- Dernière mise à jour 28 fevrier 2009 -
 


 

   

Tarnac. N°403.

Tarnac (Corrèze). L'été dernier. En flânant entre Eymoutiers et Peyrelevade. Visite de l'église de granit gris qui remonte au XIIe siècle. Elle ressemble à nos églises bretonnes comme la fontaine qui l'accompagne. Y aurait-il eu des convergences entre des limousins du Plateau de Mille Vaches et des bretons ? Bien avant l’arrivée des limousines et des quotas laitiers ? Hum ! ça y ressemble !

Autre point commun, le Plateau de Mille Vaches à Tarnac et alentours -les confins de la Creuse et de la Haute-Vienne- c'est un paysage produit d'un bocage serré avec talus de feuillus. Et de forêts aussi. Cela nous rappellait d'une part, le Centre Bretagne du côté de Plélauff, Glomel, et Rostrenen ; et d'autre part, le côté montagneux en moins, là où la radio a planté ses haubans, à Tréméheuc, Cuguen, et Broualan. Comme une parenté. Entre ces endroits. Résistance et vote rouge, autrefois.

Et aussi son café-épicerie qui appartient à Julien Coupat et à ses compagnons. Il ressemble comme deux gouttes d'eau à celui qui anime Cuguen. Ou Broualan. A une petite différence près dans la salle du bar du café-épicerie, à droite du comptoir, en rentrant, sur le mur. Punaisée parmi d'autres affiches et petites annonces, à Tarnac il y a la photo de Georges Guingouin le chef maquisard du Limousin avec son casque de moto et ses grosses lunettes.

Le toponyme de Tarnac se rapproche de celle de Carnac...Mais apparemment cela n'a pas de lien, ou peut être un peu en grattant sous les vieilles pierres, qui sait ? Ah! oui, un point technique. En passant j'ai constaté que l'église prend l'eau, les murs s'écartent, celui côté bas du village vire même de bord. A première vue je soupçonne fortement l'écoulement des eaux pluviales du village. Elles dévalent à fond vers son point bas c'est à dire directement dans cette église ancienne sans fondation. Elles ont beau être très grosses ces pierres, mais elles ne sont que posées sur la terre. Les grilles de recueillement qui d'ordinaire réceptionnent le flux pluvial de la rue, vu la distance des unes des autres et compte tenu de la pente et de leur si faible dimension, n'ont aucun effet. Rien n’arrête le flux ! Bonjour les dégâts ! Bon, ce que j'en dis...

Voilà! Oh! évidemment si j'en parle de cette petite commune c'est parce qu'elle est connue depuis l'orchestration médiatique de cette chasse aux sorcières envers "l'ennemi intérieur". "L'affaire Tarnac"! Pour ceux et celles qui n'en auraient pas entendu parler c'est celle d'un crochet de fer à béton posé sur des caténaires d’une ligne TGV en novembre 2008. D’où blocage de flux ! Conséquences lourdes pour des jeunes « sur-diplômés » (entendu à la télé) se méfiant des téléphones portables, vivant parfois en groupe sur cette terre ingrate assez disposée d’ordinaire à l’esprit de résistance, qui furent perquisitionnés puis incarcérés manu-militari et qui n'en sont pas sortis d'affaire. Les contrôles judiciaires se poursuivent. Le "20 heures" de France2 comme une marée de médias parlèrent alors de "mouvance anarcho-autonome", de « L’on parle d’une communauté dirigée par un gourou, un ancien professeur de philo, … », de « ..."dangereux terroriste", de "tapi dans l'ombre" (France2). Ce qui ficha la trouille au pays entier et condamna médiatiquement sur le champ les personnes incriminées.

Et pour cause ! La ministre, quand un journaliste lui demandait s’il y avait des preuves, elle avait répondu :“Pas encore (sic !) mais rendez-vous compte, ils n’ont pas de télé, pas de téléphone portable, ils cultivent leur jardin et ont de bonnes relations avec leurs voisins - sans doute pour être prévenus si quelqu’un vient rôder près de chez eux”. Donc un nid de terroristes en puissance ?!? Ah ! il y a de terribles métiers.

Aujourd'hui l'affaire politico-médiatique tend à se dégonfler côté accusation. Ou plutôt l'affaire Tarnac se retourne. "L'ultra-gauche" aurait donc des réelles capacités de nuisance alors que nous doutions même de son existence. Car l'affaire se retourne en prenant une tournure de fiasco judiciaire pour la ministre de l’Intérieur et ses fins limiers à l'ère sarkozienne.

N'empêche qu'ils étaient louches. Puisqu'ils avaient si l'on en croit la ministre écrit un livre, un petit bouquin édité aux éditions La Fabrique: "L'Insurrection qui vient" qui incite est-il dit à s’attaquer « matériellement aux sacro-saints flux qui irriguent la métropole »! Flux de communication de données, de circulation de personnes comme de marchandises, etc…Qui connaissait l'existence de ce livre à l'époque des faits? Peu! Bien peu! Et bien ce qui m'impressionne c'est qu'après avoir visité depuis l'été pas mal de librairies, petites ou grandes, de voir combien il y a de «libraires amies», voilà j'en témoigne.

Allez je n'ose pas les citer ces librairies, car d'une part, cela signalerait aux autorités mes allers-et-venues et mon "timing" des congés ; d’autre part, je n'ai pas le goût du renseignement. Mais j'ai vu le livre-ci partout piqué debout sur les rayons, dans les vitrines ou les étagères. Bien affiché aux quatre coins du pays! Brandi pour les unes, ou présenté façon best-seller pour les autres.

