|
|
|
|
Remastérisée. N°318 Du beau temps, du rangement, une séance de débroussailleuse, et je vous mets dans la confidence: ici je n'aime pas vraiment revenir sur de vieilles choses. Si par moment j'en cite une c'est que je la redécouvre. C'est qu'elle m'apparaît neuve en fait, comme une image dont le retour m'étonne. C'est ainsi ce jour d'une arme rouillée, pour ne pas oublier. Pour ne pas oublier la guerre, car ce fut un fusil de guerre. Selon une rapide recherche sur le web, de type MAS 36 ou Mauser duquel il n'en reste que le fût (longueur: 0.74 cm) et la culasse, le tout sans la crosse, ou ce qui en reste étant rouillé. Ce reste de fusil m'étonne, je l'ai retrouvé parmi une poignée de vieilles barres de fer héritée de mon père. Un vieux fusil dont je ne connais ni l'histoire, ni sa provenance, ni son éventuel usage. Qu'est-ce qu'il fait là? Quand je ne peux solliciter mon père car la maladie de la perte de la mémoire l'a saisi, que me reste-t-il alors pour remonter le temps? Pas de mot, pas de clé, pas d'indice sur le citoyen-guerrier ayant rejoint l'anonymat qui l'avait porté en bandoulière. Ou le citoyen-soldat qui peut être eût-il le désir d'éviter la guerre afin de jouir d'une vie simple, digne de ceux qui ne se sentent aucune vocation à jouer au héros. De quel côté était-il? A-t-il touché quelqu'un? Mystère. Criblée aujourd'hui d'impacts de rouille elle n'est plus qu'une machine à tempérer l'héroïsme anonyme au courage et à l'ardeur exaltée. Car dans ce cas, tas de rouille de nos jours, comment rester fusil de guerre ce que, imaginons-le, jamais il ne fut? A moins qu'elle soit cette arme que mon grand-père disposait en cas de coup dur (il aidait la Résistance), et qu'il cachait sous la toiture. Une fois le 8 mai 45 consacré (version A: les combats s'arrêtent / version B: les combats repartent -voir vidéo), je formule cette hypothèse plausible -il écoutait la tsf et suivait l'actualité- de l'avoir laisser volontairement rouillé en terre, de l'avoir laisser dépérir comme auraient dû disparaître toutes les guerres. Plus jamais ça! Il était profondément anti-militariste -comment aurait-il pu ne pas l'être ayant eu ses deux frères tués aux champs d'horreur, en 18. Comme mon grand-père jardinait, que pouvait-il donc en faire de cette vieille pétoire? Rien, sinon de la laisser s'auto-éliminer seule. Mais mon père bricolait, c'est sans doute la raison pour laquelle ce canon fut entreposé avec d'autres barres et tuyaux d'acier, mis dans un coin au cas où. Ressoudé à une autre pièce mécanique, ou venant remplacé telle autre, ça peut être utile d'en disposer pour créer ou remettre en marche une machine quelconque. Maintenant à partir de cette forme résiduelle, il ne me reste plus à mon tour qu'à en ré-interpréter l'usage. De m'en débarrasser? Le geste d'écarter porte en lui le geste inverse de ramener et d'identifier. Alors? De le remasteriser comme pour les vieux films ou suivant l'exemple de la barre à mine du grand-père dont le son particulier de la percussion a été numérisé et inséré dans le film "Fleur de béton"? Pour le son j'en doute. Mais qu'elle fasse l'objet de cette chronique du 8 mai, et la voici sans restes remasterisée. On appelle ça aussi recyclée. D.D |
|
...![]()