Le servir frais. De Clément Rosset : « Le fait d'écrire, outre le labeur exorbitant qu'il implique, comporte un risque de dommage sérieux pour la réputation de l'auteur » Le choix des mots. Autre extrait du même auteur, Traité de la bêtise: " La sottise est de nature interventionniste : elle ne consiste pas à mal ou à ne pas déchiffrer, mais à continuellement émettre. Elle parle, elle n'a de cesse d'en " rajouter ". L'intelligence subit, la sottise agit : elle garde toujours l'initiative. L'inintelligence est en retrait, se dérobe à un message auquel elle n'entend rien ; la sottise, elle, va toujours de l'avant. L'inintelligence n'est qu'un refus, ou plutôt une impossibilité de participation ; la sottise se manifeste.." LA vie n’a d’autre sens que l’allégresse du réel s’opposant au néant, nous dit-il ce philosophe contemporain matérialiste et "pessimiste jubilatoire", qui ajoute par ailleurs "plus le sentiment du réel est intense, moins il est compréhensible." Spécialiste de Schopenhauer Rosset écrit encore: "La volonté, c'est la servitude. La volonté n'est pas voulue, elle est subie. C'est un truc qui affole tout le monde, j'ai pas de volonté mais je le veux. Les gens disent : bah c'est moi qui le veux puisque je le veux. Mais non, je suis voulu. J'interprète comme pulsion personnelle ce qui est une pulsion d'un vouloir vivre qui est universel, alors "je veux", c'est vrai mais en tant que "nous voulons tous". Je déguise la volonté générale sous l'illusion d'une volonté individuelle". Dans son dernier ouvrage, "Principes de sagesse et de folie", un bouquin chaleureusement offert par mes amis à l'occasion de la fête de la Saints Innocents, il commente un poème de Parménide en posant précisément la question de qu'est ce qui est et que n'est pas ce qui n'est pas. Bref, le domaine hallucinatoire du faux et de ce qui n'est pas. Ainsi, amis de l'été, de la p'tite reine ou de la grande boucle, vous qui ne vibrez plus après avoir su que Paris venait de se ramasser une gamelle "historique" à l'avantage de London, ce jour de grande actualité déroutante par elle-même -elle change tous les jours!- qui a vu également un avion d'Air France atterrir sur une vache et une jeune somnambule retrouvée sur le bras d'une grue à quelque 40 mètres au-dessus du sol, à l'heure où je rédige cette chronique assagie par ces sages et fous conseils philosophiques cités ci-dessus, ça me fait plaisir de trinquer un beau coup en buvant le Rosset frais à savourer à petites gorgées. Ce qui s'enclenche aux petites gorgées qui à cette heure me titillent l'esprit et atténuent mes dires hebdomadaires, est ce souvenir d'une conversation hachée, par principe improductive quant à tout exposé rigoureux -ce n'était pas le but avoué!-, qui a failli tourner vinaigre autour d'une table ronde d'ami(e)s qui m'avaient si chaleureusement invité. Oppositions d'idées, de références, d'arguments entre interlocuteurs virulents desquels activement je faisais partie. Les deux philosophes de métiers (un couple de professeurs capésiens) me rétorquaient sans cesse à chacun de mes jaillissements verbaux "quel est le rapport?". Dans leur logique aucun, car à leur démonstration abstraite je répondais par des renvois à la vie, à mes expériences vécues et partagées, aux observations communes, à des rebonds imprévus, à des citations déplacées de "sophiste" rien de moins. La soirée fut plaisante et heureuse, alerte, tumultueuse, et agaçante à souhait, mais les vins rares -des rosés?- et plats fins aidant, vivifiante fut-elle. Pourtant deux appréhensions du monde s'affrontaient en se coudoyant (au coude à coude, comme un duel Chirac-Blair) jusqu'à l'incompréhension; voire une superposition de deux mondes parallèles. Deux formes, ou plutôt deux niveaux du dérisoire. La logique déductive à forte charge idéologique de ce couple s'appuyait solidement sur Platon m'ont-ils dit, et sur Marx pour l'un, et sur Rousseau pour l'autre, alors qu'en ce qui me concerne, avec scepticisme, voire le mépris amusé, mon propos était supposé s'appuyer à n'en pas douter sur un Bordel sans nom! Honoré d'apprendre que ma posture fut aristocratique (référence à Nietzche), voire sophiste (référence à Mitterrand "qui se disait sophiste!"). Alors du coup j'en ai conclu, en dehors de la confrérie de ralliement. Ben, en clair et sans ambages, voilà qui rassemble. Car quoi qu'on se soit dit, la soirée fut heureuse. Voyez, si cela leur avait été servi même à petites gorgées, il n'est pas sûr qu'ils aient apprécié sinon par le goût, voluptueusement par les molles effluves le Rosset servi frais d'un début d'été. Mais pardonnez ces intrusions en ma vie privée, moi qui serait sensé chroniquer sur les dessous de table de ...l'actualité déroutante par elle-même -elle change tous les jours!. Chers ami(e)s, et autres créatures imaginatives et bavardes, de tout coeur à votre santé! Tout instant d'existence est à déguster. Et comme le dit Rosset: "Le jouisseur d'existence -l'homme heureux- se reconnaît précisément à ceci qu'il ne demande jamais autre chose que ce qui existe pour lui ici et maintenant; il tend au contraire à souhaiter l'infinie multiplication des choses qui existent, à l'instar de Rabelais qui augmente à l'envi la taille des personnes et le nombre des objets, persuadé qu'il est qu'aucun grossissement, aucune énumération, ne parviendront à épuiser la liste des choses délectables ni à dire à quel point l'existence est réjouissante". DD |
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