"Anges". N°264 Ma débroussailleuse quand elle est en marche brouille la réception de la TNT de mon voisin. Evidemment dans cette histoire étonnante et très actuelle de jardinage et de voisinage, ni lui ni moi sommes en mesure de comprendre ces constellations de superpositions complexes et interactions par delà des haies. "Pour ce qu'il y a sur la TNT, c'est pas grave. Hormis la rediffusion des Starsky et Hush, etc...déjà passés souvent sur les autres chaînes, il y a une chaîne de dessins animées 24h/24. C'est pour les gosses qu'on l'a prise." (mes voisins gardent des enfants à domicile). On devrait peut-être arrêter de se moquer des ânes, car jamais il ne m'a été dit que Jules brouillait le mélange d'images, d'abstraction et de virtualité comptable que diffuse nuit et jour la télé. Même quand il monte le son...! Pas plus que Jules ne dérange le TGV qui file à grande vitesse dans le bas du champs de l'Epa. Question TGV, nous connaissons tous désormais la nouvelle donne: 574,8 km/h! Soit la vitesse atteinte hier à 13h14 par le TGV sur la ligne à grande vitesse est-européenne, pulvérisant le record du monde sur rail. Le précédent exploit, établi en mai 1990, était de 515,3 km/h. La "V150", rame du record, était dotée de deux motrices "gonflées" à 25 000 CV et de roues plus grandes. La question qui se poserait immédiatement: pourquoi donc? Pour rapprocher qui alors que s'éloignent les quartiers si proches desservis par le RER? Pour l'euphorie de la vitesse? La grande vitesse ferroviaire devenant vertigineuse puisque le record mondial vient de pulvériser 7 milliards d'euros de subventions pour 1500 km de TVG quand en même temps 50% des lignes françaises sont mal entretenues, ayant pour effet d'éloigner nombre de régions? Y aurait déjà pas des avions pour ça? C'est sur ce thème qu'on vient de m'adresser la parole au bar de Noyal-Chatillon. Quelques extraits pour la saveur: "Mon voisin qui travaillait à la SNCF m'a dit ce matin: quand t'es dans un train comme ça, attends qu'il soit arrêté complètement pour descendre!" Rire...on imagine les dégâts. "C'est pour concurrencer l'avion? Quand on disait que les vaches aimaient regarder passer les trains, bonjour les torticolis!", etc...Observations fondées on l'aura compris. Pourtant l'appel de la vitesse ne relève d'aucune décision politique -à ma connaissance-; il ne s'agit pas d'entendre un appel à la Jeanne d'Arc "bouter les Anglais hors de France", ni de quoi que ce soit qui évoquerait un passage vers l'extraordinaire; en fait, il s'agit apparemment là d'une banalité ordinaire -quoique record mondial!- puisque cela ne suscite ni commentaire ni invective chez nos candidats présidentiels dépourvus de vigilance techno-socio-politique, alors que la carte du territoire s'en trouvera modifiée, et notre époque, et le monde...si c'est une affaire qui marche. Est-ce judicieux, est-ce bien nécessaire, est-ce trop coûteux et si indispensable? A cet égard, je n'ai pas d'avis ficelé prêt à cuire mais quand même on aurait pu faire un million de choses par ailleurs. Qui tourne le dos à la vitesse?...(silence). Faut pas s'étonner qu'avec si peu de démocratie on soit si surpris par ce qui arrive dans les urnes, car à quoi bon voter puisque tout est déterminé. Comme il se niche dans ces nouveautés technologiques de moins en moins de croyance dans le progrès linéaire qui apportera le paradis sur terre, "vieux fond magico-théologique de l'essence de la technique", c'est donc qu'il se passe autre chose. La technique et l'économisme ce ne sont plus des mots et des spécialités de l'activité humaine, ils sont devenus un monde, un monde différent, un monde à leur image, un monde hégémonique, oligarchique, où tout est jugé et évalué, mesuré et soupesé en terme d'utilité. Et de "performance". Cependant personne ne semble plus en mesure de dire à quoi ça sert. "Utile à quoi?". Est-ce à vaincre "soit la malédiction de l'attraction terrestre et son corollaire immédiat: la loi de la chute des corps?" N'y voyez-pas de ma part un rejet des techniques et de leurs effets, cet appel de la vitesse suscite chez moi simplement un questionnement quant au concensus qui l'entoure. Comme un étrange appel à devenir...des oiseaux migrateurs! Ou bien "des "Anges" déchus", "des "Anges" grisés de vitesse divine, ces Fils de la lumière" (Paul Virilio). Appel à effacer l'espace et le temps commun. Epicure dit: "Le temps c'est l'accident des accidents". Donc "le temps vient d'être accidenté." Car "tout gain accouche d'une perte". D.D |
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