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Ar Mor. N°362 Un vendredi en fin d’après-midi dans mon TER du retour, à ma descente en gare de Combourg j'aperçois près de la porte coulissante un petit monsieur assis portant une tenue de marin, casquette et sarot délavés, les cheveux longs blancs roulant sur les épaules fines, c'était le cinéaste franc-tireur René Vautier en personne, une légende du cinéma engagé et de vie combative. Eminemment engagé, il n’arrête pas.
Il devait revenir je suppose d’un festival quelque part consacré
à son œuvre. Qu’il soit comme moi dans ce TER n'a rien d'anormal
évidemment d’autant qu'il habite Cancale. Mais chez cet homme,
qui filme la révolte et la colère des hommes depuis
ses actions dans la Résistance à quinze ans, alors
lycéen à Quimper pendant l’Occupation, c'est sa simplicité même qui m'a
impressionnée, court-circuité étais-je par
le surgissement d’images que j'ai mises en mémoire en 72
à la sortie d’"Avoir vingt ans dans les Aurès",
film fort et emblêmatique contre la guerre d'Algérie.
Le film Afrique 50, violent pamphlet et premier film anti-colonialiste, a été interdit et réquisitionné par les autorités françaises. Censuré en France pendant 40 ans (de 1950 à 1990), il est considéré comme le premier film français ouvertement anti-colonialiste. Rappel utile: pour empêcher toute représentation critique de la guerre d'Algérie, ou du colonialisme dans son ensemble, se sont alors opérées auto-censure et censure officielle. Et comme René Vautier dénonça sans concession, pleuvaient les intimidations. Aux bobines confisquées s'ajouta la prison. Treize fois condamné et plusieurs fois en prison, il s’évadera parfois dans un cercueil. Les Africains qui l’ont connu l’appellent “L’homme qui est mort deux fois”. Condamné à un an de prison pour avoir tourné un film sans autorisation et “agression d’un policier” (il avait fait passer par la fenêtre un inspecteur de police venu fouiller dans ses bagages!), il reste la seule personne à avoir filmé la guerre d'Algérie du côté des fellaghas. De nos jours, ses archives, bobines et documents, sont à l’abri à Brest. Il sort ces jours-ci "Le Petit Blanc à la caméra rouge", premiers plans africains de René Vautier. C’est un film de Richard Hamon . D.D |
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