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Petites manières de vie comme des śillets par lesquels passent les lacets. J'aimais ce vieil atelier à la fausse nonchalance, qui voulait faire du bon, faire le bien des pieds en les habillant. Cet espace de vie minimal, usuel et de régal, cette source familiale aux chaises légères à la bonhomie patriarcale. Chaque matin tôt, le parquet gris qui travaille sans relâche, était arrosé pour mieux le balayer. Avec une boîte de conserve très légèrement incurvée, trouée en fond, en un point en son centre, de laquelle s'écoulait doucement un fin filet d'eau fine. Par cette boîte de fer percée, il se dessinait sur le bois qui boit vite, des boucles et des boucles. Et des boucles encore, qui se débouclent et se dénouent, zig-zaguent, puis se redressent. Le balai à pailles de riz, à la mine flegmatique, tenu en main, à chaque usage toujours le même sens, traînait sa queue d'or quand celle-ci s'appliquait à dénicher dans les petits coins, les copeaux de cuir taillés fins qui, poussés par leurs derniers instincts d'animal des champs et chassés par les pieds, tentaient de prendre la clé des champs, le parquet des prés. En vain, puisque sans exception, ces bouts bruns de peau taillée seront d'une poussée enfournés par la main de fer couleur minium, pour finir versés par celle-ci dans le Mirus bleu-cendre de l'atelier. Ce que bien sûr, jamais vous n'auriez rencontré dans une unité de production de plastique moulé. Quelque fois, en cours de balayage, il volait des bobines de bois à fil à coudre pour la piqûre de la tige, qui induisait un temps de main-d'oeuvre important, les tiges nécessitent en effet un tiers du temps de réalisation d'une chaussure mais n'en constituent que le cinquième du volume. Voyez la différence avec de la botte moulée ! Vides, j'en héritais, ces bobines de bois devenaient alors des chariots robustes, ou un amusement spectaculaire pour chat. Chaque coup de balai qui propulsa en un rouler-bouler une bobine de bois oubliée, a pu saper le sérieux de l'esprit humain qui d'ordinaire conservait le contrôle sur ses créations. L'esprit ne pouvait contrôler le roulement bruyant de la bobine imprévisible, qui, une fois lancée, ignore la convenance et rit aux éclats…de bois. Pour la régénérer, je me souviens que l'habitation entière était aussi soumise à ce même régime. Chaque matin tôt, le jour naissant. Dans la maison, plusieurs tables, des chaises et un placard y avaient été façonnés sur place par Julo. Il était seulement venu avec ses outils. Et encore, c'est pas sûr, puisque personne n'a jamais su d'où Julo venait. Ce qui était sûr, c'est qu'il était arrivé de nulle part, s'était proposé à un brocanteur local, à l'époque un chiffonnier avec meubles et sommiers, pour leur remise en état. Et par ci par là rendait des services . De Julo tout le monde s'en souvenait comme d'un très bon ouvrier. Alors qu'il n'avait pas des mains d'ouvrier, mais des mains fines. Alors qu'il paraissait très cultivé. Pas paysan pour un sous. Etait-ce un « interdit de séjour » qui avait son temps à faire ? Car 3 ans jour pour jour après son arrivée de nulle part, il est reparti vers la même destination, puisque l'énigme de ce personnage qui aura laissé une trace concrète dans le mobilier autant familier qu'indispensable, demeure vivace encore de nos jours ...Aucun aveu, aucune honte, rien pour échafauder une réputation, il ne manifestait ni mépris, ni n'éprouvait la moindre "gêne", en public ou en privé. C'était dans les années 1934-37. Dans les débuts des années 60, nous en parlions encore. Pour preuve, vers 6 ans j’en étais témoin. On ne peut réduire le passage de Julo, qui n’aura duré que quelques jours, à la simple fabrication des meubles qu’il est fait surgir de planches de châtaignier. C’est le désir de savoir qui est durable. Avec cette question: qui était cet homme? Pour autant que l’on en comprenne sa vie. Petites manières de vie comme des śillets par lesquels passent les lacets. Les liens. Les faits ont une utilité. Matières à pensée. Les faits sont liens. Avec des déploiements extraordinaires. Avec de brèves et stimulantes échappées sur des domaines privés. Des événements périssables et singuliers, emplis de sentiment. Pas seulement des tâches à résoudre. Faits de liens pour enrichir la vie. II y a infiniment plus de choses dans le monde que ce à quoi nous nous attendons. Et nous ne les estimons pas à leur mesure. En fait, nous baignons dans un processus de simplification ou de sélection. Nietzsche aimait citer cette phrase de Goethe : »Du reste je déteste qui ne fait que m’instruire, sans augmenter mon activité ou l’animer directement ». De l'enfance, il doit nous rester enfouis dans la crâne, des personnages ou des visages qui, une fois rencontrés en vrai, nous renvoient à d'autres semblables photographiés et mis sur quelques étagères entre les plis du cerveau. C'est ainsi que Claude Chabrol tentait de décortiquer, dans le Libé de lundi, le personnage Raffarin : «Il a une gueule, mais on ne sait pas de quoi». Petites manières de vie comme des śillets par lesquels passent les lacets. Pour le retour aux années 50, notre gouvernement s'y emploie . De l'enfance, il doit nous rester enfouis dans le crâne le respect à l'hymne national. C'est un ordre! A ce propos une pétition à signer: "Nous nous réservons le droit d'outrager le drapeau tricolore et l'hymne national(...), et nous acceptons les conséquences judiciaires qui pourraient en découler". Et les initiateurs poursuivent: "L'adhésion forcée aux symboles de la Nation rappelle de tristes souvenirs. Le respect se mérite. Il ne s'impose pas". Pour signer: http://www.outrages.lautre.net De l'enfance, il doit nous rester enfouis dans le crâne le respect au drapeau national. C'est un ordre! Luc Ferry, ministre des écoles, vient de déclarer qu'à la rentrée prochaine tous les établissements devront présenter à leur fronton, les symboles de la République, les drapeaux tricolore et européen. Par souci d'économie, car le tissu s'use, nous allons revoir réapparaître des drapeaux tricolores en tôle ondulée. De l'enfance? Après la suppression des barres chocolatées, qui soit dit en passant remplaçaient les chocos BN et les tubes de lait concentré de mon époque, compte tenu de la trajectoire prise par le Ferry sensible en Mer, blouses grises et uniformes des pensionnats dès 11 ans, c'est pour bientôt .
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