Il vient de mettre adressé cette remarque à propos de cette chronique: on y voit un monde apocalyptique, un chaos généralisé, rien ne va, plus rien n'a de sens, le désordre etc...Réponse: le principe de cette chronique exige selon moi, que je mette en jeu tout ce je sais, ce que nous savons, tout le savoir qui circule, qu'on le voie, puis s'il se détruit ou s'il subsiste c'est le jeu.

Le ton de cette chronique apparaissant à ce jeune lecteur de 20 ans celui de l'angoisse, un peu comme celui d'une révolte de jeunesse devenue au fin du temps, une forme d'angoisse. Réponse: si on s'installe dans un savoir donné, peu importe lequel, on est perdu parce qu'on y est installé, on y est assujetti à ses normes. La démarche consiste à se désassujettir pour arriver au point où il paraît n'avoir aucun sens.

L'échange n'est pas un dialogue de sourds, non ! Une question de génération plutôt. Normal. Mais l'observation est valide, recevable, pertinente. Du coup, d'un coup, il me vient à l'esprit de prendre du champ. Prendre du champ, c'est prendre le frais, se sortir un peu du jeu. Prendre du champ, dans les actes aussi; dans les actes d'abord.

C'est ainsi que j'ai déserté: convoqué à une réunion, j'ai été victime d'un retard, d'un retard léger, rattrapable, mais d'un retard indépendant de ma volonté. Au lieu de pousser la porte de la salle, j'ai opté pour un volte-face, puis une fugue, une vraie fugue sans motif, sans gêne non plus, une désertion qui coule de source en rendant le présent plus plaisant. Je m'en suis allé stationner mon véhicule Rue Francisco Ferrer, "réformateur social-espagnol-1859-1909", tout au bout de la rue Montaigne à Rennes. Il faisait beau la vitre ouverte à la lecture d'un article du Monde consacré à Gianmaria Testa, chef de gare à 1/3 temps, et le restant de la semaine, chanteur très connu en Italie. L'auto-radio sur le 99.9 Univers fm, diffusait une émission sur le tourisme solidaire.

Qu'est-ce que le tourisme solidaire? De petits hôtels, petits restaurants, chambres d'hôtes, ...mais toujours des propriétés communautaires dans des pays pas riches du tout. Un tourisme destiné plus à des voyageurs qu'à des touristes, fait d'un échange plus égalitaire, avec des contacts directs. Et qui se fond dans le paysage. Bref, un projet économique adapté au contexte. Pour en savoir plus: www.ethnik.org.

Les possibilités d'hébergement chez l'habitant, à la campagne, ou comme chez les nonnes du monastère d'Agapia qui louent leurs maisonnettes roumaines. C'est le meilleur moyen de sillonner un pays en profondeur et en rencontrant plein de gens sympas, les hôtes sont généralement paysans, enseignants ou artisans, et parlent parfois français. Par exemple, dans les Monts Apuseni, les Maramurès, la Bucovine, les collines de Transylvanie, à Bucarest ou en Moldavie, ça marche. Je vous parle de ce que je sais, donc de la Roumanie, mais c'est ainsi dans tous les pays de l'Est. En Afrique, ça commence, etc...

Après cette heure bulleuse, je me suis aperçu que l'objet de la réunion ratée portait entre autres sur le"Bilan 2003 des caravanes et mobil-homes", au sein du comité d'action sociale de ma boîte dans lequel je siège à titre syndical. Une histoire pareille, cela ne s'invente pas ! Le hasard dit-on !

Question prendre du champ: plusieurs insectes africains ont profité de la récente canicule pour remonter jusqu'en Bretagne. Deux types de papillons ont ainsi été identifiés: le sphinx à tête de mort et l'armigère. Pas sûr qu'ils puissent s'acclimater...Des papillons chez les Bretons au teint pâté-de-cochon, en caleçons longs qui se prennent la tête de beignets dans leur mobil-home-boîte à sardines, c'est ce qu'aurait pu pour la risette dessiner Reiser, disparu il y a pile vingt ans. Il avait 42 ans! Et Reiser à l'époque donnait du champ à l'actualité, et de l'air frais chez les cons! Il donnait à rêver rigolo et à se bouger les joyeuses fesses! Il parait que Beaubourg, du 19 novembre au 19 janvier, va lui rendre hommage, et que plusieurs bouquins vont sortir prochainement.

Se désinsérer du grand jeu des échanges symboliques et des signes, un moment seulement, et volontairement quand même, c'est porter attention à la liberté qui mérite tous nos soins." A l'oublier ou à la négliger, nous risquons de mourir non dans les transes d'un impossible exploit, mais sans éclat, bâillonnés de conformisme et d'ennui, abrutis de soucis, surmenés de corvées, hébétés de palabres téléphoniques, hallucinés par un monde qui nous échappe, jour après jour. Anesthésiés" écrit Chantal Thomas, essayiste et écrivain, auteur d'un livre "Comment supporter sa liberté".

Cette chronique, pour exprimer sa liberté, en cet instant précis.

.

 Chroniques