Sur ces ondes et en ces pages. "J'ai senti chez vous l'acte militant" vient-on de me dire. Pas comme un reproche, mais plutôt comme un compagnonnage chez cet auditeur qui lui-même milite à ouvrir la musique auprès de publics défavorisés ou exclus. Soyons clair, autant dire procédons à une mise au point. S'exprime ici -sur ces ondes et en ces pages- un compromis entre le détachement auquel on aspire et la révolte qui persiste à la fois comme réaction naturelle et comme un devoir. Quant à ce détachement, s'il faut lui donner une forme philosophique c'est un reflet sans le vouloir dans un filet d'eau de l'attitude cynique, au bon sens du terme, celui des Cyniques de l'Antiquité, en particulier à Diogène:"n'accepter vraiment que le minimum de dépendances inévitables et incompressibles par rapport à la réalité extérieure et s'efforcer de manifester à l'égard de tout le reste une espèce de mépris poli." comme s'en réclame Jacques Bouveresse, qui s'est défini un jour comme "un philosophe peu français". Pour rappel: de Diogène qui prend paresseusement le soleil et demande à Alexandre le puissant empereur conquérant, de bien vouloir quelque peu s'écarter afin de le laisser jouir des rayons du soleil corinthien, cette phrase:"Ôte-toi de mon soleil !" De Cratès, cette autre phrase: "Ma patrie n'est pas faite d'une seule muraille ni d'un seul toit;/ mais c'est la terre entière qui constitue la cité et la maison/ mise à notre disposition pour que nous y séjournions." Aussi, du même: "Tu ne sais pas quelle force ont une besace/ un chénice de lupins et l'absence de soucis." De la pensée cynique, cette autre idée-force quand on la prend comme elle vient et qui ne porte pas une ride: suivre hardiment la nature, c'est-à-dire s'efforcer sans cesse de connaître les choses telles qu'elles sont -et non telles qu'on les imagine- et surtout, se connaître soi-même tel qu'on est -et non tel qu'on veut bien paraître aux yeux de l'entourage. A notre échelle, sous l'épiderme, sur ces ondes et en ces pages, peut s'observer un mépris poli en conséquence à l'égard de tout "esprit prêtre" et de tout esprit de groupe, de chapelle, etc...L'hypocrisie du faux dévot qui joue au redresseur de torts sans d'abord se remettre lui-même en question. Mépris poli, qui prend la forme d'une distance ironique et une autonomie aussi grande que possible par rapport à la réalité extérieure, notamment celle communément appelée "locale". Que l'on pense assez bien connaître par ailleurs. Au même titre que les escargots et les sauterelles. Ou que la dernière et unique maman ourse de source pyrénéenne abattue par un chasseur pyrénéen qui se juge "en légitime défense", après qu'il se soit volontairement promené aux abords du lieu où résidait "Canelle" et son petit. Ce qui nous intéresse ici ou là, en mettant doucement la musique, sont des petites causes, des petits changements, quand l'imprévu survient, comme une aventure en posture d'enfance dans laquelle nous sommes engagés. Et l'imprévu arrive à chaque fois, à chaque fois unique, et selon les cas souvent réjouissant, cette manière de trancher sur la grisaille convenue des habitudes humaines. Mille sons, pas la spéculation oiseuse en vase clos. Ne présentant nulle lampe magique pour clore le bec à l'empêcheur de tourner en rond, ou pour éclairer l'illusion des arrière-mondes de certains -étrange soumission-, je décolle cette étiquette citée plus haut, trop stricte, trop lourde, qui n'explique rien et même complique les choses, pour celle incertaine, aléatoire, imaginaire, approximative, trompeuse un peu, de nos constats triviaux accumulés au jour le jour, de nos éléments d'un itinéraire subjectif à sang chaud. S'il le faut vraiment, quelle étiquette donner alors à ces ondes et à ces pages? celle semblable à Jules, à notre âne, tracée sur son front, d'endurant, d'obstiné, de modeste! Voire de malicieux. Je vous sens d'un coup dubitatif. Car l'heure est grave, au bout du grand aveuglement l'empereur scélérat est réélu. D'Antisthène l'initiateur de la pensée cynique (IVème siècle av JC): "Un scélérat adulé devient encore plus scélérat"...Et encore: "Il est hasardeux de mettre un glaive entre les mains d'un fou et le pouvoir entre celles d'un homme pervers."...Avant que ce Bush, entre deux rapines et deux désastres haineux, nous enjoint tous mondialement de porter des amulettes, je vous renvoie illico-presto à mon marc du matin qui m'a dit tout avant qu'ça s'passe! Bref, cette réélection n'apportera absolument rien de neuf à la connaissance. Parfaitement. DD |
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