Faut dire que l’expression elle-même soulève déjà des problèmes très considérables : « l’Insurrection qui vient ». Ce qui signifie : ce qui est à être. Ou : ce qui est destiné à devenir. Ah ! on imagine d’ici la panique dans les cabinets de « l’Intérieur ». D’autant que la signature du bouquin complique la chose : le « comité invisible ». Ce qui signifie: « main invisible » ! Vraiment à faire frémir! Ainsi, derrière la « démarche scientifique des enquêteurs » s’ébroue comme un fantasme. Certains parlent même de symptôme psychotique, d'autres d’une machination. Et les avocats crient au scandale d'Etat en s'interrogeant sur «l'authenticité des procès-verbaux de la police judiciaire».

Face à ces accusations très graves, puisqu’il y a soupçon d’un flagrant délit de «montage» policier, regardons-le bien, ce « très sage Etat », puisque nous le tenons ici sous la loupe et au bout de nos pinces. François Jullien parlerait peut être d’une réponse policière à une dictature médiatique, « dictature telle qu’elle se promeut de nos jours : ambiante, discrète, infiltrée, qu’on ne peut pas cibler…. » On se rappelle de l’onde de choc médiatique de tout ces voyageurs bloqués plusieurs heures dans les gares, et la demande expresse du directeur nouvellement promu de la SNCF, alors mis en cause pour le retard par les médias, de trouver très vite les responsables de ces actes.

Quand on monte sur ce Plateau de Mille Vaches l’impression qui vient est d’être ailleurs, à l’écart des flux. Voilà oui justement d'être à l’écart des flux ! Le côté sauvage de la nature et tranquillité du pêcheur de grenouille, avec par-ci par-là des îlots de vie, y est pour quelque chose. A notre passage, il y faisait beau ces jours-là, une fenêtre météo sur cette terre de brumes persistantes. Je doute qu’un jour cela devienne un lieu de villégiature pour bobo en exil. Trop âpre ! Grisaille prenante ! Contexte difficile pour s’y maintenir durablement sans être soi-même natif du Plateau (dureté de subsistance et dureté des relations) .

Comble du flux en ce qui nous concerne, c’est à Peyrelevade soit peu de temps après avoir quitté Tarnac que nous nous sommes aperçus qu’un gros clou s’était planté dans notre pneu avant gauche. Flux bloqué ! Qui a commis l’acte ? Le garagiste nous dit que c’est un rivet tombé d’une Citroën neuve. C’est un 1er indice. Suivons l’idée qui frétille. Je blague.

D.D

Chronique.

« …des convergences entre des limousins du Plateau de Mille Vaches et des bretons ?  » Certainement, le socle en est commun, c’est du pur hercynien  alors… mais si je me laisse un peu aller « Mille Vaches » appelle pour moi  « mille cochons »  et ceci à noter en passant pour se donner du courage, en date d’hier : "RENNES - La cour administrative d'appel de Nantes a confirmé mardi la condamnation de l'Etat pour sa responsabilité dans la prolifération des algues vertes en Bretagne. Le laxisme des préfets est reconnu."

Mais pour en revenir aux crochets de fer à béton pour bloquer les flux, Rancière écrit que « les spéculations aventureuses des traders » ont porté des coups bien supérieurs à tous les flux et n’ont jamais été inquiétés…

« In-quiétude» dit F.Jullien, c’est-à-dire « non-repos ». J’aime bien. Mais quel rapport ?

 Françoise..

03/12/2009-12:01

Re-Chronique.

Dans une tribune publiée dans Le Monde daté de vendredi 4 décembre, les inculpés viennent d'affirmer: "Nous désertons. Nous ne pointerons plus et nous comptons bien nous retrouver, comme nous l'avons fait, déjà, pour écrire ce texte. Nous ne chercherons pas à nous cacher".

Ils y pointent une "bouffée délirante d'Etat": "Il n'y a pas besoin de se croire au-dessus de la justice pour constater qu'elle en dessous de tout. Au reste, une société qui se maintient par des moyens si évidemment criminels n'a de procès à intenter à personne".

Et poursuivent: "Ce qui nous est arrivé n'était pas centralement destiné à nous neutraliser nous, en tant que groupe, mais bien à impressionner le plus grand nombre".

D.D

03/12/2009-19:04

Re-Chronique.

Sans doute que c’est pas intéressant, mais j’aime bien débobiner la ficelle…Quand, dans la chronique, j’ai lu Tarnac, j’ai vite repris ce livre de Jean-Marie Gleize que je venais de terminer. J’y avais rencontré plusieurs fois, de manière abrupte dans cette poésie déconstruite, le mot Tarnac.

« Entre un lavoir et un pont. A l’endroit où s’affronte et s’annulent les pentes. L’eau et le pont font une croix. Enervement de l’eau. Ruines. Sous les lattes, des pierres en lames décollées, mangées de fougères. Vase aveugle et décomposée. Tarnac. » 1957

Alors j’ai cherché ce qui liait Jean-Marie Gleize et Tarnac. Je n’ai pas trouvé mais il a sorti dernièrement un petit livre :

Tarnac de Jean-Marie Gleize aux éditions Contre-Pied :

« Tarnac est un village dans la forêt
la couleur est le gris foncé le froid noir des ardoises et des arbres
le froid très profond de l’eau qui dévale
entre les arbres il y a des tapis de vert sombre
il y a des trous et des fougères
il y a des trous et des pentes de bruyère
il y a de la tourbe »

Et surtout: http://www.lapoesienuit.com/edition-2009/archives-de-l-edition-2009/les-videos/article/jean-marie-gleize-tarnac

  Françoise.

04/12/2009-18:50

Re-Chronique.

Du nouveau dans l'enquête: Des oreilles trainaient illégalement.

D.D

28/02/2010-21:01