- Dernière mise à jour 28 fevrier 2009 -
 


 

   

"diaboliiiiques". N°399.

Sous le bleu du ciel, tout juste sorti du musée Dali de Figuères (voir chronique précédente) nous nous sommes engouffrés dans une petite boutique de cordonnier qui présentait en vitrine toute une collection de figurines de petits cordonniers. Que lui donnent ses fournisseurs en cadeaux.

Au cordonnier fort aimable et courtois nous lui avons fait part de notre recherche, à savoir la collection de vieux cordonnier assis devant son établi qui travaille la semelle d'une chaussure.

Après coup, il me vient cette question : n’est-ce pas ça le surréalisme ? Puisque nous sortions du musée n’étions-nous pas sous l’envoûtement ? Faut dire que l'ensemble d'objets hétéroclites le plus insolite et autres mannequins en cire recouverts de poussière et de nécrologie, ce mélange fantastique de rêves et de marchandises théâtralisées, de techniques picturales à double ou triple effets et de formes chewing-gum que présente l’œuvre de Dali porte à l’association libre ou spontanée, liée à l’inconscient.

En dépoussiérant l’énergie psychique des traces de la mémoire enfouies dans l’inconscient, est-il dit. Un truc bon à déniaiser les significations univoques. Par le jeu, le rire, l’humour (noir) . « Oh ! il fait dans quoi, là? Dans la grosse farce?... Arrête. » Sous un air de western, de cinémascope et d’opéra, le dégagement, la parodie, le burlesque.

Bref du Dali enfin ! Le moustachu ! Je ne vous fais pas le dessin. Dans ce qu’il a d’antique et de populaire ! A regarder éberlués ! Discutable le Dali ? A la fois peintre, poète, théoricien espagnol perfide et rusé, mais aussi celui que Breton surnommait par son anagramme: Avida Dollars ! Et par ailleurs l’on sait tous que ses pitreries "diaboliiiiques" ne furent pas dérangées par le franquisme non plus ! Au fond suffisait que les grands de ce monde lui lèchent les pompes hein!… Là il devait savourer...

Extravagante, drôle et fascinante aventure pour les derniers hommes libres d’Europe qu'est de nos jours la visite de ce musée déjanté propice à se rincer l'œil, la rotule et la bille…pour les seuls à échapper, serait-ce seulement le temps d’une visite, à la maladie de l’Occidental productif et dépressif. D’accord je sais ce n’est pas le seul endroit en tant que ligne de fuite, évasion non-transcendante.

Du coup, oui cette question qui me vient : le même effet surréaliste ne se diffuse-t-il pas tout bonnement chez le visiteur ? Une impression ? si señor ! Pour moi Dali est plus grand poète que peintre. Sait-on que Breton le considérait aussi ainsi! (je viens de le lire il y a trois secondes). Du coup, pris par l’injonction surréaliste : « une poésie faite par tous non par un » -poésie qui visait à se fondre dans l’anonymat et de rendre à tous les pouvoirs de la création monopolisés par les artistes reconnus, car « le surréalisme est à la portée de tous les inconscients » affirme un papillon surréaliste circulant en 1924-, pris par l’injonction donc c’est la figurine d’un petit père cordonnier comme le fut mon grand-père qui nous intéressa dès notre sortie du musée!

Suite à quoi nous sommes entrés chez ce cordonnier fort gentil et attentif, lui qui était en train de fixer un œillet métallique à la boutonnière d’un imperméable de dame. Nous lui avons fait part en espagnol de notre regret de ne pas avoir acheter un petit cordonnier tout en cuir (ou en verre) lors d’un passage à Cordoue "Ah! Cordoba!" il y a vingt ans de cela ! C’est dire combien il était attentif vu l’importance de l’information que nous lui apportions de France et l’intérêt qu’il pouvait en tirer!

Car le surréalisme n’existe-il que chez les fous ? Claude Lévi-Strauss, l’archéologue des mythes « mondialement célèbre », « le dernier géant de la pensée française » (Pujadas France 2) dont on célèbre ce jour l’œuvre « immense » après ses funérailles (!) s’en sentait proche : « Les surréalistes ont été attentifs à tout ce qui apparaît comme irrationnel et ils ont cherché à l'exploiter au point de vue esthétique. C'est le même matériau dont je me sers, mais, au lieu de l'exploiter à des fins esthétiques, je cherche à réduire cet -irrationnel à la raison. » (interview au Nouvels Obs)

Quant à la démarche inverse, celle qui consisterait à réduire la raison à l'irrationnel, à quoi bon! puisque c'est déjà fait, suffit d'observer à chaque heure l'actualité d'ici et d'ailleurs.

D.D

Chronique

« La réalité sans l'énergie disloquante de la poésie, qu'est-ce? » René Char

Françoise.

04/11/2009-21:59

Chronique

Pour vous, lit-on dans la chronique, « Dali est plus grand poète que peintre »…

Evidemment, monsieur, même si vous faites cautionner cette vilaine phrase par André Breton, je ne peux être d’accord.

J’ai le souvenir de travaux pratiques, en mécanique ondulatoire, pendant lesquels, pour matérialiser et déterminer la longueur d’onde (d’un phénomène acoustique ET visuel), on donnait un coup sec à une corde (corde, cordonnier…vous me suivez dans la démo ?) et là, il suffisait de mesurer la distance entre deux nœuds de vibration consécutifs ou entre deux ventres de vibration consécutifs et on pouvait calculer la longueur d’onde selon une formule que j’ai évidemment oubliée …et puis sur mon clavier, je n’ai pas la lettre lambda qui symbolise la longueur d’onde.

Donc, vous hiérarchisez, vous cloisonnez, « plus que ceci », « moins que cela »…mais, monsieur, excusez-moi d’insister : c’est la même chose, la même énergie qui se dissipe jaillissant du même chaos, et « Qu’ importe le pinceau pourvu qu’on ait l’ivresse » (merde, je m’égare ! et pardon à Baudelaire et son flacon), c’est la même énergie mise en lumière, en mots, en notes, en couleurs…poète ET peintre ET musicien.

Qu’importe l’alène et le tranchet, la pince emporte-pièce, les semences ou les pointes, c’est une corde qui vibre !

Ensuite ? cela dépend de nos capteurs…de leur sensibilité…comme les animaux, nous ne percevons pas avec la même intensité tous les stimulis, et nous leur donnons des significations diverses, mais on s’en fout. Ni plus, ni moins.

 Françoise.

05/11/2009-11:50