Télé.                                                                                  N°298

Vendredi dernier, un beau manifeste au pays de l'art lors d'une soirée thématique consacrée au galleriste Aimé Maeght. ARTE diffusait un documentaire franc sans rhétorique, émouvant, composé d'extraits où l'on découvrait des brillants inadaptés: Mirò, Calder, Giacometti et Tâpies.

Instant poétique montrant des moments de création intense. Moments exceptionnels où la conscience se désépaissit et prend le large dans le ravissement de la création. Mythologie primitive? Les "voir" et les écouter dans leur sonorité, leur vibration singulière. Se laisser envahir par leur écho en nous, ça c'est de la télé!

Chacun d'entre eux laisse-aller l'imagination et la "rêverie" comme le dit Bachelard. Mirò au visage lunaire travaille à la lithographie d'une affiche et passant avec la même facilité de la peinture à la sculpture ou à la gravure. Codification lunaire encore lors de la construction de la Fondation Maeght où il peint un oiseau au fond d'un bassin.

Silencieux, malicieux, enfant, Alexandre Calder tel un gros nounours, est filmé la pince à découper l'alu à la main, fabriquant dans son atelier d'artisan forgeron des mobiles ou manipulant des voltigeurs en miniature dans un cirque de modèle réduit, fait main en tôle, filins et découpage multiples. Pareil au vent soufflant de ses grosses joues rondes sur ses mobiles comme sur des bulles de savon de toutes les couleurs en ondulations sans fin.

Sans cesser de façonner la mince figure à laquelle il travaille, par un va et vient rapide en pinçant à tour de rôle le front, puis le menton, puis le front, puis le menton, à gestes sans dévié et à la parole habile, Giacometti aussi sec de corps que ses sculptures d'argile, explique sa passion pour attraper le regard, le plus important chez l'homme. Comme chez la bête. D'ailleurs pour le plaisir, jeter un oeil sur ces vidéos consacrées à Giacometti donne une idée sur sa nature.

Enfin Tâpies, le catalan à grosse paire de lunettes, sourcilleux en pleine transe créative. Intuition éminemment féconde comme l'est j'imagine celle d'un sorcier ou d'un chamane. Le tableau se construit sous nos yeux avec de la colle, du plâtre, un tamis, des écritures étranges comme celles que l'on écrit sur le sable humide d'une plage, floraison de poèmes, libelles, ou odes qui seront recouverts d'une peinture qui brouillera tout jusqu'à leur signification cachée.

.D.D

 

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