques". Afin d'ouvrir les chemins de la raison à un public fort irrité et peu docile, vu la froideur et le sérieux de la brochette technico-politique qui se tenait en scène, je classe d'emblée et à l'insu de son auteur cette scène parmi les oeuvres d'art. Même si l'on se croit persuadé qu'il ne sert à rien de comparer les oeuvres d'art, on n'en sera pas moins toujours entraîné dans de sempiternels débats qui comparent, évaluent les unes par rapport aux autres oeuvres d'art, tout particulièrement celles qui sont des chefs-d'oeuvre et, à ce titre, incomparables. Critiquer de telles discussions qui s'imposent d'elles-mêmes, en leur objectant qu'elles répondent à des instincts de brocanteurs et de mauvais-coucheurs, c'est le fait de personnes qui ont quand même la chance de visiter ce type d'expos. Que celles-ci considèrent que l'art ne sera jamais assez irrationnel et qui veulent maintenir les oeuvres loin de toute réflexion et de toute exigence de vérité en misant sur les émotions; ou bien à l'inverse d'attendre de l'art qu'il provoque en soi l'ouverture d'esprit en combinant le souci esthétique, l'aptitude à troubler, à apprendre, à se dépasser, à l'en-avant. Je ne parle pas de celles qui s'attachent à ce qu'en disent d'abord et avant tout les critiques et autres experts, à ce qu'ils en lisent par leurs étroites fenêtres grillagées des médias. Seulement avec ce dernier type de public on n'échange pas monsieur, on ne parle pas monsieur...on respecte l'Oeuvre! En flâneur, pardonnez-moi d'insister mais c'est vrai qu'à la sortie de la visite de la grande et belle expo consacrée à Fujita, peintre-graveur-illustrateur-décorateur japonais en vogue comme en vue dans le Montparnasse créatif et cosmopolite des années 20 à 30, inlassable dessinateur au trait constant pour corps à peau blanche de femmes nues à visage grave, qui se tient à Dinard-riche comme Fréjus! cet été, nous en étions entre amis arrivés à une joute verbale tournant autour de l'oeuvre de cet artiste comme des demis servis en terrasse, à savoir s'il méritait toutes ces fleurs. Je m'en fous de son trait, puisque j'en attendais comme à toute occasion, comme à tout endroit, que souffle fort l'alizé chaud pour que se courbent et se dressent les tiges sur marouflage ou sans. Alors dans ce palais des congrès de Dinard-la prospère! mon impression est que j'y ai inhalé un désodorisant longue durée affiché "Fugi-yama, symbole du Japon". Considérant que pour moi, ces toiles ne constitueront pas un souvenir fixé dans le bois, à l'inverse du plaisir dominical gravé par cette visite entre amis autant autour de cet artiste et de l'intérêt qu'on lui porte que des demis qu'on partage. Bref, à titre personnel, puisque de ces toiles, comme sur l'usage du papier Japon, j'en retire un vide, c'est justement la raison de cette interrogation sur son oeuvre ou son énigme, qui me fait vibrer, celle d'observer une reconversion petit à petit de ce qui était chez lui calligraphie, philosophie, "le mélange modernité occidentale et Japonaise", bouddisme, etc...et qui s'est mué pour finir en adepte d'un catholicisme fervent, témoignant ainsi qu'il n'ait pu réussir à se dégager de l'enfermement sur des cocons de soie. Je ne suis pas tendre avec le monsieur. Car quand même il n'était pas si sot Picasso pour avoir jugé bon Fujita. En fait cela se passe toujours ainsi quand on côtoie un grand peintre: l'absence d'indifférence! Le genre chef-d'oeuvre interpelle, il bouscule, voir met sur le cul, d'une manière ou d'une autre. Cependant je sais que cette substance même du souvenir sera balayée par une expérience ultérieure. Penser à Fujita hors virtualité du trait à l'encre de chine ne sera jamais une nécessité pour moi. Je m'en fous de son trait. Parce que je n'ai jamais eu l'impression au fil des toiles et dessins que quelqu'un me parle. Pour mes amis, leur avis était diamétralement opposé. Tant mieux ! Alors il est bon de ne pas se priver de s'y rendre, et d'en voir d'autres, car ces lieux de cette rétrospective par exemple, ont quelque chose à nous dire. Le devoir de parler comme un volcan qui crache pour ne rien n'esquiver de la réalité. Je regrette encore cette très jolie femme occidentale tracée en noir posée là, au fil des toiles, comme nature morte, inerte sur ces grands fonds ivoires peints à l'huile. Le mystère hante ces personnages, seraient-ils habités de cette transcendance qui préoccupe l'artiste?. Le rire humain est seul chez les chats! Dans ses toiles et ses dessins, Fujita n'y peint pas la vie toute nue, pas de verge prête aux éclats et à toutes les aventures, ni festin de fesses, ni d'oeil riquiqui-pousse-pousse aux aguets. Ni chair, ni braises, ni épaisseurs. Ni matière. Si l'oeil y est toujours si finement tracé, cet oeil demeure absent au monde. Absent au monde, comment se pourrait-il alors qu'il le crée ? Absent au monde avant que celui-ci ne le rattrape. La réunion publique citée ci-dessus commençant à tourner vinaigre, il aura fallu l'habilité du chef-élu pour dire, nez dressé face au vent de fronde, que tout ça voyez-vous ce n'était pas grave, et que ce n'était rien, et que rien n'allait vraiment être obligatoire, bien que cela y soit, mais bon, voyez-bien...euh! mettre en perspective et poser les bonnes questions. Et pour conclure, merci d'être venus si nombreux, bonne chance à tous! DD |
![]()