Lopéramide GNR.

Bien, je sens intacte cette "puissance d'agir" comme le dit Spinoza. Nature, tu es formidable! Le temps est doux. Chez moi, premières tontes d'herbe, bêchage de printemps, les animaux -chats, âne et chèvre pour citer ceux que je connais, avec lesquels je cause, mais il y a aussi les autres, par exemple les petites feuilles toutes neuves, et leur couleur d'un vert menthe qui très doucement se met en place sans rien demander à personne. J'aime avoir le nez dans le vent, prendre à plein poumon l'air doux et à pleine oreille les sons de la vie bordélique des oiseaux le matin, et leur vacarme matinal avec des effets de mélange. C'est un bonheur d'observer cette puissance vitale. Cela se passe à chaque instant sous nos yeux de boeufs et même que l'on en fait partie.

Au moins, webmaster en poste suis-je obligé de vous annoncer le retour du doux air et des hirondelles! Elles viennent de se prendre 12 000 kms dans le bréchet, ce que je vais faire, moi, webmaster, prochainement, avec de puissants réacteurs sous mes ailes d'acier! -je n'en dis pas plus, vous le saurez au prochain épisode, mais je vous dis en douce que je viens faire le plein de Savarine et de Lopéramide GNR pour carburer sous le soleil.

"Puissance d'agir" causons-en, ça nous concerne aussi. Pour taper la discute, retour à Spinoza qui souffrit pendant une grande partie de sa vie de "difficultés respiratoires" accrues par la poussière de verre qu'il inhalait en polissant des lentilles de télescopes et autres lunettes. C'était son boulot! Que disait-il Spinoza? "L'esprit et le corps c'est un seul et même individu que l'on conçoit tantôt sous l'attribut de la pensée, tantôt sous celui de l'étendue." Disons ce qui intéresse Spinoza ce sont les aptitudes à agir et à pâtir. Sans les interpréter au préalable et considérer d'emblée qu'elles sont inessentielles. Il relate l'histoire de la puissance d'agir en tant qu'elle est modifiée selon les quatre modalités fondamentales de l'augmentation, de la diminution, de l'aide et de la contrariété, car pour lui la puissance de penser va de pair avec la puissance d'agir:"Toute chose qui augmente ou diminue, aide ou contrarie la puissance de penser de l'esprit".

"Et l'Ethique, dit Deleuze, instruit de Spinoza, à propos de l'Ethique -la pensée de Spinoza-, est nécessairement une éthique de la joie: seule la joie vaut, seule la joie demeure, nous rend proches de l'action et de la béatitude de l'action." Je fais court vous le constatez. "On dira que la joie augmente notre puissance d'agir et que la tristesse la diminue." Ce qui nous mène tout droit au comment? Par l'effort pour éprouver de la joie, pour augmenter la puissance d'agir, imaginer et trouver ce qui est cause de joie, ce qui entretient et favorise cette cause; et aussi effort pour écarter la tristesse, imaginer et trouver ce qui détruit la cause de tristesse. Donc l'effort pour porter au maximum le pouvoir d'être affecté.

Cependant l'effort, pour citer encore Deleuze parlant de l'Ethique de Spinoza, "ne réussit que dans la mesure où l'homme s'efforce d'organiser ses rencontres: c'est-à-dire, parmi les autres modes, de rencontrer ceux qui conviennent à sa nature et se composent avec lui, et de les rencontrer sous les aspects mêmes où ils conviennent et se composent. Or, cet effort est celui de la Cité, et d'une manière plus profonde encore, celui de la Raison: il conduit l'homme non seulement à augmenter sa puissance d'agir, ce qui est encore du domaine de la passion, mais à entrer en possession formelle de cette puissance et à éprouver des joies actives qui découlent des idées adéquates que la Raison forme."

Je prolonge d'un chouïa et vous en sers une dernière en citant Spinoza lui-même cette fois:"Plus un corps est apte par rapport aux autres corps à agir et pâtir de plusieurs façons à la fois, plus l'esprit de ce corps est apte par rapport aux autres à percevoir plus de choses à la fois".

Voilà une bonne façon de finir pour aborder ce que je vous réserve à la séance prochaine.

DD

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