Des commandes de réalisation de pièces mécaniques sont passées auprès d'entreprises françaises, même bretonnes, par une société nationale qui travaille pour l'armée américaine. Comme ce fut le cas avant la guerre du Golf. Donc, il apparaît que la décision d'attaquer l'Irak a déjà été prise, seule la date d'intervention est ignorée. Par ailleurs, le gouvernement israélien vient de déclarer qu'en cas de représaille des irakiens par tir de Scud (trois missiles Scud en pièces détachées) , comme ce fut le cas lors de la première guerre du Golf, les israéliens répliqueront par la bombe atomique. La déclaration est très officielle. Dans le même temps, à chaud, l'expulsion du peuple palestinien de Palestine semble être réellement préparée par l'armée israélienne. Cela consisterait en la déportation du peuple palestinien hors du "Grand Israel". Déjà, en cours, il y a la mise en oeuvre d'une pression sur la matière grise palestinienne pour qu'elle parte de Palestine. Pays d'accueil, et qui les accueillent avec une bienveillance hors du commun en ces temps vigipirates: les Etats Unis ! La Palestine vidée de ses élites, la déportation du peuple en sera facilité . Par ailleurs, les préparatifs et l'approvisionnement en chars et armements de l'armée US vont bon train. Blair quant à lui, commence à préparer l'opinion à une guerre contre l'Irak en durcissant nettement le ton estimant que l'Irak représentait "une menace unique et réelle" contre le Golfe et le reste du monde, sans en donner plus d'explication. Bush vient de convoquer le Conseil de sécurité des Nations Unies pour le tenir informer. L'Empire décide ce qu'il veut, quand il veut . La Maison Blanche se prépare pour une aventure militaire qui risque d'accentuer le fossé entre le monde musulman et l'Occident. Aux alentours du 11 septembre assistera-t-on à quelques provocations bien calculées ? Un attentat avec gros impact médiatique pour tout justifier ? Comme l'indique le philosophe italien Toni Negri : « Je suis convaincu que la guerre est devenue un instrument de légitimation essentiel pour le pouvoir impérial ». Alors c'est pour quand ? Alors c'est pour quand ? C'est la question que je me suis posé aussi ce matin sur mon quai de gare, observant un léger retard du train de 7h14, et en pensant qu'au même moment, en Irak, les gens dans la même situation devaient se poser la même question, avec probablement l'angoisse d'être une nouvelle fois dans l'oeil du cyclone. Parlons train : quitter un lieu-dit par le train à partir de la gare, la gare en dehors et en dedans du lieu, de la ville. Le départ par la gare possède une authentique originalité : on ne quitte pas véritablement un lieu par la route, cela se fait petit à petit. Le train démarre lentement mais quand il s'ébranle la coupure est rapide. Les quais de gares paraissent blêmes au matin. Les gens ne bavardent pas, ils se recroquevillent. Chacun est dans sa bulle, voire dans sa lune, peu sont ceux qui discutent. Chacun est en soi et à la fois s'interroge sur l'autre, le regard plus attiré par celui-ci ou celle-ci que par celle-là ou celui-lui . Et dans son sommeil que l'on poursuit, ou dans sa lecture des journaux, ou d'un bouquin comme jogging matinal. Tout se conjugue, et c'est à quoi je pense une fois assis dans mon train du matin, à la lecture des journaux d'hier, en ce déplacement dans la posture du voyageur immobile et en attente. Cloué à mon siège en transhumance entre deux états, entre deux lieux, entre deux mondes. Quelques millions, voire beaucoup plus, éprouvent ce quelque chose d' éprouvé « en commun ». Parler de gare, c'est parler de l' »en commun », celui de gens de partout, d'inconnus, d'habitués, de citoyens d'ici ou d'ailleurs, même des « de nulle-part ». Même des « de nulle part », osons l'audace !, au sens d'Hanna Arendt " Le réfugié qui a perdu tous ses droits et qui cesse de vouloir s'assimiler coûte que coûte à une nouvelle identité nationale, pour contempler avec lucidité sa condition, reçoit en échange d'une impopularité certaine un avantage inestimable : l'histoire n'est plus pour lui un livre fermé et la politique cesse d'être le privilège des Gentils. " . C'est à dire pour être clair : les Sans-papiers ! Des Sans-papiers en transhumance entre deux mondes, éternellement . Je ne sais pas si le train est leur mode de déplacement majoritaire, ce n'est d'ailleurs pas le problème, puisque ce qu'il m'importe ce matin tenant mon journal ouvert sur Le Monde, c'est la condition de nomade que je partage momentanément, matin et soir, avec tant d'autres. A force d'être nomade, en transhumance entre les mondes, on y devient définitivement. Moi-même, je m'arrache du local qui m'avait pris en racine. C'est pourquoi, le citoyen que je suis doit s'avoir se reconnaître le réfugié qu'il est lui-même quelque part. Et peut être à son tour un jour, s'il ne l'est déjà pas un peu, un recalé de la normalité. Alors, puisqu'après le rassemblement de Paris, devant le parvis des Droits de l'homme, des inscriptions de sans-papiers vont désormais s'organiser dans chaque département; alors, il serait bon de marquer par sa présence un soutien à toutes les coordinations de sans-papiers. Parce qu'il n'est nulle part dit que la condition de citoyen d'Etat-Nation ne soit que la seule réponse; parce qu'il convient impérativement de bien montrer que nous aurons l'oeil sur toute politique visant à occulter ces existences non régularisées qui doivent passer aujourd'hui de la marge au centre de la page. Si la condition habituelle de cette humanité exclue est de passer de la clandestinité aux mains de la police et des organisations humanitaires, ce n'est plus durable. Il faut mettre en lumière nos co-non-concitoyens envers lesquels la notion de natif est particulièrement ambiguë car souvent ils ne peuvent, ni ne veulent être intégrés dans la nation ou rapatriés dans leur pays d'origine. Les Etats industrialisés sont aujourd'hui confrontés à une masse de misérables, de besogneux et d'exclus, d'opprimés et de vaincus, tous vivants dans l'ombre des Etats riches. Passe-murailles qui deviendront de plus en plus indispensables aux Etats industrialisés vieillissants . Par-delà le cadre national, il va bien falloir qu'on cause un peu plus et plus vite de la suppression des frontières et d' une citoyenneté universelle. A moins qu'il soit choisi de construire, comme vient d'en être ouvert dans le désert australien, un vrai camp de rétention et de déportation pour sans-papiers. Quais de gare, wagons, déplacements, guerre, réfugiés, camps, papiers, clandestinité. Propagande. C'est quand qu'on déraille?
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