Plongeon. N°388
Retour ce week-end dernier à Nantes, pour des « Rendez-vous de l'Erdre –Jazz et Belle plaisance » que j’ai encore trouvé formidables.
Scène Sully, près du pont. Voilà ma boussole. Concert du violonniste Costel Nitescu, formidable ! virtuosité, créativité, mélange des genres, du classique, des airs roumains et des chants d’oiseaux du répertoire d'Europe centrale, le tout sur des thèmes de Django. Concert triomphal de la jeune chanteuse, vocaliste, improvisatrice, imprévisible, Bretonne de père béninois, ou Béninoise de mère bretonne, Mina Agossi avec ses compagnons d'invention pour des prises de risque maxi sur de longues ré-interprétations de Jimmy Hendrix et des Pink Floyd. Disponibilité, joie et bonheur d’être, impro avec ces ouvertures, ces possibilités d’échapper, ces lignes de fuite. Fraîcheur et rayonnement agrémenté d’un sourire désarmant, et de grandes lunettes de myope. Concert du British jazz saxophonist and composer Andy Sheppard et Jean-Marie Machado trio pour une ré-interprétation de Ravel et de Debussy, plus une exploration aux origines portugaises du pianiste d’où une plongée dans le fado, formidable ! Succès total à chaque concert, public debout, conquis alors que les registres musicaux étaient complètement décalés, volontairement exposés, créatifs et ouverts. Décloisonnés. Répertoires qui des-enclosent les domaines. Et le tout dans une simplicité convaincante.
Il est dit à Nantes que la tenue de ce festival gratuit et populaire a pour objectif de préparer la rentrée la plus douce et clémente possible. C'est une réussite. Les gens se rencontrent et parlent ensemble de leur été.
Rendez-vous apparemment nécessaires si l'on en juge un dessin signé Serguei publié dans Le Monde de lundi qui montre un personnage accroché au bout d’un plongeoir qui hésite à sauter dans une piscine. Mais la piscine est sans eau et c'est…son bureau, au fond. A l'écran de l'ordinateur du bureau s'affiche: RENTREE. Vu sa tête ça ne l'emballe pas.
Voilà c’est la rentrée pour lui comme pour beaucoup. Faut-il y plonger ?! Mais le dessin du Monde qui présente ce personnage perdu, pendu par les doigts des mains à la planche d'un plongeoir en surplomb d’une piscine sans eau mais remplie de mobilier de bureau, que veut-il dire? Repérons alors l'état d’esprit du personnage. Du moins tentons de l’imaginer.
Ce qu’a voulu dire le dessinateur semble porter sur le peu d’enthousiasme du personnage pour le bureau à l’appel de la rentrée, je suppose. Ce que résume le dessin c’est l’attitude de celui qui, au bord de la piscine, agrippé au plongeoir, hésitant à quitter sa femme et ses gosses, s’immobilise sur les interrogations : va-t-on ou non sauter? Vais-je plonger? Dans quoi vais-je plonger ? Car faut-il préciser que le contenu de la piscine est d’une consistance très particulière: c'est la grisaille! Et le fond y est parsemé de mobilier de bureau ! Gare à la chute !
Mais considérant cette fois-ci la rentrée plus sombre encore que d'habitude, c'est vrai que toutes interrogations éthiques s’imposent depuis que le masque de l’arnaque cynique est tombé. Depuis que la duperie apparaît au grand jour, ce mécanisme qui assujettit l’ensemble des citoyens à un système qui produit une unique grisaille. Alors de ce point de
vue, pas de doute, pour le plongeur en suspension cette rentrée s’ouvre sur un vide qui peut faire mal!
Heureux Rendez-vous de l'Erdre donc où les jazzmen qui habitaient la scène près du pont (évoqué plus haut) enseignaient en musique à leur public combien est vital de desserrer les mailles du coinçage dans un système. Oui ces RDV posent des significations qui dépassent la musique.
La rentrée? Eh bien, courage à tout le monde parce que ça ne va pas être simple!
D.D
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