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Cadastre. N°307 Le cadastre, je le connais bien. J'ai professionnellement utilisé, manipulé, agrandi, photocopié, calqué, plié, fait modifié, reclassé bien des fois, ces grandes planches formidables qu'on se procure dans les mairies ou les services du cadastre, qui portent par traits fins ces traces de longues histoires locales, et dont le témoignage est plus lisible encore que n'importe quel contrat notarié. Par le cadastre et le plan communal: la représentation figurée du territoire. Où figure la trace de sa "propriété" dit-on, la propriété foncière, donc de sa part de monde, de sa part de sol, de ce bout de terre à soi pour les mieux lotis. Avec les ajustements et modifications produits au fil des ans, des siècles. Avec ces trames viaires, végétales et hydrauliques, etc...Bref, la territorialisation entre le chemin vicinal et l'autoroute transeuropéenne. Qu'est-ce qu'une mairie sans ses attributs essentiels: drapeau, portrait du président, code civil, salle du conseil et cadastre? Seul ce dernier ancre localement. Lire un cadastre c'est extraordinaire, y compris son registre parcellaire qui indique les noms et adresses des propriétaires, la surperficie, le nom intime donné au terrain. Qu'un tel document comme le cadastre soit disponible à son tour sur internet -technologie délocalisante, hors-sol, hors-histoire, qui met tous les points (les gens et le reste) à une distance zéro de tous les autres- ouvre un vaste champ d'investigation: un ré-attachement à la distance, au paysage, au sol. Car le cadastre dit et fait signe. Il renvoie à une topographie, à des legs, à des divisions du travail agraire et aux routes en lacet, aux divisions capitalistes des lotisseurs et aux lopins des ouvriers aux ongles de terre, aux ronds-points et aux pattes-d'oie sur leur emprise publique. Il s'y inscrit l'ordre et l'organisation, l'évolution et sans qu'on puisse l'éliminer le désordre. Bref, cela renvoie à l'unité des contraires...qui se donnent mutuellement du travail. Mémoire. Un fait de transmission longue. Pour celui qui écrit ces lignes le cadastre fut un imaginaire: un défilé d'eau, des champs impeccables, un champ d'ajonc dans un coin perdu qui mène au champ de trèfle rouge, quelques vestiges, une étendue de broussailles, des haies orientées qui protègent des vents, des talus jusqu'aux portes des maisons, des découpages, des chemins taillés sans méthode, des hectares de crises de nerfs pour cause de remembrement, etc... Puis, dans un premier temps: raison graphique et réseau viaire. Qui pensent et construisent de concert. J'en parle en connaissance de cause sous le regard des autorités locales d'alors soucieuses du respect de la mémoire collective, pour lesquelles j'oeuvrais dans le domaine des chemins vicinaux ou autres espaces fonctionnels. Enfin: respect des règles communales d'urbanisme et application du droit des sols..., le jeu de la vie sociale, le jeu de la vérité et de l'erreur. Familiarisé ainsi longtemps avec le légendaire ancestral par le cadastral, j'entends encore le bruit de ma peau sur le papier épais de ces belles pages d'un monde vu d'en haut, mais jusqu'alors consultable à plat sur table. Un méta-point de vue! Aristote dit: l'essence d'une chose, c'est ce qu'elle était à être, ce qu'elle avait à être, ce qu'elle était destinée à être, ce qu'elle était prédéterminée à être. Prédétermination inattendue: à l'heure du rétrécissement des zones de connivence, viennent de débouler sur internet les 600 000 feuilles de plan que compte le cadastre français. Désormais, c'est le cadastre pour soi, pour tous, chez soi, chez tous. J'ai brusquement le sentiment que la mairie suit. D.D |
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