Tatoué des cavernes. Avec notre façon de regarder, notre style, nous sommes tous des créateurs en tant qu'interprètes de ce quelque chose que l'on a en nous et du monde. En transmettant et créant de la réalité. Avec ce qu'il nous vient de loin, de très loin, de bien plus loin que ce que nous devinons vivant en nous, donc plus loin que quand nous étions tout-petits-petits. Le paléolithique supérieur quand furent gravées des peintures dans les cavernes cantabriques? bien avant ! Car d'une chose en naît une autre. Et le fait est qu'elle garde une trace. Comme tatouée des cavernes. Peuplé de silhouettes et de formes, le monde qui s'inscrit en nous après s'être fixé dans l'atmosphère dessine le mystère de chacun. Bien sûr il domine les représentations empreintées. Mais quand même, s'impose la nature. Les choses de la nature. Entre la surface et la profondeur, le goût de la terre, de l'eau et du ciel. Du pré, de la forêt, de la grotte avec leurs kleenex colorés parsemés. De la fièvre, rafale, écume. Plus le jeu de l'imagination. Chacun-chacune est un tableau beau de Rebeyrolle ! Ainsi, assis aussi étais-je, sur la banquette, prêt aujourd'hui à me rendre compte de ce que chacun renferme en soi. Il ne suffit pas d'avoir payé de sa personne, d'avoir été courageux et même héroïque -ce que d'ailleurs jamais je ne fus, l'important est de s'en rendre compte tout bêtement. Cela m'a mis du temps, il a fallu qu'on m'aide: dans le quotidien sans événement, goûter à ce récit que chacun-chacune porte en soi; un récit, celui de ces plusieurs milliards d'années par couches successives accumulées. L'ADN, les chromosomes, etc...Dans cette synthèse d'intégrité humaine et de spontanéité stylistique réside le récit, le grand récit de soi et de ses aïeux que l'on estime "connaître" auxquels s'ajoutent par brassage tout le tremblement de plusieurs centaines de milliers d'autres que l'on ignore, tous vivants en soi et qui nous façonnent. Tels sont les faits, ils m'apportent allégresse et jubilation, mais aussi la stupeur, de sentir ainsi la profondeur de l'humanité dans la limpidité du regard, et de sa figure dessinée depuis l'antiquité de chacun-chacune de mes co-usagers des transports en commun...Tout quotidien quand les voix se taisent, m'apparaît d'un coup bien sauvage. Ce balancement que j'ai en moi me dit-on, me viendrait donc de loin... Mais dès que mes voisins de banquette causent, cela change les choses, une autre mécanique complexe se met en route: celle de l'intérieur du cerveau des gens! Tout le monde à l'air normal tant qu'on ne le connaît pas. Suffit alors de coller son oreille sur la tempe de son voisin ramolli de banquette pour sentir tout de suite le désagrément que cela lui procure à en remplir son horizon un long moment. Et à l'écoute, l'effet produit rappelle celui d'une mouche enfermée sous un verre. Dissonante harmonie qui pousse ce voisin à hurler. C'est la preuve de la certitude qu'en nous survit encore le sauvage impulsif et tatoué des cavernes ! Je blague, me voilà un peu fada comme un clown triste. Allez! pour me ressaisir je vous propose ce lien avec ce papier consacré à Ivry Gitlis. Depuis très jeune, j'aime ce musicien-poète découvert évidemment grâce à la télé des années 60, un soir de semaine lors d'une émission animée par Jacques Chancel consacrée à Léo Ferré. D.D |
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