Politique.                                                               N°256 (écouter fichier son mp3)

Rencontrée un soir dans une allée du Super U, une lectrice tombée par hasard sur une de mes chroniques -en cherchant "tirage des joncs sur internet"-, m'a demandé si bientôt j'allais parler de politique. Je lui ai répondu oui.

Oui. Quand j'entends "tentative de déstabilisation..." par exemple immédiatement cela fait remonter chez moi quelques souvenirs amers. Ainsi, à ma modeste expérience de la politique...locale je peux témoigner des pratiques de la droite, celle d'une droite paysanne sans concession.

Durant les 6 ans d'exercice de mon mandat de maire-adjoint d'une commune de 5 000 habitants, en charge de l'urbanisme j'ai eu à vivre plusieurs tentatives de déstabilisation professionnelle visant à tenter de me muter, donc de me chasser de mon emploi. Toutes les pressions qui ont été exercées à mon encontre l'ont été auprès de mes supérieurs hiérarchiques sommés de rendre des comptes, et à chaque fois je ne l'ai su qu'après coup. D'où provenaient-elles? d'abord, dès les premières semaines de notre mandat, du conseiller général et ancien maire battu, fabulateur et haineux, d'un président de l'association des maires de mon département, du député de circonscription qui à l'époque était le patron du RPR départemental et soi-disant ami de Chirac, du ministre de la fonction publique (Pons à l'époque) à qui l'opposition municipale adressait des courriers de délation à mon endroit, auxquels il répondait, d'un ancien sous-préfet de Saint-Malo, dont j'ignore encore la fonction-peut être des RG?-, qui passait de bureau en bureau en toute discrétion- puis enfin du député-maire de Saint-Malo toujours en exercice, qui aurait dû avoir d'autres chats à fouetter. En mêlant vie publique et vie privée (ma profession), voici autant de pratiques proprement condamnables qui visaient à m'empêcher d'exercer le mandat d'élu de la République.

Mon "tort" fut d'être l'empêcheur de tourner en rond, chargé de dossiers localement sensibles (implantation d'un lycée, acquisition de terrains pour complexe sportif, construction d'HLM, maîtrise foncière, mixité sociale), dossiers manifestement "politiques" au sens où ceux-ci gênaient la ré-implantation politique d'une droite locale alors en perte d'influence que l'on chassait tour à tour de la mairie, puis du canton; et enfin parce que notre équipe municipale apparaissait insensible aux pressions multiples (attaques verbales outrancières, harcèlements et obstructions systématiques lors de toutes les séances du conseil municipal, campagnes permanentes de désinformation menées par des hyènes dans la presse locale qui relayait opportunément maints balivernes et détournements de propos, ou encore organisation de pétitions à partir d'informations mensongères, notamment celle à tonalité raciste contre la construction de 13 logements sociaux.

Pour situer l'enjeu politique d'alors, je cite le lycée: les élus de la droite régionale -dont le vice-président en charge des affaires scolaires en personne- avaient carrément bloqué toute évolution du dossier du lycée public -dont la décision avait été prise peu avant notre élection par l'assemblée régionale alors de droite- en cherchant à l'enterrer définitivement. Leur objectif? le faire capoter sans autre forme de procès pour le transférer plus tard sur une commune plus docile située à une quinzaine de kilomètres de là, de façon à "punir" la population de n'avoir pas voter conformément au dicta, et d'en rendre responsable du même coup les "usurpateurs". Un vrai système de déstabilisation où toutes les obstructions tant politiques, administratives, juridiques que techniques ont été mises en oeuvre, pariant sur le retard de réalisation induit par l'absence de terrain communal disponible pour l'implanter dans les temps impartis. Mais nous, qui partions de rien, ne sommes pas tombés dans le piège et le lycée s'est fait malgré tout. D'où l'animosité d'une meute sans retenue...

Pour tout dire, cette pression a eu pour effet, inattendu chez nos adversaires qui l'ignorent encore, de nous amener à la juste perception de l'eukairia (en grec antique), la bonne opportunité pour prendre lorsqu'il le faut la décision la meilleure. A savoir un positionnement parfait pour un lycée dans la ville. Pourtant la polémique fit rage.

Bref, voici mon petit témoignage sur les stratégies de pouvoir...local. Description on ne peut plus light, car croyez-moi ce fut beaucoup plus dur que ça, ce qui montre qu'en politique s'exercent continuellement des rapports de force quand une vraie politique différente cherche à se mettre en place. Chaque camp a ses armes, certaines plus pernicieuses que d'autres...Pour preuve: pour répondre coup pour coup aux brutalités, conflits et tensions, et coups bas, nous n'avions qu'enthousiasme et volonté, ça pèse peu. Bref, la politique c'est un combat. Mais il faut le savoir, pour la droite aggressive qui dispose de nombreux relais et réseaux de copains qui garantissent son impunité, tout est toujours permis.

Se remémorer ses actes passés c'est continuer l'action par d'autres moyens: on remarquera toute proportion gardée, la parenté entre ces pratiques locales d'une droite dure et celles récentes de l'équipe Sarkosy qui révèlent le personnage.

Pour finir cet inventaire, et d'être raccord avec l'actualité du jour, je rappelle que notre municipalité avait été la première en Bretagne à débattre et délibérer pour le principe d’un choix éclairé au nom du principe de précaution (pas d’essais en plein champ), pour la nécessité du débat public et démocratique en matière d’OGM, appuyant implicitement la première action de fauchage accomplie par José Bové (1, 2, 3, 5). Ce que nous disions est toujours vrai.

D.D

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