- Dernière mise à jour 28 fevrier 2009 -
 


 

   

Reconnaissance. N°379

La crise, est-elle déjà le monde d'hier? Lire cet interview d'Axel Honneth. Ah! j'affute mes lames en vue d'une commission paritaire locale de mon administration dans laquelle devrait annoncée en douce, un détail entre deux points à l'ordre du jour, une enquête managériale qui vise à recenser les compétences individuelles des agents. Un petit rien comme ça, une information en passant.

Dans le cadre de cette enquête il conviendra de dire ce qu'on sait faire. L'enquête partirait-elle d'un bon sentiment? J'en doute. Quand le service public à quoi elle correspond est cassé, mis à sac, il s'agit d'un plan de reclassement qui découle de l'arrêt des missions d'avant. D'où l'anomalie: il faudra dire ce qu'on sait faire horsmis le métier qui était le sien avant la restructuration. Pour lequel nous avons été formé et que l'on pratiquait quotidiennement avec une capacité reconnue. Ce qui revient à dire qu'il convient de se nier volontairement. De se déprofessionnaliser, donc de se dévaluer. Jusqu'à s'effacer soi-même. Tout en tentant de se vendre.

Car en même temps que disparaissent les tâches de chacun au travail disparaissent les métiers qui vont avec. Du balai les qualifications, les statuts qui les accompagnent. Or sans qualification qui êtes-vous socialement? Ma direction minimisera la chose, trouvera dérisoire tout le foin autour d'un si banal recensement. Pourtant c'est le statut du salarié qu'elle liquide.

Dur coup pour l’estime de soi. Car en terme de reconnaissance un métier c'est quand même autre chose tout bien pesé qu'une étiquette. Ou une fiche de poste. Cela justifie son salaire et ça fait exister socialement. Le désir d’être reconnu n'est pas une lubbie, ce n'est pas automatiquement par flatterie de l'égo. Et il est souvent bien proche des sentiments d’injustice,de mépris et d’humiliation. Et d'atteinte à l'identité.

Le déni de reconnaissance est un phénomène de plus grande ampleur et plus cruel encore quand il concerne les salariés qui sont jetés de leur boîte après quelques décennies d'ancienneté. Plus encore, le déni de reconnaissance est un phénomène mondial, le mépris des identités c'est aux quatre coins de la terre qu'il sévit de nos jours.

Être reconnu n’est pas une fin en soi, d'accord. Mais ça apporte la confiance. Une stabilité. Oui, le déni de reconnaissance semble être l'indice d’une mutation profonde dont l'injustice mérite d'être combattue.

D.D