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Erdre. N°335 Un samedi d'été au bord de l'Erdre. A Nantes où la journée était splendide. L'événement est suffisamment rare pour en toucher deux mots. L'air était chaud, assez accablant même. Surtout quand on reste assis le temps de deux, trois ou même quatre concerts d'affilée sous le cagnard. De ces concerts s'il fallait pour le coup en retenir un, sans hésitation aucune, avec délectation c'est celui qui s'est tenu sur la scène Sully qui fut présenté par le directeur artistique des "Rendez-vous de l'Erdre" comme la révélation jazz du moment "actuellement l'une des figures les plus importantes du jazz en Europe!": Francesco Bearzatti Tinissima Quartet. Cette appréciation qui demandait à être vérifiée, à n'en pas douter à l'issu du concert, en applaudissant cette formation légère (pas de grands outils pour oeuvrer: saxo et clarinette, trompette et voix, guitare sèche et batterie ordinaire), près de deux mille spectateurs debout l'ont confirmé par un triomphe débordant. Voilà un point qui devrait nous préoccuper si nous voulons interroger les mécanismes psychologiques du succès. Ceci-dit, pour moi c'était un inconnu, bien que qualifié "découverte de la nouvelle génération européenne" par les spécialistes de la question qui, à propos de son dernier album "Suite For Tina Modotti", proclament : "Attention chef d'oeuvre!" Pas moins. Pas averti au préalable de la "technique exceptionnelle et au lyrisme exacerbé" de Bearzatti, le fait qu'il ait joué aux côtés d'Aldo Romano me fournissait suffisamment de raisons pour ne pas rater ce saxophoniste/clarinettiste italien. Merci Aldo! sans qui je ratais l'événement. Un mot sur ces "Rendez-vous de l'Erdre-Jazz et Belle plaisance". D'une plaisance plus esthétique que sportive, cela se passe entre canotiers (pas les chapeaux, les bateaux), le long des quais pavés où se tient une lignée de baraques à bouffe équitable. L'ambiance de rentrée, ou de fin d'été, y est particulièrement détendue, simple, paisible. Comme le jazz en fait. Celui sans prise de tête. Pourtant attention! il s'agit là d'une programmation internationale de tous les jazz, du Jazz traditionnel à l'Electrojazz! En plus ouverte à plein de groupes amateurs de haute qualité (Gwen Groovement, par exemple). Douze scènes et 350 artistes internationaux étaient ainsi réunis à ce programme jazz dominical. Plus de cent concerts se sont déroulés, tous gratuits! L'esprit libre au meilleur prix c'est au bord de l'Erdre fin août, dites-le fort autour de chez vous. Dans ces conditions le jazz y est populaire. Et festif. Apprécié à sa juste mesure, apparemment sans frime, ni chichi, ni puriste, ni répulsion, ni précaution. Lui qui est devenu lentement mais sûrement le prix des places de concert aidant, trop une affaire d'érudits ridicules, fins découpeurs de musique en rondelles. Voilà c'est unique et c'est beau, c'est simple et c'est chaud. Pas entendu dire que c'est hermétique, élitiste; ou pas vu je ne sais qui tirer à vue sur ces sons inattendus puisque jamais entendus. Pas un mot vindicatif quant à cette musique qui couine et grince, qui charme, beugle, vibre ou sature. Sous ce soleil ardent ou en douce soirée, ce samedi d'été les gens y étaient ouverts, sereins, contemplatifs et détachés, pareil à ces mêmes rendez-vous quand il pleut, me dit une Nantaise. Qui m'affirme que pour cette musique libre et publique -car ni à l'autre ni à moi: " Quelque soit le temps, tous les ans c'est tous les ans pareil!" Bref, de la musique qui pousse à prendre ses distances par rapport à ce qui est. Du coup, il me vient cette phrase qui, à l'oeil, me plaît -elle est tirée d'un bouquin de Fernando Savater qui n'a rien à voir avec ce sujet: "L'air libre est aussi une forme d'architecture". J'adore. C'est justement ça aussi un aménagement urbain durable: des rendez-vous musicaux au coeur de la cité ouverte sur le grand large, et le bel air du souffle de Bearzatti, l'italien de Frioul, et Giovanni Falzone, un Sicilien moustachu "fou furieux à la sonorité sale et brûlante" qui de sa trompette en joue des cris d'oiseaux, des coassements de grenouilles, des aboiements, des crépitements bien embouchés, des giclées d'ironies gaillardes, un langage pétillant -en italien: "frizzante" comme le vin malin aux arômes élégants de Frioul-Vénétie. Extrait. Mais au bord de l'Erdre, comme pétillant régional, le Crément d'Anjou c'était pas mal non plus pour fêter en soirée les épousailles du jazz avec les tendances actuelles: sur la scène Electro-jazz mise d'aplomb sur un sol complètement incliné, avec deux ordi suisses, un rappeur londonien, et David Murray au souffle; puis sur scène aquatique Mérédic Collignon, l'homme à cornet de poche qui marche sur l'eau entre deux rives. Bref, bonne nouvelle! Voilà c'est dit. A Nantes, le jazz bouge, il est éclectique, créatif, fécond, et ...publique. Ah! pourvu que l'effet coup de chaud dure longtemps. D.D |
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